dimanche 31 janvier 2016

Tom Waits 83/87






A l'origine, à sa découverte, je me suis directement réfugié dans l'asile du Tom, les années Asylum avant l'île folle des 80's. Inébranlable alors pour moi cette aversion pour cette décennie, et même cette trilogie de 83 à 87 sur la quelle j'ai glissé sans effet me rebutait, retournant alors sur « Blue Valentine », voire « Foreign Affair ». Pourtant ces trois ne sont pas les pires à avoir subi l'effet sonore de l'époque.
Il aura fallu que je me débarrasse doucement d'une décennie pour enfin me plonger libre sur « Swordfishtrombones », « Rain Dogs » et « Frank Wild Years ».
Et comme le dit Jojo, quand on est con …. quelles merveilles ces albums.

 
Du coup, d'un bloc je me flagelle et je mange en boucle cette trinité musicale dominicale avec pochettes et crédits... et la fâcheuse impression que je connais tout et que le préjuger est un bourricot sans age. Mes cassettes empoussiérées au fond du grenier doivent bien se fendre le chrome à entendre sous le plafond le son eighty des trois grands albums de Tom Waits.
 

C'est pas pour autant que l'asile me lâche, seulement cette transition avec tout ce que l'on connait de lui après, est une aubaine sur laquelle je reviens avec un cerveau presque neuf.. enfin, lobotomisé de tout préjugé.


Tom Waits 1983 « Swordfishtrombones »; 1985 « Rain dogs »; 1987 « Frank Wild Years »

label : island









jeudi 28 janvier 2016

Higelin 82




Hein ?? T'es sûr que j'ai arrêté de cloper y'a trois semaines mon Paulo ?? allez vas-y, ramène-moi un paquet j'suis comme un rat perdu au troisième sous-sol du tout à l'égout. Je sais pas comment j'me suis réveillé ce matin, en tout cas, c'est grâce à la marrée basse que mon train est passé, dommage moi j'attendais la neige, et si t'avais vu c'que j'ai entendu mon Paulo avant d'arriver là où il faut que je radine.

Eh ma p'tite caille, arrête de me faire souffrir comme ça, je sais que c'est rassurant de souffrir, ça veut dire que je suis un peu encore vivant.. Tiens, ça me rappelle ce prof de philo qui m'avait jeté ma copie dans la tronche quand j'avais fait référence à cette idée là, un truc de Renaud à l'époque... Monsieur Miterro il s'appelait, on hurlait comme des fous « Miterro présido... »... pppfff, Paulo, vas m'chercher un paquet de clopes, j'ai servi à rien aujourd'hui une nouvelle fois.. une grosse belle journée de foutue... encore une.


Higelin 1982 « Higelin 82 » label : EMI
 

mardi 26 janvier 2016

Goldmund 2015



 
Longtemps sur mes bulletins scolaires, j'ai essuyé la même remarque «  se laisse vivre ».
Comment fallait-il alors que j'explique aux parents qu'il s'agissait là d'un encouragement, pourquoi tout ce temps il m'aura fallu pour comprendre le compliment ? La mornifle récurrente était feinte.
Je réalise nostalgique la main tendue, le clin d'œil à cette manie que j'avais de glisser sur des intuitions ordinaires, de me laisser vivre, sans hauteur ni profondeur, juste épouser le court des choses.
 

« Sometimes » est la grande retrouvailles avec Goldmund que j'avais délaissé quelque peu.
Découvert avec « Corduroy » chez Type records en 2005, j'ai gardé le cap avec « The Malady of Elegance » 2008 en passant par Helios, pour finalement rester figé sur Branches en 2011, le projet solo de Keith Kenniff, l'épicentre cérébral de tous ces pseudos.

Les notes se déposent sur des nappes de silence, un léger field recording souffle au loin, histoire de garder éveiller un minimum de réalité vitale. C'est une musique néo-classique ambiante pour se laisser vivre, se laisser flotter dans le sens du courant, sans rien imaginer d'autre que le superflu des grandes hauteurs et des abysses fantastiques. Et pourtant, on y est presque sur ces extrêmes verticales, juste à écouter, ou plutôt à se laisser écouter sans débordement aucun.

Une musique pour adorer se laisser vivre.


Goldmund 2015 « Sometimes » label : western vinyl

vendredi 22 janvier 2016

Rover 2015




Il ne faudrait pas que le syndrome du deuxième vienne entacher le cinq à 7 de 2012. De noir recherché il est passé au rouge visible, et pourtant aucun dégât sur « Let it Glow », toujours au beau milieu de la cour à émettre sa sensibilité mélodique au coffre imposant. La veste a laissé place au cuir et aux lunettes et je me laisse bercer par cette même folie lyrique.

Difficile de venir faire vibrer autant après « Rover » 2012.. qu'à cela ne tienne, peu importe l'allure, le rouge ou le noir, le son est tel quel, intact, Rover m'embarque dans le dédale pop d'un lyrisme à fleur peau. La gorge et les notes. Et c'est une fois de plus le romantisme, la générosité et l'envergure.
« Let it Glow » garde le cap sur le tout, la pop dans toute sa dimension.


Rover 2015 « Let it Glow » label : cinq7

mercredi 20 janvier 2016

In Gowan Ring 2015



 
La même poésie resplendit sur « Compendium », sous une autre lumière. Cet album est autoproduit, quelques chansons en commun avec « The Serpent and the Dove », juste le soleil est passé de l'autre côté de l'horizon. C'est un folk de pleine lune posé sur une voûte charbon, une longue nuit qui défie le jour qui veut sa place un peu plus encore.

 
Le soleil est absent, pas pour longtemps, bientôt le serpent et la colombe dans peu de temps.
Pétrifiant, beau à frissonner...la face obscure de B'Eirth.


In Gowan Ring 2015 « Compendium » label : auto-production

lundi 18 janvier 2016

In Gowan Ring 2015



 
Bobin Jon Michael Eirth revient serpenter autour de nos préoccupations glycérines sous son pseudo In Gowan Ring. A nouveau on se laisse butiner l'âme par des milliers d'abeilles invisibles. C'est le même éden musical, son folk paradisiaque avec ses allures de poésie psychédélique.
La douceur moite des éléments me vont comme une éruption éternelle.

 
En attendant la chaleur craquante des bourgeons, je respire la tiède poussière hivernale des noisetiers qui pollinisent.
C'est juste l'instant de l'année où la musique de mon casque chante avec le lever et le coucher du soleil. « The Serpent and The Dove » est la bande son des jours qui rallongent, d'une certaine lumière qui flotte, celle qui provient du 7ième ciel.

In Gowan Ring 2015 « The Serpent and The Dove » label : les disques du 7ème ciel


samedi 16 janvier 2016

Lee Hazlewood 66-68





1966, 67, 68, Lee Hazlewood chez MGM à l'époque, une fois de plus c'est sur un label autant que l'auteur que je vais approfondir un mythe. L'Oklahoma, le sourire, l'époque, une voix que je préfère presque à celle de Léonard, si proche pourtant... une vague musicale, pas les prémices mais presque, c'est le très spécial monde de Lee Hazlewood dans sa superbe, juste avant son séjour en Suède.
La trilogie resurgit ces jours-ci dans sa plus belle parure, un hommage mérité tant ces albums sentent bon le lit d'un country folk à lui.
La trinité dominicale, le tiercé gagnant, la trilogie peinard de l'acoustique amerloque des 60's dans toute sa splendeur.
 
J'ai dû attendre trop longtemps pour avoir entre les mains ces indispensables du genre qu'aujourd'hui. Quelques bonus trainent discrètement, noyés dans ces chefs d'œuvre roots qui ont nourri, nourrissent et nourriront.
 
C'est une douce cavalcade western pop dans la traversée d'une discographie solitaire, reconnue sur le tard, maintenant en tout cas avec ces rééditions, cette permanente plongée dans le rétro.


Lee Hazlewood label : MGM / Light in the attic
1966 « The very special world of Lee Hazlewood »
1967 « It's cause and cure »
1968 « Something special »

jeudi 14 janvier 2016

A L A. N I



La tendre idée de colporter une douce musique divine et réparatrice m'envahit à l'écoute de cette petite merveille.
C'est à perdre son orientation et ses émotions. « You & I » est le nouveau miracle du label No Format. Petit à petit ici, il va finir par revenir toujours les mêmes auberges musicales, une poignée à me calamistrer les maux.
 

Quel objet, quel disque, quelle voix, et quelle simplicité ravagée par le talent. Ala.Ni est un mystère, une inconnue qui me tombe dans les bras alourdis par ce chant d'amour, les oreilles encore abasourdies par l'étoile noire.
Elle apparaît comme si elle était nue, avec juste son chant pour habit et cette parure bouleversante autour de sa gorge. Tout est de son côté, on la dit de soie, d'arc-en-ciel, d'opale, elle attire tout ce qui est précieux, on la dit Billie Holiday...... elle est absolument unique, et belle à devenir fou. Elle chante, a tout écrit et composé, une intimité à ne plus pouvoir respirer, c'est le premier album d'Ala-ni chez No Format.
 
 
Comment ne pas se diluer d'armes sur « Darkness at noon », ou juste imaginer se désintégrer et perdre toutes ses larmes..... Il n'est pas question ici de se relever, juste rester à ras le sol, attendre les bourgeons et mirer plaqué, la voûte qui résonne et renvoie.
 
 
 

ALA.NI 2016 « You & I » label : No Format




lundi 11 janvier 2016

David Bowie 2016




Une nouvelle semaine commence. Depuis plusieurs jours, j'avais pris l'habitude d'aller faire un tour chez Laurette, il fallait que je me change les idées, malgré ces basses pressions et cette envie de ne pas y aller.
Rien de tel qu'une nouveauté, la grande modernité immuable d'un jeunot génial, un alibi à vouloir ne pas espérer une autre planète.


7h40 à Montparnasse et le premier pas hebdomadaire sur le quai, « Blackstar » débute sous la voute de béton gris clair, je pense alors à Tom Yorke et Robert Wyatt, c'est parti pour le grand voyage, le charbon cuivré commence à diffuser dans mon ciboulot vaseux.
« 'Tis a pity... » me transcende et me chahute dans le métro, juste le temps de descendre Place d'Italie. Dehors le gris est devenu anthracite, crachin, on est cinglé par les rafales, il se passe un truc, le son est une pure merveille, tout m'emporte, je chancelle.
C'est « Lazarus » qui va finir ma course lente sous les éléments exaspérés. Cuivres et basse me font ralentir le pas, histoire de narguer ma pointeuse.

Je suis bourré d'énergie, quelles chansons, peut être ce sont elles qui m'ont fouettées le visage depuis que je suis descendu du train. Je suis fantastiquement réveillé, je jubile et garde la suite pour le retour de ce soir, exalté.

Je range mon casque, je prépare le café, je suis seul dans ce laboratoire centenaire. « I'm a black star » résonne encore, ça va être génial ça, j'imagine après plusieurs écoutes. Les autres vont bientôt arriver, le café diffuse son doux bruit habituel, j'allume mon ordi .. puis internet........

David Bowie 2016 « Blackstar » label : Iso/Columbia/Sony

samedi 9 janvier 2016

Mette Henriette



La transition n'est pas de corde, c'est ECM qui lie la chose, les paysages ambiants néoclassiques jazz qui se suivent. Des filles épousant une contre basse, je les affectionne depuis quelques temps, avec un saxo je crois bien que c'est la première fois.

C'est sa première virée solo chez ECM, et de quelle manière. La saxophoniste norvégienne laisse souffler son cuivre sur des airs ambiants accompagnée d'un groupe de violon/violoncelle/piano/drums and bass/bandonéon.. Mette au beau milieu respire pour eux, son outil prolongé est préparé selon sa vision sonore, son cerveau artistique, qu'il s'étouffe, gronde, s'époumone, jouit ou respire.
Elle a tout composé, elle est norvégienne, c'est un double album, du jazz ambiant, des paysages urbains, un disque rare, extraordinaire d'une extrême douceur.
J'ai rêvé l'autre nuit qu'à un jeu de blind test, j'avais gagné tout le catalogue ECM depuis ses débuts. Au réveil, déçu de la grise réalité, je me suis précipité sur ma dernière acquisition, Mette Henriette. Une découverte délicieuse.

Mette Henriette 2015 « Mette Henriette » label : ECM


jeudi 7 janvier 2016

Tigran Hamasyan 2015



Des chœurs de chambre font battre le cœur d'un piano pour une danse musicale d'outre temps. Histoire de cordes toujours, voix, piano, les terres glacées sont très loin d'ici, « Luys i Luso » est un voyage à travers la musique sacrée arménienne.

Yerevan l'épicentre géographique a regroupé le pianiste Tigran Hamasyan avec le State Chamber Choir local. Une église pour résonance, une musique d'émotions en trois dimensions.



La bande son intemporelle d'un hiver tiède et brumeux, historique et ancestral.



Aucune âme qui vive à des vallées de là, juste un endroit, une nef, un chœur qui bat, un son à dévaler là vers ces pierres ancestrales au milieu desquelles des cordes dansent et flottent.


Tigran Hamasyan and Yerevan State Chamber Choir 2015
« Luys i Luso » label : ECM



mardi 5 janvier 2016

Johann Johannsson 2015



C'est une histoire de cordes à nouveau, celles d'Hildur Gudnadottir, voix et violoncelle. Johann Johannsson est à l'électronique, la maitrise sonore de ce trio inédit ambiant et hypnotique. Du field recordings à travers des contrées austères, comme une avancée vers le grand nord.
Johann Johannsson, Hildur puis Robert Aiki Aubrey Lowe font chanter les éléments. Un film en super8 accompagne ces quatre morceaux sortis chez Sonic Piece.
Pour info, Robert c'est aussi Lichens ou Explosion in the sky.

Un trio céleste terriblement rivé à nos horizons les plus froids.

Johann Johannsson – Hildur Gudnadottir – Robert Aiki Aubrey Lowe 2015
« End of Summer » label : sonic piece


 

lundi 4 janvier 2016

William Basinski 2015



 
Joseph Mallord en pleine mer s'accroche en haut du mat d'un rafiot tourmenté pour boire en plein déluge la neige lui fouaillant le visage.... saisir l'instant de sa mémoire nourrie pour laisser s'échouer sur le lin le ciel celtique en fureur.
Et le soleil disparu, tel l'ours mythique, pénètre la toile.


William Basinski 2015 « The Deluge » label : temporary residence