vendredi 28 août 2015

Tindersticks 99




 
Un Tindersticks sur la platine c'est beaucoup plus qu'un simple plaisir. Pas une valeur sûre, non, juste un geste vital, une démarche, un besoin récurent.

 
Sur le nuancier marbré des artistes de Nottingham, pas mal de teintes à chérir, selon, l'humeur en fonction, ou quelques températures à espérer. Des textures quoiqu'il arrive, un taux d'humidité, une profonde idée des moiteurs, des ricochets, des avalanches en douceur, des cascades au diaphragme fulgurant, une démarche vers un refuge, une discographie comme une chaine de montagne liquoreuse, une chartreuse. Un ventre rond de rustine à licher.
 

Une voix, un groupe pop, des cordes et des idées originales de mélancolie autour de cet escarpement de hanches douillettes, des valses pour nos susceptibilités, des valseuses pour les susceptibilités, et des couleurs cuivrées à se perdre, aspirent à aimer religieusement ces chansons là.
Pourtant ici, Tindersticks rompt le format d'avant, la durée, va chez une major pour une seule fois, se fâche avec les fans d'alors, parce qu'un virage est là et divise. Sur « Simple Pleasure », plus rien ne sera véritablement comme avant, de la soul s'affirme comme la rondeur d'une fesse, des rythmes comme le mordorée d'une approche. « A night in » a pris des formes, s'est cuivré à dandiner des commissures, le tangage s'est resserré, on oublie l'avant, on ne pense pas à la suite, Tindersticks évolue.
 

C'est un album particulier dans l'essence Tindersticks, une étape qui avec le recul et mon affection que je leur porte, devient une panacée, une pierre dans mon mur porteur.
Et puis va savoir pourquoi dès le jour incertain venu, on n'a d'oreille que pour les Tindersticks, comme si l'on n'avait plus personne où aller.

 
Le suivant « Can our love » confirmera la constance dans la métamorphose. J'aime tout chez Tindersticks....depuis l'évidence 1995 ma découverte comme tant d'autres entichés.


Mais je m'égare, un album des Tindersticks sur la platine, c'est du plaisir tout simplement.

Tindersticks 1999 « Simple Pleasure » label : islands


lundi 24 août 2015

Lau Nau



Lau Nau s'est tue, pour la beauté musicale d'un film elle nous prive de sa voix angélique sans perdre la tendre mélancolie de son écriture. De courtes plages intimes parcourent l'échine, embrassent de nébuleuses pensées hors-saison, loin du brouhaha estival.

Passée jadis au sein de Kemialliset Ystavat ou de Es du label Fonal, la Finlandaise étoffe sa discographie solo avec cette pièce instrumentale de cordes automnales absolument délicieuse.


Lau Nau 2015 « Hem. Nagonstans » label : fonal

vendredi 21 août 2015

Courtney Barnett



Un p'tit bout de buzz boxe sur les rocs des hits bien plus haut que Rachel l'écossaise. Courtney lâche la moue Lo-Fi et « Small poppies » est un sommet.
C'est un rock pimpant intrépide et trempé, incarné par une australienne marmaillant avec sa vitalité nonchalante et rajeunissante.

Deux Eps comme tremplins l'année passée, et cet album cohérent, vitaminé, « Sometimes I sit and think and sometimes I just sit » est un frais défilé brut et pur de guitare/basse/batterie..et Courtney l'ardente au chant flemmard qui a du pouvoir dans le garage, juste comme ça, sans se la jouer..merci Nico ;D



Courtney Barnett 2015 «Sometimes I sit and think and sometimes I just sit »
label : marathon artists

lundi 17 août 2015

Rachel Sermanni



Partagée entre une pop moderne rockment bien foutu « Run », et un folk épuré touché par la grâce « Ferryman », Rachel Sermanni apparaît dans les bacs très discrètement pour la deuxième fois.

 
Rachel est écossaise, avec « Tied to the moon », elle dissémine comme ça, humblement une panacée d'émotions sans imaginer une seule seconde les ravages collaterreux qu'elle va inoculer.
Je suis fou de cet album et les dégâts cellulaires sont visibles sur la peau.
 

Il faut l'entendre nous dire de courir avec « Run » pour esquisser quelques égratignures cérébrales irréversibles à venir. Point d'escampette, et l'on est à terre dès « Old ladies lament », définitivement pelotonné sur « Ferryman »... puis « I've got a girl », « This love »..... La Marissa Nadler des fjords écossais.

Rachel Sermanni 2015 « Tied to the Moon » label : middle of nowhere ».

jeudi 13 août 2015

Danny Clay



 
Joe avait comme refuge son gourbi à tuiles où étaient entassés son bois de chauffe et ses outils rouillés. Il rembobiné sa vie là, abrité sous son galure de terre cuite fardée de mousse. Le monde à refaire, peut être le sien, sa vie à ressasser ses utopies. A chaque fois sous son crâne, un tohu-bohu à faire hurler tous les chiens alentours. Pourtant, jamais aucun bruit derrière les planches, vers la plaine. Une ribambelle de tartempions abîmant la vie au quotidien revenait sans cesse, une poignée de proches vers lesquels ses désires ne sont pas allés. Il alternait ses boites de bières avec les bûches sèches censées chauffer son foyer. Il appelait ça sa "cachnette". 50cl à 9% avec l’unique but, en plus de décaper la tuyauterie, de brouiller la brume de ses lourdes pensées. Un clope sous les étoiles, le cul posé sur un bouquet d’échardes, il buvait là toute la substance de sa docilité quotidienne. Tout à refaire, minute par minute, là répondre ainsi, ici refuser ça. Et les rondins en ferraille défilaient sous de volutes buées lunaires.
 
Comment aurait-il pu faire sans ce baraquement branlant, sans cette charpente de hêtre à laisser passer les outremers de la voûte ? Pas de chien, ni de bestioles à quatre pattes, juste qq volatiles noctambules à qui ils manquaient les ailes. Puis des mondes cachés d'insectes et de toiles vierges qui garantissaient l'inviolabilité de son havre de paix.
 
C’était tout un exercice pour achalander le stock. Remplacer les morceaux de bois par les obus froids qui chauffaient le corps sans laisser de cendre. Il fallait passer par l’arrière du garage avec le cabas. Plus qu’une cave, les jus de houblon gardaient leur belle fraîcheur entre les bras de chêne, de charme et de bouleau. Le boulot, il n’en manquait pas, du charme non plus, les chaines, plus qu’il n’en fallait. Alors sous son préau édenté ouvert sur le ciel, bien à l’abri de n’importe qu’elle ondée, il venait régulièrement rincer son pus et fumer sa rancœur assis sur le billot vermoulu de sa cabane ouverte sur la voûte et sur les plaines. Il sifflotait là au frima des soirs d’encre, des airs du "Ganymed" de Shubert et semblait attendre l’éclat du matin.
 
Huit stères de bois coupé de 50 cm empilé là sous les vieilles tuiles mousseuses retenues par des briques entamées, quelques troncs remplacés par des canettes 50cl de pisse à 9°C, juste histoire de trouver un alibi au désire de solitude, se dire que l’on est pas là, juste un poil à côté des petites fenêtres bousoles éclairées qui vont guider le retour élucidé ou pas.
 


J’écoute le « Ganymede » de Danny Clay et je pense à Joe sifflotant Shubert, des rondins de bois nobles remixés de houblon. Tout est troublé, vague, une nature pastorale, méditative et mélancolique. "Ganymede" est une bande son sonore, ambiante et expérimentale, field recordings, piano box, calme et électro. Au casque ou sous un abri, cet album est un pur plongeon à explorer dans le plus profond silence.



Danny Clay 2015 "Ganymede" label : hibernati

mardi 11 août 2015

Kathryn Williams 2015




 

Des jattes d’alors, je demande la fille. J’avais oublié ce nom depuis « Little Black Numbers », « Old Low Light » et « Relations ». Pourtant une dizaine d’albums  ont fleuri de son travail, dix ans d’absence pour moi.

Quelques disques plus tard donc, je retourne aux sources et découvre la belle de Liverpool là où je l’avais laissée, en plus beau. Il va falloir que je comble mon retard. Je succombe sur « Hypoxia » avec tout ce qu’il m’était permis d’espérer  pour m’y perdre.

C’est un petit coin de paradis de douceur très folk, une fille qui se balade avec une voix à se faire surprendre de béatitude au beau milieu d’une forêt urbaine. Une innocence trompeuse tapote sur l’épaule, juste pour susurrer une délicatesse sincère à se tordre. J’ai oublié à quel point j’avais autant besoin de me déposer sur cette tendresse là, Kathryn Williams comme une vieille connaissance que l’on recroise sous un hall parce qu’il pleut sur la gare. La fille et petite fille d’un paquet de filles naguère, avec le même talent et la même beauté.

 
Kathryn Williams 2014 « Hypoxia » label : one little indian

dimanche 9 août 2015

Rickie Lee Jones 2015 / Beverly Jo Scott 2014




C’est bien connu, dans les vieilles jattes le brouet est bien meilleur. Beverly Jo Scott, Rickie Lee Jones nous délectent avec des opus comme des grands classiques, avec des ingrédients succulents.
Rickie avec son visage Faithfull semble renaître pendant que Beverly assure comme une reine le country blues comme si la Belge d’adoption n’avait jamais perdu ses racines outre-Atlantique.

Deux femmes généreuses, magnifiques dans le don et l’art de chanter ce qu’elles affectionnent au plus profond de leurs gènes...deux classiques pépères.
Il est bon le bouillon des anciens marmitons.


Rickie Lee Jones 2015 « The other side of desire » label : tosodmusic
Beverly Jo Scott 2014 « Swamp cabaret » label : team4action

vendredi 7 août 2015

Daniel Romano 2015




 

Retour à la chaleur intemporelle avec un disque de country d’un cow-boy de l’Ontario, Daniel Romano. Je le découvre grâce à cette sublime pochette d’une autre époque. « If i’ve only one time askin’ » est son cinquième album, ça passe tout seul, sans s’étendre, c’est du classique dans le genre, c’est vachement bon et impeccable pour rouler sous un ciel en feu.

Il apparait chez New West records et ce petit trésor de musique du cru pourrait se faire une place parmi les incontournables de l’été avec cette méchante envie d’aller voir du côté de ses opus précédents.

 
Daniel Romano 2015 « If i’ve only one time askin’ » label : new west

mardi 4 août 2015

William Fitzsimmons 2015



 
Cette naine jaune qui culmine et nous cuit balance déjà sur sa descente vers l'horizon. Le coq flemmarde, Orion remonte. Décidément les arbres mentent et abritent mes écoutes. Les acacias saupoudrent la terre sèche de sa neige tilleul. Des tailles de guêpes se dandinent aux ras des pâquerettes sur ce tapis frais, elles butinent au sol et plongent avec les flocons lourds de parmesan cristallisés.

Robiniers ouverts sur la poussière, Fitzsimmons chante des ruelles enneigées sur quelques ballades tièdes. Elles sont courtes et étroites, c'est un folk gelé à écouter lors d'une soirée d'été, bruineuse et frileuse, ou sous les flocons d'acacias qui parfument la cour battue par l'haleine blanche de la naine blonde.


William Fitzsimmons 2015 « Pittsburgh » label : grönland


lundi 3 août 2015

Fabio Orsi 2013



 
Je me suis assoupi sous le poivrier sauvage, pas un seul éternuement dans mes songes, aucun picotement de la truffe, pas une larme sous ses allure de saule-pleureur.
Dans mes oreilles, un paysage sonore récent de Fabio Orsi, « Endless Autumn ». Je n'ai pas senti l'encre du ciel m'écraser et la lourdeur caniculaire immobiliser mon hamac. Des gouffres de frissons comme entourloupe au cœur de l'été qui bagarre sont venus m'égarer. Je n'ai plus entendu le drone des cigales autour de moi, mais la gorge du corbeau gras et mordoré qui fend le gris d'un automne fantôme de son charbon mordoré.

 
C'est du Fabio Orsi, ambiant, nappes et drones, des claviers abyssaux et des guitares claires. Sa discographie est fulgurante, plusieurs opus sont déjà sortis depuis cet automne 2013. Enregistré chez lui en Italie, ce voyage automnal est une thérapie troublante aux peaux qui rôtissent, aux corps qui se liquéfient, au poivre rose qui brûle pas.


Fabio Orsi 2013 « Endless Autumn » label : backwards