vendredi 30 mai 2014

King Floyd



On change de registre, ou plutôt, on revient à la soul, l'originelle, celle qui se renouvelle sans cesse. 1971, cette onde chaude a déjà semé des graines fécondes sur la vie musicale, elle continuera à perpéte, un disque venu de nulle part, un label Chimmeyville/Cotillon totalement inconnu, un auteur de la Nouvelle Orléans, une belle époque.
Une discographie succincte, son seul hit « Groove me » fut placé au départ en face B. « King Floyd » de King Floyd est une petite pépite coincée entre James Brown et Van Morrison.



Eh..King Floyd .. moi, j'verrai bien ça en nom de groupe :D


King Floyd 1971 « King Floyd » label : cotillon71/atlantic2014














jeudi 29 mai 2014

Ben Watt



Il travaille beaucoup sur son label Buzzin'fly, il est DJ, il a écrit deux livres, et il a surtout œuvré 15 ans auprès de Tracey Thorn au sein d'Everything but the Girl.
De part et d'autre de ce lourd CV, il y a deux albums solo, son premier en 1983 « North Marine Drive », et « Hendra » qui vient de sortir dans les bacs.

« Hendra » est peut être une synthèse de ce que l'on pourrait attendre d'un disque de pop parfait. Les chansons sont millimétrées, dosées, construites sur des fondation résistant à toute épreuve. L'érosion, le succès, les séismes, le travail, les collaborations, une vision de la mélodie, toutes ces vertus sont venues à bout d'un long silence discographique. « Hendra », c'est tout ça enfoui sous une forme de simplicité, des écoutes qui finissent par devenir évidentes, « The gun » (un petit côté Bill Fay), « Forget » sont des petits bijoux.
C'est très précis, c'est folk, pop avec des petites poussées rock, c'est une longue ascension vers la maturité, c'est Californien et Anglais, c'est bon quand on aime les disques de Bradly Drown Boy, David Mead ou encore Kevin Tihista.

Ben Watt sort un album personnel de grande classe, cool, parfait.

Pour l'anecdote, il y a du beau monde dans le studio, notamment Gilmour sur le lumineux « The Levels ».

Ben Watt 2014 « Hendra » label : unmade road/caroline



lundi 26 mai 2014

John Mayall / Kenny Wayne Shepherd .. 2014




Transition parfaite pour avouer une fin dominicale en ébullition, la gorge hurlante et tourbée. La gratte en costard King flottant sur une piscine, John Mayall, un autre père du blues made in England est de sortie avec "A special life". Il n'a jamais cessé de jouer, son nouvel opus est là, sa voix, son touché, sa puissance. Un nouveau gros disque.

Du terreau jaillissent quelques pousses bourgeonnantes, un jeunot à la voix burinée qui reprend des standards. Brulant, furieux et fiévreux, avec un son énorme, « Goin' home » tient le flambeau.

 
Un maître à la peau burinée, une jeune recrue qui révise, le blues du dimanche crache, intemporel. Les riffs ont griffé la peau, la basse et la batterie ont boxé jusqu'au sang.

Blues made in 2014.


John Mayall 2014 « a special life »
Kenny Wayne Shepherd band 2014 « Goin'Home »




dimanche 25 mai 2014

Muddy Waters 77




« Et soudain il n'y a plus de fermier, de charrue, de grain, ni de fères Chess, de fils Chess. Soudain le vin est tiré et Muddy vend la ferme ! Sur « Mannish boy », on entend la joie d'un homme qui chante enfin pour lui-même. » (Robert Gordon).
 
Depuis 1948 Muddy Waters était cloîtré dans la compagnie Chess records. Une véritable jubilation, comme une nouvelle liberté suinte de cet album signé chez Epic/Blue Sky, avec Johnny Winter, comme un fils, qui produira l'album.
Les Stones sont venus respirer le blues de Chicago, et c'est Muddy Waters qui l'avait drainé du Delta. Tellement d'influences ont fleuri de ses mains fertiles.

 
Sur « Hard again », la telecaster du bluesman est posée contre son tabouret, il ne jouera pas sur cet opus là, les autres derrière, opèrent pour lui. Johnny Winter qui sort d'une cure de désintox, donnera absolument tout pour se rapprocher de la musique de son mentor. Le disque est une tuerie, ça cogne, ça envoie, c'est presque violent, tout est plié en deux jours, sans répètition, dans un studio à l'acoustique boisé, sans overdubs, jamais ce son là ne sera retrouvé. Les gars derrière ont le feu : Pinetop Perkins, Kenny Margolin, Willie Smith. L'impact et les récompenses de cet objet seront considérables.

C'est le plein feu punk sur la planète, un blues foudroyant vient tenir tout le monde en haleine, comme une renaissance, celle de Muddy Waters, libre, bourré de vitalité... « Hard again ». Il le dira lui-même : « tout ce que j'entends est tellement bon que ça me refile la gaule ! ».



A l'issu de ce tremblement, encore irradiés par les riffs de « Hard again », les fans de blues découvriront dans les bacs un live épique « Muddy « Mississppi » Waters live », qui gravera avec toujours Johnny Winter dans l'équipe, cette résurrection fondamentale de 77, à 65 ans, la carrière de MW repart de plus belle. La réédition 2003 propose 11 bonus de cette session live.

C'est dimanche, une après midi blues, de la musique dominicale, un grand moment dans l'histoire. Ça sent la messe à plein nez, une messe noire, diabolique, une fantastique pâmoison qui jute.


Muddy Waters 1977 « Hard again » - 1979 « Muddy Mississippi Waters live »
label : blue sky/epic












samedi 24 mai 2014

Mayra Andrade




Une adorable surprise me tombe dessus, bien coincé entre deux averses. Depuis que mon disquaire a eu l'idée aberrante de séparer géographiquement le jazz, le classique, le blues, la soul et la world des autres styles, je me perds à choisir un stand, mon temps est imparti, et je visite beaucoup moins le fond de salle où sont rangés les albums de traditions planétaires. C'est comme ça que je suis passé à côté de Mayra Andrade.

Nova est venu réveiller ma curiosité, épaulé d'une nouvelle averse à attendre dans ma caisse que le déluge passe. C'est bon la musique dans une voiture quand il pleut dehors. Un petit air désuet et sensuel est venu me séduire, un doux reggae, un hymne à la pudeur, une pur merveille chantée en français, « Les mots d'amour » irrésistible, m'a embringué.
En français, comme quelques autres titres, mais Mayra Andrade chante aussi en anglais et en portugais et je pense à « The living road » de Lhasa. Lusophone, elle a fait le tour du monde, vit à Paris. Ses racines, c'est le Cap-vert. Le créole capverdien, c'est sublime.

Autodidacte, elle s'est entourée pour ce quatrième album de quelques pointures: Yael Naïm, Piers Faccini, Tété, Benjamin Biolay, Hugh Coltman...
« Lovely difficult » est le nom de son nouvel album, ce grand disque de diversité culturelle.
« Ilha de Siantago », un hymne pour arpenter les contrées, « Meu farol », un hymne à l'amour et au romantisme.. tout le disque est un hymne.

Des coups de cœurs comme celui là, il en arrive pas souvent. Mayra Andrade, mas découverte du jour.

Mayra Andrade 2013 « Lovely difficult » label : columbia








jeudi 22 mai 2014

Jethro Tull 2014 (Ian Anderson)



Si John Lees des BJH s'enlise dans le pitoyable et la miséricorde, Ian des Tull lui resplendit et semble renaître des cendres d'un monde qui se consume. Le héron à bec pète le feu et met tout le monde d'accord : Jethro Tull est un groupe important depuis qu'ils ont incorporé au rock, du classique, du médiéval et du heavy.
La deuxième phase de « Thick as a brick » aura eu raison de sa prudence à vouloir replonger dans le rock. Quelques disques à lui, instrumentaux, avant de reprendre la barre. « Homo erraticus » est si bon, qu'on se demande bien pourquoi l'idée de fuir le rock l'a effleuré il y a quelques années.
« Homo Erraticus » est une épopée musicale à travers l'histoire de l'Angleterre. L'état des guerres, le passé et des idées d'avenir sur trois scènes grandioses. Des rebondissements, le rock prog vibre toujours, je l'entends beaucoup plus que le heavy qu'on leur prête.
Décidément, après « Let England shake » de PJ, le passé britannique inspire.

Comment dire.. pas de viagra ici, sa flûte et son écriture sont là depuis un demi siècle, et malgré tous les rebondissements, pas un coup de mou pour Papy-Tull, il chante toujours avec la même turgescence de l'organe et de l'instrument. Quel groupe comme eux, à garder ainsi le cap sans perde de son tissu spongieux ? Certes l'entité est une arborescence complexe, les membres interchangeables, d'ailleurs la formation est neuve depuis ce fameux « Thick as a brick 2 ». Il ne reste plus que ce géant volatile poilu à flutiau .. cette puissance à la fidélité qui réchauffe l'âme.

Posez « Homo erraticus » et tout redémarre là où jamais rien ne s'est arrêté.

La recette ? Un artiste authentique, passionné, talentueux, un McCartney qui chante l'histoire des ancêtres.
Une surprise discrète, une joie sincère, une envie de communion entre gueux guais lurons à danser le menuet autour d'un brasier diabolique défiant tous les ennemis des continents en feu, rester à chanter et à bander sous les étoiles, avec une belle flûte entre les cuisses traversières à narguer les astéroïdes..... quoi ??!!! la musique des Tull me contamine..j'adore le Tull.




Ian Anderson's Jethro Tull 2014 « Homo erraticus » label : kscope










mardi 20 mai 2014

Fabien Martin 2014



A peine terminé le bouquin sur la vie de Barbara lu au creux des criques des côtes d'Armor sous quelques ciels de traine, je tombe sur « Littoral », le grand retour de Fabien Martin, vous vous souvenez, il avait sa Barbara à lui, sa place à lui, terriblement attachant. Ma petite coïncidence en transition, j'ai dévoré les six titres réunis sur ce mini album, venus rompre six ans de silence.

Six ans à rencontrer, à voyager, à amasser pour revenir surement. Ces 6 morceaux là sont des pépites pop de haute volée, avec toujours ce voile mélancolique qui nous a séduit sur ses deux premiers albums. « Ever Everest » et « Comme un seul home » étaient estampillés chansons françaises. « Littoral » est pop donc, avec un gros son, sans pour autant perdre le charme et l'humeur de ses mots... « la poésie de Jacques Prévert et les productions de Danger Mouse », et en plus ça groove.

Des mois et des mois que je yeute pas de mouche, que la ritournelle m'étourdit, me vrombit dans le sifflé. Il s'est caché des années, mais Fabien Martin est de retour et « Pas de mouche » est sur ce ep qui est sorti depuis hier sur les plateformes (1 titre bonus pour les acquéreurs) et dans les bacs le 26 mai.
Il y en avait des trucs au fond de lui, avec toujours cette envie qu'on nous parle gentiment.
Six succès à coup sûr, et d'autres à venir.

« La croisière s'emmerde », c'est mon tube de l'été à moi.

Fabien Martin vient mettre fin aux impatiences, en attendant un album entièrement inédit très prochainement, début 2015. Le rendez-vous est pris.

Fabien Martin 2014 « Littoral »












lundi 19 mai 2014

Spirit n'Kos



Un jam endiablé à la Thiefaine quand « La terre tremble ». Une basse qui mitraille, des mots qui enragent.. « on laisse mourir les gens », c'est une vague ancestrale qui ne tarira jamais, les chacals sont toujours parmi nous, déguisés autrement. Le capitalisme est un nouveau génocide de sape, une lente injection létale qui ronge à long terme. La vie psychotrope consumériste n'épargne plus. Et les solo tranchent la carotide. « Mort les gens » est une tuerie enragée, le tempo et les mots sont un corps à corps. Le batteur marathone et la gratte ramone.
Les injustices ont des souffles acoustiques; « Samantha ». Un maton, c'est un pompier expert en psychanalyse. Infirmier des barreaux, c'est le métier du leader de Spirit n'Kos. Djembe roots pour le labeur des sales bouleaux. L'oppression fuse, les excès de vitesse montrés du doigt, sauf pour les cadences de pointeuses. Le rock trempé de Spirit 'n Kos gueule sans hurler, on est tous des voyous en sursis.
Remplir les caisses, on en a plein le dos, les gars, c'est pas des manchots, ils le jouent bien, ultra indépendant, super underground, engagé et enregistré live. Du zinc, ska, rock, punk pogo reggae, des balades et des hymnes à boire, assis sur le trottoir d'une rue de la soif.
Si l'album commence illico dans le vrombissement, la fin est une invitation à la fosse pour un concert anarock et se jeter dans la foule.

Spirit n'Kos 2013 « Dans ma mémoire »



vendredi 16 mai 2014

The Black Lips



On reste à explorer la sphère Black Keys. Eux aussi ont muté, mais légèrement, le garage-rockab-punk-blues-country-folk est toujours leur oxygène. L'urgence est là, le son est extra, les gars sont un poil cossards, et le Black Keys qui rôde à l'intérieur de cet opus voyou, est pour une fois le batteur Patrick Carney, production, intervention, l'esprit est là.
« Underneath the rainbow » est un très bon disque de rock, et « I don't wanna go home » un tube en puissance.


The Black Lips 2014 « Underneath the rainbow » label : vice music


jeudi 15 mai 2014

Jessica Lea Mayfield




Pour ceux qui trouve que les guitares musclées originelles manquent sur le nouveau The Black Keys, voici une artiste de l'Ohio qui envoie terrible. La guitare est Breeders, la voix claire avec quelques ondes shoegazing, les ondes Dinosaur Jr. Cette fille grunge de country rock alternatif un poil psyché moderne arrache. Le rapport avec The Black Keys ? C'est Dan Auerbach qui l'as découverte, une bande envoyée au visionnaire rock, et bim.. elle est invitée aux vocals sur « Attack & release ». Un tremplin.
Depuis, elle confirme et sort son troisième album, sans mutation aucune, du pur jus, un gros son, du jus d'Amérique du nord terreux avec des grappes de buildings au fond qui fondent sous un soleil torride.
Un disque qui sort reculé, à écouter chaudement loin d'une métropole encore visible.


Jessica Lea Mayfield 2014 « Make my head sing... » label : ATO



mardi 13 mai 2014

The Black Keys 2014


 

Les fans des premières heures vont grincer des dents, The Black Keys prend des teintes de plus en plus pop, un peu comme si, à force de travailler avec Danger Mouse, il se produisait un effet de vase communiquant. Certes la touche psyché est là pour justifier la pochette qui s'affiche bien comme la couverture d'un groupe en « The Black etc ».
Mais Dan Auerbach annonce la texture, ils perdent des aficionados à chaque opus, des puristes, mais en contre partie, ils en ramassent plus encore. Il faut dire que cet album a été conçu sur une humeur de rupture pour le leader, la mélodie est venue engloutir la fougue garage.

 
Bon, vu comme ça, on a l'impression que je grince aussi, que nenni, nul besoin de justifier la mutation ou l'évolution, moi ça me va, ça va le faire, tout est réuni, et je vous dis même que sur la première plage « Weight of love », j'entends un son Barclay James Harvest période début 70's. Sublime intro.
« In time », la deuxième plage est un tube en puissance, soul, groove à la Wanda Jackson ou Amy Whinehouse, chaloupé et dégueulasse d'humidité avec un gimmick gratte qui postillonne.
« Turn blue »... autre gimmick, autre itinéraire à hit, à condition qu'on est un été caniculaire. Efficace.
Quant à « Fever », je crois que les spots publicitaires, jingles d'émissions vont se l'approprier. Ça existe une danse « the fever 2014 gimmick TV » ? « Lonely boy » a vraiment porté ses fruits.
« 10 lovers » endosse une basse bien lourde, et ça me rappelle « Welcome to the monkey to use » des Dandy Warhols, leur mutation à eux, qui avait attiré les foudre du « Get Off ».
« In our prime », un slow progressif..si si.. terrible.
Et hop, un p'tit rockab Satus Quo tranquille pour le dessert.

 
On pourrait croire à un nouveau trio, The black keys & Danger Mouse. Mais les serruriers produisent aussi, généreusement (Ray Lamontagne, Jessica Lea Mayfield, Black Lips....), un paradoxe ?

Concentrons-nous sur cet opus faramineux, étourdissant, flanqué d'une colossale production sonore. Le nouveau Black Keys est là, luxurieux, chaloupé, mélodieux et légèrement buriné. C'est leur septième album, un compte Led Ze'plein. La toile se tisse, avec Danger Mouse. Il paraît qu'ils vendent moyen..ils vont envahir la planète... bientôt.

The Black Keys 2014 « Fever » label : nonesuch





samedi 10 mai 2014

Syd Barrett



« Pauvre Dave (Gilmour) - le genre truc de conscience que tu dois te trimbaler toute ta vie... sur fond de solos bluesy ».. C'est pourtant Barrett lui-même qui a appelé à la rescousse son ami d'enfance, pour finir l'enregistrement de son premier album solo « The madcap laughs ». Nous sommes en 1970, les premières chanson de Syd au sein des Floyd avaient quelques années auparavant chamboulé toute la planète. Malcolm Jones d'EMI s'est donc rué sur le projet et a accepté illico la proposition de l'Elfe esseulé et délabré. L'éphémère indélébile.

A tripper pendant des semaines, à vouloir saccager le projet Floyd, et à rendre chaque séance live un cauchemare, les trois autres ont fini un dimanche de concert, par ne plus venir le chercher. Gilmour tiendra la guitare à lui tout seul.
« The madcap laughs » est un disque fantôme, un objet sublime acidulé, beaucoup moins que ces premières compositions bringuebalantes, psyché, totalement dépourvues de blues. Des balades folk ici, poétiques, psyché-pop, guitares omniprésentes avec des accords habités et un médiator pas farouche.
Au départ il a convoqué les Soft Machine sans Kevin Ayers, le groupe british psyché rival des Floyd, qui eux finissent tranquille de mettre en boite « Ummagumma ». Mais les morceaux de Barrett sont complexes et très personnels, les accords et la métrique sont hyper difficiles, les temps changent suivant le chant. Les gars torturés vont s'épuiser. Pourtant, l'atmosphère générale du disque est au paisible, à la balade. Aucune règle, une écriture d'humeur gourou. Même le chant est quelquefois déglingué, « If is't in you » est un moment unique à peine croyable.
Barrett de plus en plus exigeant va foutre tout le monde dehors. Il disparaît, laisse tout en plan, il reviendra plus tard, avec Dave Gilmour.
Ce dernier nettoie toutes les bandes, balaye le Soft Machine, les deux « frangins » jouent ensembles, comme pour guérir de leurs tourments et culpabilités respectives. Syd lui, a retrouvé son vieux compagnon, il se laisse guider et repars de plus belle dans ses voyage défoncé au mandrax. Au final, un chef d'œuvre est né.


Ce disque au parquet fraîchement repeint par lui est un ovni, un album improbable, fantomatique, d'ailleurs, personne ne peut dire qui joue.. Barrett, Gilmour, Waters venu en coup de vent au passage, les Soft, Jerry Shirley des Humble Pie ?? Qu'a gardé Gilmour des bandes, du son, quelle est sa part de jeu, lui qui finissait chaque chanson devant un Barrett endormi avant la fin ?
Qui était sa petite amie Iggy l'Esquimau derrière lui sur la pochette ?
Ce disque est un mystère, un fantôme, la plus belle chanson de l'histoire, son morceau absolu « Opel » qui fut pourtant la première enregistrée pendant cette session, ne sera pas retenue sur ce premier opus solo. « Opel »... le truc récurent qu'on écoute en secret, en imaginant qu'elle n'existe pas, les jours d'humeur guttural, de respiration stressée, d'haleine avinée, des soirs de pleine lune recroquevillé derrière nos dents qui poussent. Ça aurait pu être « Golden hair », mais « Opel » m'embarque.. combien d'accords dans cette chanson ?

« The madcap laughs » est une pièce témoin de cette époque où quelques artistes calcinés faisaient frémir les cerveaux.. Roky Erickson, Gene Clark... la liste de l'influence Barrett posée sur la musique, serait aujourd'hui longue à dévoiler...le premier sur la liste Marc Bolan.

Il n'y aura plus qu'un seul album après celui-là, un concert et Syd est rentré chez sa mère sans n'être jamais réapparu au grand jour, jusqu'en 2006.


« Le monstre rose se tord vers le monstre fluide en le happant au cou. Le monstre fluide, comme il a l'habitude de le faire dans ces occasions, enfonce tous ces ongles dans le dos de son conjoint, lacérant sa chair en profondeur. Et un sang clair coule copieusement de long de leur corps unique frémissant, un sang rose qui, tombé par terre, coule et flue, et flue. » (« Contemplation », dernier chapitre du livre « Pink Floyd en rouge » de Michèle Mari).

Merci à Pax pour la phrase intro et le déclic.
Syd Barrett 1970 « The Madcap Laughs » label : EMI/Harvest





 
 

jeudi 8 mai 2014

Damon Albarn 2014



Il y a des gris bretons en larmes de plomb épousant le granit des influences lunaires; il y a des gris beaucerons qui collent au crane et au limon sans ressac aucun, pendant de longues journées; il y a le gris cotonneux clair des montagnes à deux doigts du bleu intense; il y a le gris des graviers qui grimacent sous la croûte des vague à l'âme....
Il y a le gris anglais que je fantasme comme s'il surgissait d'une évaporation insolente d'une île qui vibre depuis les Beatles et qui cherche à camoufler son secret culturel, une identité inébranlable.
 

Après avoir creusé largement sur toute la planète, Damon Albarn, un des protagoniste essentiel de la brit-pop et aux multiples projets, est revenu près de Londres pour offrir un album personnel. « Everyday robots » est gris, un gris laiteux, enrichi, fécond. Les chansons sont assoupies, sublimes et habitée d'une belle mélancolie prête à surgir.
Depuis le temps qu'il se barde d'expérimentations artistiques, Damon Albarn s'offre un album de plénitude, avec cette apothéose lumineuse « Heavy seas of love » en compagnie de Brian Eno.

 
Il y a les gris de Library Tapes qui voilent des océans de cramoisie; il y a les gris Cloud Nothing qui prennent à la gorge comme un coup de grisou; il y a le gris-gris du Dr John qui n'en finit pas d'alerter de son génie foutraque depuis des décennies; il y a les gris de Ben Watt qui laissent deviner l'éclaircie..et il y a les gris Damon Albarn, son nouveau coup de génie.


Damon Albarn 2014 « Everyday robots » label : parlophone




lundi 5 mai 2014

Hatcham Social



Vrillé, distordu, j'ai le cerveau qui mute de la chronique. Belle lurette que je n'ai pas écouté un album « gratuitement », sans sombrer dans l'obligation d'y mettre mes impressions, des mots. Et puis ce soleil depuis des semaines, cette abondance de chlorophylle et de parfums, le vent des plaines m'appelle à errer.

 
Le bulbe ankylosé, je flâne sur les sentes de la paresse, brouillé, les idées enchevêtrées. Ça fait plus d'une heure que je suis là, devant cette étoffe feuillues, cette touffe d'épineux en fleur à imaginer son chuchotement, son drone mené à la baguette par cette douce brise qui charrie des nuées de poussières de colza. Les branches se frottent comme les bras d'un chef d'orchestre ivre.
Une petite bande son de mon alcôve recroquevillée.

 
Il est pourtant bien ce disque, il commence comme un Birch Book (« Ketamine queen »), après je ne sais plus, Lo-Fi, minimal... m'en fout.
Vous savez quoi ? Hier je suis resté chez moi sans mettre un disque, peut-être la peur de ne pas avoir la force de mettre des mots sur des chansons, un son, d'écouter un album gracieusement. Il faut dire qu'une mouche vrombissait dans la carrée et faisait les cent ailes d'une fenêtre à l'autre. J'imaginais « Ummagumma ». Qu'est ce que j'adore entendre voler la première lourde mouche pourpre qui se réveille aux premières tiédeurs d'un printemps, dans une maison à demi-réveillée.
Cette fois-ci, j'ai vraiment la syntaxe qui débande, pourtant ce disque est vraiment bon, complet, un son que j'aime..il vient se blottir au fond de mon hamac à la dérive, collé à mon flan. Impossible de pondre une ligne, ça m'énerve en plus, puis cette nuée neigeuse de cerisier qui ne pense plus qu'à ces fruits me grise, je suis saupoudré.

 
Que le soleil est bon sur mon crâne.

 
Pff, ça vient pas, je vais l'écouter une nouvelle fois en débalourdant mon cerveau, et balourder mon stylo dans par dessus le chiendent.
Désolé, c'est pourtant un super bon disque qui déchire tranquille, je l'adore, il coule tout seul, il dégouline sur mon apathie. C'est une nouveauté.. enfin je crois, quelques mois,... bon, ok, dites moi si c'est chiant et lourdingue.. Y'a un camélia qui vient de s'ouvrir, l'était pas comme ça ce matin.. merde, c'est trop bête, la pochette est belle en plus.
Eh, je renaude pas les amis..je glande et flotte.. je vous assure ce disque est top.


Hatcham Social 2014 « Cutting up the present leaks out the future » label : O Genesis







dimanche 4 mai 2014

Dick Annegarn 2014



On reste chez Tôt ou Tard et on change de génération. Depuis 1997 il est hébergé sous ces tuiles là, introduit par Mathieu Boogaerts, pour une résurrection éclairée et irréversible. Avant, je ne connaissais que sa « Mireille » ou « Bruxelles ».

Sept albums plus tard, Dick arrive avec « Vélo va » sous des airs poétiques poignants, lumineux et enivrants.
Acoustique, avec des idées d'instruments pour chaque chanson, xylo, harpe.. jamais je n'ai autant été embarqué par un tel bal poétique, un manège de tendresse et d'émotion. Les mots sont étourdissants, gorgés d'humanité, rien que pour « Prune », la drupe pourpre, tout s'arrête, on est suspendu à cette petite perle à noyau, une chanson pour les école buissonnières.
« Un enfant ».... et tout ça, sans parler de « Pire », celle qui transperce, met à genou et clôt l'album, cette nouvelle merveille de Dick Annegarn.
Attention, ce disque peut embellir les âmes.

Ah oui, je vous ai déjà dit que 2014 serait un grand cru de chansons d'ici et de la francophonies ?

Dick Annegarn 2014 « Vélo va » label : tôt ou tard