vendredi 28 février 2014

Mondkopf



Si 2013 fut frenchy et spyché, 2014 commence sous les feu électronique dans sa phase la plus Herculéenne. Après Swan, celle de The Notwist plus apaisée, celle de Mondkopf me tombe sur le crane comme un missile. Projeté en pleine guerre, je suis collé au sol avec une protéine virale qui me traverse les bronches. Une guerre de tranchée, de la boue, du feu avec de la ferraille qui rentre dans chaque pore.
Allongé par terre, je sens mes veines taper, mon pouls gronder et ma respiration brûlante semble cracher ce magma comme un exorcisme viral.

Cet album est fiévreux, il bat les tempes et accélère le rythme cardiaque. C'est une vaste danse macabre qui surgit d'un paysage industriel rouge sang, une stromboscopie techno avec des airs gothiques.

Une armée d'anticorps est en guerre et ma croûte terrestre ravagé par les courbatures est en combustion sous les fracas des trompettes apocalyptiques. Comme un délire fiévreux, je suis étendu, j'écoute le nouvel album « technoisy » du Toulousain Mondkopf.

Mondkopf 2014 « Hadès » label : in paradisum




jeudi 27 février 2014

Angel Olsen



Je ne sais pas pourquoi mon regard s’est posé sur elle, et que ma fiole a chaviré. Ses fringues avaient l’air rafistolées, dépareillées, juste mariées par son style à elle, à ce moment précis. De toutes les façons, je hais les uniformes. Sa coiffure de buisson était à peine réajustée et son parfum de giroflée sanguinolent m’a brûlé le cerveau. L’envie de délacer ses bottes et de manger ses pieds n’a fait qu’un tour. Je me suis laissé embarquer par ses textures, ses amplitudes, sa voix et sa colère sourde. Elle a peint son album.
Surtout ses yeux, son regard et son dessin racé ont laissé son intimité brinquebalante mijoter tout au long du trajet. Ses arcades ont planté une poutre dans ma gorge et sa silhouette ravagée mes glandes. Elle était là, devant mon casque et mon envie de peindre, sa lippe de fierté libre insinuait quelque fureur qu'il ne fallait pas attiser.
Tellement belle et féline dans ses gestes que sa façon de se lever m’a rendu le sol indolore. Quelle douance dans la mouvance. J’étais alors au sommet de mes étanchéités, et ce n’est pas parce qu’elle m’a embrassée la joue avant de disparaître, me laissant l’emprunte d’une bouche parfaite, que je vais écouter en boucle son album.

 
« Burn your fire for no witness » est un disque extraordinaire et sublime. « White fire » est un bijou, véritable chef-d'œuvre. Elle invite pas mal d'artistes sous sa guitare électrique, pas mal qui doivent rester médusés devant autant d'habilitée et de beauté. Bien longtemps que je n'avais pas succombé à une pièce du mythique Jagjaguwar.
Cat Power, la relève.



Angel Olsen 2014 «  Burn your fire for no witness » label : jagjaguwar.

mardi 25 février 2014

Tom Brosseau




Tom Brosseau était un élément important du label Fat-Cat, jusqu'en 2009 où il disparut de l'auberge, mais aussi des bacs. Invisible jusqu'à l'oublier, comme quoi je devrais pas me laisser embarquer comme ça dans l'inattention, il aurait fallu que je le note dans mes tablettes pour suivre sa discrétion.

 
Je me suis donc rué sur « Grass Punks » et ce label inconnu CrossBill. Ils appellent ça un Ep, surement parce qu'il dure 28 min. Pourtant, ils sont juste deux aux cordes sèches, lui et Sean Watkins, et nous égrainent neuf pépites intimes, d'une beauté ravageuse, comme un album plein à craquer. Recueillement folk, isolation artistique, du Devendra Banhart, une pièce rare, une matinée blanche et grisouillarde, beau comme un jour qui se lève.
C'est enregistré à la maison, en Californie, y'a du bleu ciel-océan aussi, tout au fond, tout proche de l'horizon.

Tom Brosseau 2014 « Grass Punks » label : cross bill


lundi 24 février 2014

The Notwist / Beck ... 2014




2008, c'est la date de leurs derniers albums, 6 ans, mais peut-on parler de retour dans une erre où les « réguliers » sortent un disque tous les 5 ans ?
Peu importe, aujourd'hui, The Notwist et Beck réapparaissent avec deux belles réalisations, deux albums qui vont surement compter cette année.
Un autre point commun, mes albums préférés d'eux, sont sortis en 2002 : « Neon golden », « Sea change », à tel point qu'ils sont entré direct dans mon panthéon. (J'ai été un poil frileux sur « Odelay »).

« Close to the glass » des The Notwist est une bouffée de fraîcheur en plein milieu de ma tendance poussiéreuse à bouffer du rétro. Frais, mais aussi affublée d'une large palette pop moderne des plus intelligentes. Les représentants du genre, c'est maintenant une certitude. Pertinence, efficacité, et perfection dans la vision presque moderne de la mélancolie, celle qui me lie depuis des décennies à cette formation établie.

 
« Morning phase » de Beck la joue plus classique, plus soft pop sucrée, lumineuse et pastel.. une fraîche matinée avec de l'acoustique sur des nappes éthérées. Sa voix, comme pour The Notwist est reconnaissable entre toutes, sa production aussi et s'il varie les styles au fil des albums, « Morning phase » à des tendances « Sea Change » avec en plus une touche country folk qui patine sa pop sous des vocalises généreuses. « Wave » embarque, « Turn away » plaque comme un Crosby Stills Nash.. « Country down »..le disque monte en puissance.
 

Deux idées sonores, deux valeurs sûres, deux styles, deux belles pochettes, c'est une belle journée pour les bacs. Des fois, ça vaut le coup d'attendre...et impossible pour moi de dissocier les deux chroniques.
 

The Notwist 2014 « Close to the glass » label : city slang
Beck 2014 « Morning phase » label : capitol
 
 

samedi 22 février 2014

Fleetwood Mac original





Peter Green sort tout juste des Bluesbreakers, la fameuse école de blues british 60's, entrainant avec lui le bassiste John McVie. Certes, il y a l’influence de l'erre Mayall qui allait projeter le guitariste fou sur deux ans torrides gavés de prises live à Boston, Chicago…. mais il y a aussi le cerveau épique d’un grand bluesman progressif qui a incorporé du rock dans ses riffs. Il y a aussi Spencer recruté sur cette période faste, puis Kirwan vers 69, histoire de dessiner la suite des évènements.

Spencer dans une secte religieuse, Green chez sa mère avec les ongles qui poussent pour arrêter la gratte, deux ans de guitare magmatique, de dégâts considérables qui fera du Fleetwood un autre groupe dès 1970.
Fondé en 67, il y aura d'innombrables documents accumulés pour assouvir des décennies de rééditions. Sans cesse, les lives et les compilations qui surgissent depuis , sont des pièces rares et live tournant autour de trois albums ci. « Fleetwood Mac » 67, « Mr Wondeful » 68, « English rose » 69. Cette courte période dense aboutira sur le chef d’œuvre blues british absolu « Then play on ». En attendant, le monde hippie en effervescence est bouche bée devant les prestations scéniques du Mac.

Autant de standards blues pourraient faire croire qu’il s’agit là de reprises.. d'incontournables de Muddy Waters, John Lee Hooker.... Ils sont d'authentiques compositions de Green/Spencer/Adams.., à quelques exceptions près, et seront reprises tout azimut. Peut être, mon hommage préféré à Peter Green reste le « Blues for Greeny » de Gary Moore.


En attendant, la quintessence.




Fleetwood Mac 67/69 « Fleetwood Mac 67 »; « Mr Wonderful 68 »; « English rose 69 ».
label : columbia







vendredi 21 février 2014

Black Swan



La première excursion électronique de l’année est une plongée extraordinaire à travers une cathédrale sonore synthétique qui brûle le cerveau. Des nappes infinies intergalactiques totalement noires, un orgue perdu dans l’immensité ténébreuse d’un ordinateur.


Des remugles de Claus Shultze s’engouffre dans un aveuglant chao magnétique et nous attire vers un trou noir, l’anti-matière d’un son hypnothique. La pochette est un chef d’œuvre, la sirène d’un univers avec entre ses bras, nos restes de cerveau en poussière de cendre.



Black Swan 2014 « Tone poetry » label : ethereal symphony

mercredi 19 février 2014

Cass McCombs 2013



Le périple d'un môme au sein d'un monde hippie, des histoires de marginaux, « Big wheel and others » est un album qu'on pourrait écouter pendant une cavale vers le grand Ouest, un double Lp 70's à bouffer des miles à perte de vue.
Cass McCombs a baroudé son talent un peu partout, sa vie aussi. Son americana des longs trajets est une aubaine pour un cerveau en fuite. Il réconforte aussi, comme un refuge sûr de folk, blues, country, rock, une diversité comme on traverse des villes et des contrées, un paysage qu'on connait.

Depuis quelques années Cass McCombs sort des albums solo. Ce double opus comme un itinéraire ensoleillé est parmi mes plus beaux disques de route de l'année 2013.



Cass McComb 2013 « Big Wheel and others» label : domino

lundi 17 février 2014

Frensh Cowboy & the One



A l'heure des congratulations hexagonales superficielles, il est de toute première urgence de garder un œil sur les outsiders qui font la richesse de notre terreau.
Un paquet, y'en a une pléthore de planqués en dessous de la croûte pour nourrir en substance. Federico Pelligrini, le tenancier du rade nous avait depuis longtemps excité avec les Little Rabbits, il continue à creuser au bulldozer des galeries fiévreuses qui déservent toutes les stations du bled. « Frensh cowboy & the one » est un grand disque rock d'ici, urgent, buriné, trempé et musclé. Pelligrini retrouve Eric Pifeteau pour un format duo, les Frensh Cowboy creusent encore, vers le fond, là où ça gronde, plus proche du magma, le disque est paru dans l'ombre.

« You wanna sing », rappel au Rabbit, « Maico » phénoménal et décadent, un chef d'œuvre, « Dig » comme une virée chez l'Igouane... et l'on repisse dans la piscine.

C'est moderne, puissant, crâneux et pertinent.. Frensh cowboy & the one est LE disque rock 2013, et puis c'est tout.

Frensh Cowboy & the one 2013 « Frensh cowboy & the one »
label : havalina
 
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samedi 15 février 2014

Oren Ambarchi .. & John Tilbury



Oren Ambarchi est un paysagiste surréaliste musical précieux, le moment et l'endroit exacts où la contemplation devient un miracle. Il suffit juste de se trouver au point de rendez-vous, devant la désolation nocturne urbaine, un endroit reculé, d'où l'on peut entendre les sons qui grondent à quelques terrains vagues de là, un endroit où l'imagination errante croise un monde à demi vivant. Il est même possible que personne ne nous voit, ne se doute d'une présence fantomatique.
« Amulet » est une pièce unique, un endroit isolé duquel on peut tout entendre.

 
Il est absolument nécessaire de mettre le volume légèrement au dessus de la normale, et surtout de rester immobile à saisir ces souffles, des fois qu'ils nous entendent, eux, là-bas, les êtres d'un autre monde, d'une ville d'où l'on vient.


L'année précédente, un autre miracle sonore est sorti chez Touch, « The just Reproach » en duo avec le pianiste paysagiste John Tilbury. Un moment live en Islande, tout air conditionné coupé, juste un alcôve utilisé au plus profond de son silence pour mieux contempler les notes et les effets. Respiration artistique, tonalités, textures, résonance, dans une total minutie, observation millimétrée. Le piano de Tilbury rend le voyage plus humain, même les cordes sont quelquefois triturées, griffées. On s'est rapproché de la ville, pas loin d'ici, un néo-classique ample et profond diffuse. Tout est suspendu, hypnotique et engourdissant.


Oren Ambarchi 2014 « Amulet » label : the tapeworm
Oren Ambarchi & John Tilbury 2013 «  The just reproach » label : touch

jeudi 13 février 2014

Bardo Pond 2013



J'avais pourtant l'haleine avinée et la langue asphaltée d'une sècheresse fumante. Un comité d'hygiène et sécurité aurait imposé le masque.
Je me suis posé sur la banquette ferroviaire de velours crasseux, elle est quand même venue me mordre la lécheuse et laper les incisives. Le pharynx à sept sur l'échelle de Richter, juste à cet endroit là, l'affamée a surgi pour me licher les amygdales toxiques et me lustrer le palais, me laissant dans un coma cellulaire affublé d'une turgescence surréaliste.

J'ai le souvenir du regard des gens, outré, jaloux, des secousses du wagon, de mes aiguillages soubresauts et de ma carcasse épave déposée sur un quai de province, à chercher la direction habituelle, encore violet de l'apnée, du plaisir.

Ah si, je me souviens aussi de la bande son de ce contact fougueux, le dernier Bardo Pond, groupe culte à la discographie monstrueuse (depuis 1992). J'ai découvert ce groupe de Philadelphie avec « Dilate » en 2001. Depuis je ne lâche rien, je prends toute leur magnificence abrasive opulente. A rock, on peut tout leur ajouter, psy-noise-space-acid-post-shoegaze..., peut être le seul mot d'ordre, c'est psychédélique. Et pourtant, je ressens beaucoup de romantisme dans cette musique, surement dû à Isobel, sa voix, sa flûte, les envolées et l'envie de me laisser embrasser dans les pires moments de mes phases récifs.
Une pelle utopique.
Autour d'elle, un bassiste et deux frangins gratteux, un peu comme la formation des Blonde Redhead..deux frères autour d'une Vénus.
L'intemporalité artistique de Bardon Pond et sa longévité, représentent beaucoup.

 
Not on label, Matador, Camera obscura, ATP, Important..et depuis quelques temps Three Lobed recordings... Bardo Pond est venu nous faire rêver au sein des meilleures auberges.. coincé entre la beauté et la griffure.. ATP leur tremplin, ATP, l'adénosine triphosphate, le symbole chimique de l'énergie... la pillule All Tomorrow's Parties pour se RedBuller le bulbe...
 

Elle est venue m'embrasser goulument, m'astiquer langoureusement les tabourets de la salle à manger sinistrée. Elle est venue manger l'intérieur de mes joues, comme on décolle les sucs, les graisses animales et le fromage caramélisé d'un plat à gratin. J'ai été son homme quelques minutes.

J'adore Bardon Pond, je savais pourtant qu'il ne fallait pas que je m'assoupisse avec eux sous la boite crânienne.


Bardo Pond 2013 « Peace on Venus » label : three lobed
http://www.discogs.com/artist/31590-Bardo-Pond
http://www.bardopond.org/

Une chronique de Barlu.. biz mon T :D
 

mardi 11 février 2014

Bill Evans 81



L'horloge biologique va bientôt donner le départ de la grande succion, assécher le sol, pomper, drainer par les racines, Illuha à attendre, molécule d'eau stockée, la patience à attendre que tout bourgeonne et fleurisse.
Quelques âmes aux aguets, un léger lapse de temps en avance, une bande son printanière avant l'heure, « You must believe in spring » est une prière à la photosynthèse, un trio solennel qui ne suinte que des parfums de printemps. Tout est guidé par les notes du piano de Bill Evans, le soleil, c'est lui.

Je suis tout minuscule, un bourgeon devant sa forêt discographique, je sors la tête du limon et je tombe sur ce printemps là, avec des idées de peinture, juste motivé par une idée de pochette, éclaboussée par une cascade lumineuse, blanche de soleil, langoureuse et ankylosée.

Bill Evans 1981 « You must believe in spring » (session 1977) label : warner
Drums : Eliot Zigmund
Bass : Eddie Gomez

 


lundi 10 février 2014

Illuha



Une profonde découverte, une pochette et un titre qui disent tout, « Interstices » est une introspection sonore abstrus, un croquis musical d'un monde moléculaire, marbre, ardoise, ou un autre morceau reculé de la géologie, pas très loin de la lumière.
A l'écoute de cet entre deux, quelques part entre l'enfoui et le grand espace silencieux, j'entends l'infiniment petit, la musique sous nos pieds, des cathédrales souterraines, d'où s'échappe vers le grand air, un néoclassique électro-moléculaire.

 
Illuha, c'est un duo, Tomoyoshi Date et Corey Fuller, entre deux mondes, entre eux, des morceaux live captés pour nos voyages internes.



Illuha 2013 « Interstices » label : 12K
http://www.12k.com/index.php/site/releases/interstices/




dimanche 9 février 2014

Bloomfield Kooper Stills



Y'a pas d'âge pour grandir. Tout le temps on peut prendre du poil, du plomb, de la moelle, de la cellule.
En fouillant autour du coffret Michael Bloomfield qui vient de sortir, je me suis attardé sur la discographie du génial guitariste passionné de blues, la toile a tissé le reste.

C'est Al Kooper qui est à l'origine de ce projet, un autre bonhomme à la discographie imposante, en 1968, il organise une séance de jam dans les studios de Los Angeles. Ils se sont rencontrés tous les deux lors de la session d'enregistrement de « Like a rolling stone » de Dylan. Bloomfield lui, a le respect de Buddy Guy, Muddy Waters, BB King..
Il y aura 5 prises avec l'aide du bassiste Harvey Brooks. Puis le jour suivant, Bloomfield déprime en Californie, il plaque tout en appelant à la rescousse quelques bons guitaristes du moment. Le premier à répondre, sera Steve Stills dont personne à l'époque ne sait que cet ancien Buffalo est un virtuose de la gratte. Il saute sur l'occasion pour venir finir le projet entamé.
Bizarre, pas fréquent un album avec deux guitaristes différents qui se donne le relais. Al Kooper rentre avec toutes les impros sur bande, il y ajoute ses voix, quelques cuivres. Petit budget, court timing, le disque sort rapidement et rencontre un grand succès.


Il n'empèche, en 68 sort les prises live de l'album qui s'appelle très justement « Super session ».

Il est des albums live qui peuvent être joués sans publique, des sessions de studio, des jam en huit-clos, du blues impressionniste. Ce Lp, en pleine période de transition entre le 45T et le 33T, est un joyau monstrueusement bon, un défi, un rendez-vous organisé, comme le premier boys band récréatif, une super session d'enfer.. du terreau, de la moelle, un terrain fertile déjà labouré dans lequel je plante mes instincts musicaux.. ce disque là pourrait suffire, il devient le point de rencontre de deux artistes que je connais peu, deux directions dans lesquelles je vais m'engouffrer et reprendre la substance féconde sur mes lacunes.

Dantesque, illimité, multi-jet.

Mon casque se consume, j'écoute « Super session » comme on regarde le soleil droit dans les yeux et laisser la brûlure pénétrer jusque dans le noyau.



Bloomfield, Kooper & Stills 1968 « Super session »
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Bloomfield Hammond DR.John



On approfondit, on sort des prises directes, on travaille un peu plus la gravure, on cuivre grave, on remplace Stills et Kooper par John Hammond (voix guitare harmonica) et Dr John (guitare piano percu) et on obtient un album studio blues, hyper corporel, de la soul, jusque ce qu'il faut pour mouiller un blues trempé.
La petite anecdote prétend que l'album a failli ne jamais voir le jour.. trois monstres sacrés, trois entités artistiques au bord du clash. Il se finira in-extremis pour notre plus grand bonheur, même s'il reste anecdotique pour l'histoire. Perso, je trouve que ça s'écoute bien à fond et que c'est quand même pas un truc dégueux, que quand c'est finit, bah on le remet.


Bloomfield, Hammond & Dr.John 1973 « Triumvirate » label : columbia

samedi 8 février 2014

Bot'Ox



Voilà, le bilan 2013 est tombé, avec la rubrique électro délaissée sans approfondir, pour n'avoir écouté que trop peu d'album cette année là. Et pourtant, depuis hier, un brûlot froid et décadent me tombe dessus, froid comme du Poni Hoax, chaloupé, toxique et contagieux. « Sans dormir » est une longue descente dans une soirée glauque, un long processus de gueule de bois assurée, le disco-rock un poil 80's se joue dans les caves d'une boite improbable, perdue au milieu de nulle part. Pas sûr que l'on puisse retrouver son chemin, on y est venu les yeux bandés.
Organique, synthétique, robotique, des variations d'un concept qui brule les veines, Air qui percute Poni Hoax avec des touches de Daft Punk, et des petites touches expérimentales, le deuxième album à la superbe pochette de Bot'Ox est à coup sûr le meilleur album électro 2013. Action corrective.


« Night Stuntman » est une ode Morriconne des temps modernes, sublime...


Bot'Ox 2013 « Sans dormir » label : I'm a cliché

jeudi 6 février 2014

Adrian Corker



Adrian Corker fait une pause dans sa filmographie musicale avec « Raise ». Pourtant, ce nouvel opus du minimaliste britannique n'est pas moins cinématographique.
Des cordes, des cuivres et du piano, de l'ambiant néo-classique-jazz ciblé cortex et pâmoison. Une dentelle fine électro ajoute une touche d'expérimentation discrète dans cette excursion imaginaire.

J'ajoute et accumule les paysagistes sonores, un de plus, avec de la lumière encore plus belle, j'écoute en boucle « Raise » pour faire de ma boite crânienne, un cockpit des hauteurs à survoler des nuances extraordinaires.

Adrian Corker 2013 « Raise » label : village vert

mardi 4 février 2014

Molly Berg & Stephen Vitiello



La clémence de l'hiver me souffle des envies de contemplation.. quelle lumière ce soir. J'ai trouvé une belle bande son de quelque chose qui se passe à l'orée d'une clairière, des teintes revigorantes et l'envie de se laisser manger par une fatigue, de lui dire..ok, comme tu veux, vas-y prends-moi, fais ce que tu veux..juste, laisse moi regarder ces cordes sèches, ces petits effets adoubés. La démission du corps a des effets extraordinaires sur la vision musicale des paysages. Ici, tout est parfum et lueurs.

« Between you and the shapes you take » est une promenade de plus dans l'impressionnisme musical de deux paysagistes sonores. Il est même possible d'être happé par la visite d'une créature à la voix hypnotisante.

Sublime petite relaxation lustrale.

Molly Berg & Stephen Vitiello 2013 «  Between you and the shapes you take »
label : 12K

 

samedi 1 février 2014

Stevie Wonder 76



10°C au soleil à ébouter quelques rameaux, avec des tempêtes de parfums trempés, terre, bois champignons, bière légère au goulot, il fallait bien que cette communion avec la terre et le soleil soit mis en musique dès le soleil dégringolant.
C'est chose faite, l'album idéal, je l'ai trouvé naturellement.

Des airs de printemps se dessinent avec la majorité de Stevie Wonder. En 71, il a 21 ans et déjà un CV artistique gonflé à bloc, et de la tune à gogo gérée par Motown. Le voici libre d'assouvir tout les fantasmes musicaux possibles, et les moyens avec. Dans les 70's, il va décoller et se placer exactement sur un palier de perfection avec une poignée d'albums terribles.
Un point culminant sur ce sommet ? Si si...: « Songs of the key of life » 1976. Une folie ce projet de double album. Mais Stevie est affamé, il y va franco, et propose dans les bacs des incontournables d'alors, et cet opus solaire, total, monstrueux.

Rien ne le freine, ni son talent absolu, ni sa visibilité totale au mi-temps de cette décennie fructueuse. Stevie Wonder fait tout exploser, écrit, compose, joue beaucoup et enregistre, à tel point que le format d'un double album ici est un strict minimum, une moindre mesure. Un ep sera même ajouté à ce monument soul, jazz, rock, synthé. C'est même ici que fut introduit dans l'histoire de la musique, le clavecin-funk, le toucher extraordinaire conjugué à l'harmonica. Stevie Wonder.

Il peut tout se permettre.. moyens techniques, invités (Herbie Hancock) .. culminant et important... et puis une étape dans le swingbeat.. le relais R'n'B entre Ray Charles et George Michael. Deux ans pour finaliser ce projet, un son, une énergie, un talent, une œuvre.
Tout se consume, tout est solaire et infernal, tellement facile.. « I wish », composé juste après le barbecue traditionnel annuel de Berry Gordy de la Motown, montre juste l'envergure du processus inspiré de Stevie qui vient de faire sonner ses 26 ans.

Festif.

On dira ce qu'on veut, ce disque est rock, une âme Beatles percutant les Earth Wind & Fire. De l'électro aussi, du synthé, un climat, du glamour, des tubes à la pelle pour un seul album.
« Songs in the key of life », jamais égalé, récurent, obligatoire pour absolument toutes les raisons.. ensorceleur ... rien n'y est épargnée. Et que dire de « As » ?

Numéro 1 le jour de sa sortie sans aucun 45T dans les bacs.. double vinyl in the top of the world.
« Isn't she lovely », un hit planétaire, sa femme Yolenda est enceinte d'une petite fille.

On respire, on s'envole et c'est hyper terrestre, c'est une réussite absolue, corporelle et géniale. Ceci n'est pas une compilation, mais l'opus 76 de Stevie Wonder.

J'ai taillé en prévision de l'explosion solaire, la terre est saturée d'eau, un seul mot d'ordre, quelques minutes de lumière en plus et tout se met à pomper, du jour pour sucer la boue.. Stevie Wonder 76 pour écouter le soleil de ce tantôt qui m'a grisé la joue et chauffé le muscle.

Stevie Wonder 1976 « Songs in the key of life » label : motown