samedi 28 septembre 2013

Bill Callahan 2013



Ce soir, j'ai envie de retrouver du velours, des intonations, de l'alcool et des fidélités. Je vais rejoindre un ami, jamais déçu avec lui, pas de surprises, mais je n'en ai pas envie ce soir. Je veux du chaud, du bois et du crépitement d'âme, un peu de lueur dans les yeux avec de l'humidité aussi, juste ce qu'il faut. Du timbre ouaté dans les cordes. Un lieu commun, un endroit qu'on aime, des odeurs d'arabica, des silences aussi, qui en disent longs. La longueur d'une carrière, la douceur des ambiances.
 
Ce soir, j'écoute « Dream river » de Bill Callahan.
Jamais déçu...et puis, ces huiles montagnardes, depuis deux albums, me rendent dingue.



Bill Callahan 2013 « Dream river » label : drag city





mercredi 25 septembre 2013

Sebastian Plano



Nos allures modernes nous poussent à médire à défaut de méditer. La médisance fait rage au quotidien, chaque seconde, et il faut s'enduire d'une imperméabilité sans faille pour surfer sur ce purin, glisser, planer juste ce qu'il faut, pour à peine au dessus, contempler ce qu'il reste, ce dont personne ne prend le temps d'observer.
« Impetus » est un hymne à l'air ambiant, aux paysages, une épopée cinématographique, de ces fictions décalées dans lesquelles il faut s'immerger pour ne pas être happer par la trappe, englouti par les gargouilles gloutonnes.
Denovali propose son nouveau remède à la misère des âmes, sa nouvelle méditation. Elle est une auberge qui accueille des paysagistes du monde entier. Sébastian Plano est un néo-classique argentin, son nouvel album arrive chez nous, violon, piano, accordéon pour de belles hauteurs mélancoliques.

Sebastian Plano 2013 « Impetus » label : denovali

http://www.sebastianplano.com/
 
 

mardi 24 septembre 2013

Barrence Whitfield and the Savages



Une véritable tuerie vient tout juste d'exploser les bacs. From Boston, après de longues années de silence, Barrence Whitfield and the savages arrive pour mettre le zouc dans les caisses de nouveautés. C'est rétro, intemporel, wild rock'n'roll et boggie comme Screaming Jay Hawkins, des cuivres et des guitares comme dans les 50's, du garage blues comme Black Joe Lewis, des énergies James brown, et de la puissance comme Jim Jones Revue.... une voix terrible.
Si un disquaire met « Dig thy savage soul » dans antre musical avec un gros volume, il est possible que tout le monde se mette à danser, se bousculer avant de tout péter, les étagères, le comptoir, et de bouffer les disques en hurlant de rage et de plaisir. Un guronsan en suppo, Redbull en intraveineuse.
Enragé, sublime, véritable défouloir, le retour de Barrence Whitfield est un plaisir suffoquant.



Barrence Whitfield and the Savages 2013 « Dig thy savage soul »
 label : bloodshot



lundi 23 septembre 2013

Sting 2013

 
 
Religieusement celtique, pas loin du littoral, aux allures londoniennes, le nouvel album de Sting sent bon le large. Des fonds de cale à maintenir le cap, le sel des grands vents traditionnels, « The last ship » en acoustique nous conte de belles histoires de troubadours des mers et des terres qui la bordent. Depuis « The soul cages », le bassiste de Newcastle n'a cessé d'explorer ses racines, l'histoire d'une île.

 
L'habit ne fait pas le moine, la tenue « Mad max » de la pochette n'est pas signe d'un retour rock trempé, percuté de basses chaloupées. Il s'agit là, d'une collection de ballades celtiques, jazz et fantastiques. Ceci dit, on peut y entendre « Fragile », et surtout « Secret mariage », ou encore « Island of souls », avec une voix halée comme la peau d'un marin, voilée.
Sting a pris le large il y a pas mal de temps, il raconte ses îles, la sienne.. des mouettes, des flûtes, des accordéons... mais que fait la Police... rien, elle ne peut plus rien faire, il vogue loin et proche à la fois, dans des eaux intemporelles chargées d'un passé cymrique, d'horizons brumeux et de terres toutes chargées de mémoires.
Puis je m'en fout de la Police, je suis parti avec lui au loin. Des équinoxes que je le suis, même si depuis « Mercury falling », j'ai un peu perdu ma boussole.


Sting 2013 « The last ship » label : interscope/cherry tree/A&M
http://sting.com/
https://www.youtube.com/watch?v=5U9mm3rI-XA
https://www.youtube.com/watch?v=87lKbcMBEdE

lundi 16 septembre 2013

Goldfrapp 2013



Pour les mêmes raisons qui m'ont terriblement accrochées sur « Felt Montain », je suis conquis, absolument séduit par « Tale of us », le sixième album de Godfrapp.
C'est aussi pour les mêmes raisons que j'ai glissé sur les quatre albums intermédiaires, comme une amnésie.
Ici, on retrouve le trouble d'une grâce mélancolique, douce, enrobée dans une intimité symphonique. C'est sensuel et délicat, même avec le discret réveil de l'électro sur « Thea ».
A l'écoute de « Tale of us », je me perds dans les méandres romantiques et mélancoliques de Perry Blake (« Still »), d'une Kate Bush vaporeuse, ou de l'intimité brumeuse de Beth Gibbons.

Une bonne douzaine d'années après « Felt montain »... amnésique.



Goldfrapp 2013 « Tale of us » label : mute
http://goldfrapp.com/
http://mute.com/goldfrapp

samedi 14 septembre 2013

Eurythmics 87



Il faut quand même que je vous dise que dans les années 80, je trouvais mon compte, j'écoutais quelques groupes du cru, nés de cette décennie particulière.
La recette idéale conjugue ici, un génie de la mélodie et musicien de haute tenue, et une diva parolière à la voix extraordinaire, belle à attirer les foules. Elle devant, lui derrière, une discographie presque parfaite. Les 33T (ainsi que Police) sont passés en boucle et me rattachaient à cette décennie que je grognonnais. De la New Wave luxuriante, resplendissante.
« Savage » en 1987, est un album ultra sophistiqué, plus complexe que les autres, travaillé, intelligent, moderne avec des idées musicales et sonores à la pelle. 1987, c'est presque la fin des 80's, et comme « Press to play » de McCartney ou « High civilization » des Bee Gees, la liberté alors s'affiche comme une prise de risque, un luxe. Pourtant ces trois albums sont terriblement bons.
C'est du Eurythmics, mais sous des couleurs fauves, fraiches et technologiques. Il suffit de mettre « Beethoven », « Shame » et surtout la bombe atomique « Put the blame on me » pour appréhender l'envergure de l'album. Je peux devenir zinzin sur cette dernière, à peine les deux accords funky de l'intro qui claque, je pars en sucette.
Entêtant, les gimmicks peuvent rester incrustés dans le cerveau pendant plusieurs jours. Le look, la pochette n'a jamais était aussi poupoupidou, classe. Dave s'épanouit, Annie resplendit, les deux assurent comme une délivrance, un point culminant. Je reste très mitigé quant au suivant « We too are one » 89 ,le quasi dernier album du duo, il y aura bien un ultime retour 10 ans après avec « Peace ».


En attendant, nous sommes en 1987, Eurythmics époustoufle avec « Savage » facile, libre, insolent et puissant. Ce duo là a tenu les 80's à bout de bras avec une audace et une pertinence qu'il faudrait un peu remettre au goût du jour. Eurythmics jusqu'ici n'est pas tombé dans les tourbillons des rééditions, résurrections ou autres compilations.
« Savage », peut être un de mes meilleur album 80's.

Eurythmics 1987 « Savage » label : RCA/Sony


jeudi 12 septembre 2013

Girls in Hawaii




Le grand retour de Girls in Hawaii a des couleur d'un voyage extraordinairement mélancolique, entre Sébastien Shuller et Granddady.
Une petite envergure sonore pourrait les transposer vers quelque scènes d'envergures, s'il n'avaient pas en eux, cette moue grise maussade qui les rend plus beaux que n'importe quel Coldplay.
J'aime avant tout cet intimité des grands espaces vides, cette proximité du planant. « Misses » est venu comme une complainte d'un carquois anodin qui finit par transpercer, l'acupuncture du vague à l'âme, une ballade chienne comme sait les écrire Syd Matters.
Ils ont pris un coup de cendre les Girls, c'est pas pour me déplaire, du Jason Lytle labyrinthique sans issue. Ça sent le laisser aller, la flemme inspirée, et une grosse envie de s'envoler en pleurant.
Ça pique, c'est beau, nous sommes dans un paysage de collines brumeuses, le ciel s'est couvert à jamais. « Here i belong », on dirait du Lou Reed et le final « War » est superbe, il achève.



Cinq ans de silence, « Everest » déboule au pieds de l'automne.



Girls in Hawaii 2013 « Everest » label : naïve



mardi 10 septembre 2013

Babyshambles / Franz Ferdinand / Arctic Monkeys



 

La rentrée nous frappe de ses buzz habituels, des choix imposés, le truc que si t'écoutes pas, t'es un gros nase à la ramasse. Moi ça me dérange pas buse, sauf que là je les aime bien, depuis longtemps, mais faut s'y coller quand même.
Tiens, bah je m'y colle sans attendre que la vague passe. Je m'encolle le bulbe du son pop rock avec cette petite touche arty dandy des iles britanniques que j'aime particulièrement. Bah ouaih, les Beatles nous ont foutu dedans, faut bien assumer maintenant.

Les îles britanniques tremblent, les promontoires s'alourdissent, croulent même. Allez, je cherche pas l'outsider planqué, je tape dans le tas direct. Le noir est la tenue du moment, dans une grande surface des Halles qui vulgarise la culture (F...), les bobos grouillent et se bousculent pour se ruer sur le peuple, la pop. Du noir en barre, Franz Ferdinand à droite, Arctic Monkeys à gauche. Toute façon pour moi je men fous, la messe est dite, même pas peur, je les suis depuis le début.

Glasgow et trois accords, bim imparable. Y'a tout dedans, ce qu'il faut, rien de plus, sel, épices, la chemise en eau. Franz Ferdinand, les surdoués depuis presque 10 ans lâchent, naturels, pointus, décontractes, j'ai les anticorps j'adore. Glasgow en drapeau, ça colle à la peau, dans l'urgence, concis et implacable. Y sont même carrément chiants tellement c'est toujours bon, voix, guitares, mélodies, rythmes..parfait, dix pistes, une demi heure, pile dedans.

Arctic Monkeys, pareil, en plus sophistiqué, le son énorme, un peu comme un The black keys qui défonce les esgourdes. La même insolence. Sheffield fait vibrer la plaque tectonique. Racé, un peu moins direct que Glasgow, mais aussi puissant, sec et anglais. La pochette est charbon aussi. Deux slow d'enfer à la Morrissey viennent braiser la peau.

La balance s'équilibre, elle penchait franchement pour Franz Ferdinand, les deux sont excellents, vraiment s'il fallait choisir ..

Tiens, une pochette fauve, celle de l'icône starisée aux chansons impeccables depuis The Libertines. Le disque est rangé pas loin, à quelques mètres des pochettes noires. Ici Londres, on se rapproche du cœur, de l'épicentre brit-pop-rock. Puis « New pain » tombe comme un Dexys/Barrett, des accords faciles, de l'acoustique, de l'insolence dans l'écriture. Babyshamble c'est de la belle poésie de chiendent, des belles ballades à peine déglinguées, dedans, il y a toute l'histoire de la pop britannique. « Picture me on a hospital » m'embarque sans concession aucune, du Pulp/Dexys euphorisant et beau. Un hymne.

Finalement, au milieu de tout ce beau noir excellent, les couleurs primaires de Babyshamble sont venues arbitrer le bras de fer des îles britanniques en feu.
J'ai la Manche qui me démange, j'en ai plein la tète, laisse les pizza fiston, écoute-moi ça, on va se faire des Big Ben Burger avec trois pintes de Beck's... ça te dirait un nouveau séjour made in England ?...oh les p'tits cons !


Franz Ferdinand 2013 « Right thoughs, right words, right action » label : domino
Arctic Monkeys 2013 « AM » label : domino
Babyshambles 2013 « Sequel to the prequel » label : parlophone

http://babyshambles.net/
http://www.franzferdinand.com/
http://www.arcticmonkeys.com/

https://www.youtube.com/watch?v=S4GBliCFl0Y&list=RD02D89QL1XtMos
https://www.youtube.com/watch?v=VQH8ZTgna3Q&list=RD02bpOSxM0rNPM
https://www.youtube.com/watch?v=LzNLW4i1poU

LE CHOIX :
 

samedi 7 septembre 2013

Supertramp 87




Avec « Brother where you bound », Rick Davis s'est retrouvé aux commandes de
 Supertramp pour la première fois. Séparation à l'amiable et en douceur, mais une certaine rugosité s'est fait sentir avec cet album 84, grave et rock. Disparue la touche poétique et romantique de Roger Hodgson, qui en parallèle, sort aussi son premier album solo. C'est un peu Peter Sinfield qui se sauve des King Crimson et laisse un groupe plus mathématique.
1987, deuxième album du nouveau Supertramp, annoncé sous les feux par Zégut le dimanche soir sur RTL, j'ai gardé mon casque jusqu'à minuit. La pochette, toujours aussi belle, une habitude chez eux, le son, les 80's bien sur, en pétard à l'époque, mais bon, c'était Supertramp. Côté Hodgson ça sonnait moins 80's, j'allais m'y réfugier avec ma tète de bougon.
 

Et pourtant, « Free as a bird », je le réécoute très souvent, enjoué par l'entrain, la vigueur d'écriture rock-jazz de Davis. Ce fut quand même pour eux à ce moment là, le syndrome du deuxième album. Il est extrêmement musical, très gai, léger, même s'il persiste un thème progressif « An awful thing to waste », mais qui se réduit en timing (chanson très conseillée, du calibre de « Crime of century » ou « Rudy » ou « brother where you bound »). Enlevé et très arrangé, il pourrait se confondre avec un opus commercial, une sorte de facilité pour rebondir sur une autre carrière. Il n'a d'ailleurs pas battu des records et sera boudé par les fans.
« Free as a bird » a pris de la bouteille, s'est peaufiné, parfumé, pris du chien et bien vieilli, je l'ai pourtant boudé à l'époque. La moitié de voix est fidèle, le clavier aussi, quel bonheur ce piano Davis, ce saxo Helliwell qui cartonne, indispensable omniprésent.
Seul hic, l'apparition officielle de Mark Hart pour remplacer Hodgson au chant, déjà sur scène sur « Cannonball ». J'étais dans la salle quand je l'ai vu, j'ai eu mal, j'étais en rogne, non pas qu'il soit mauvais, mais qu'en fait ça le fait pas du tout, sauf en choriste. Mais c'est une vieille histoire, « Free as a bird » est un album qu'il est bon de remettre par nostalgie, pour écouter un bon Supertramp à fond. Il faut les avoir aimer très fort pour se faire la malle dans ce disque, accepter la séparation, écouter Hodgson en solo pour se faire une raison, car comme en 1984, Roger sort en 1987 son deuxième album solo « Haï haï » que j'aime beaucoup, mais qui sonnera la fin de sa carrière « créative ».
Le vinyl exciste en trois teintes , jaune, rouge et la version officielle bleue. L'oiseau de la pochette est découpé



Supertramp 1987 « Free as a bird » label : A&M


jeudi 5 septembre 2013

Esmerine 2013



Sarah Neufeld n'est pas seule a attirer vers le large, sa sœur de cordes, Beckie Foon, a aussi suivi la route du sel, l'onde celtique pour aller se poser sur les horizons arabisants. C'est sublime, Esmerine, mon talisman constellé lâche le gris pour les soleil durs, bouleversant comme « Passion » de Peter Gabriel. Certes, l'album commence sur un classique du genre, un morceau planant pur Esmerine.. c'est l'embarcation, le chant des adieux pour une autre terre, une fois de plus l'Atlantique va être englouti par la culture. Ça tangue à nouveau, toujours, la coque va tenir, les vents de sables sont déjà sur les paupières, « Dalmak » est aveuglant.
Si « Hero brother » est l'invitation au voyage, ce nouvel opus d'Esmerine est le voyage, la partance et l'arrivée après la traversée.
Je suis un voyageur immobile, je n'ai jamais traversée de mers (juste passé sous la manche), encore moins des océans, c'est surement pour cela que je vénère Constellation records depuis 1998, sans cesse je suis parti pour des voyages autant horizontaux que verticaux, Esmerine ou la frustration du voyageur immobile.
Je vous jure que cet album est à l'apogée du trouble. J'ai cessé de respirer, j'ai pleuré et je me suis ligoté pour ne pas suivre l'appel du sel.
Métissage époustouflant et juste, Istambul, Montreal. L'album de l'année.



Esmerine 2013 « Dalmak » label : constellation




Sarah Neufeld



Un nouveau chant de sirène me prend à la gorge, je viens à nouveau de me laisser engloutir par les cordes graves et séminales d'une grande artiste.
Ça tangue, des horizons de traits noirs tracent sur le gris outremer, l'ocre vert. Un foutre argileux vient lécher le safran des rochers, à nos pieds les remouds, du gros bouillon et une palette. Un cycle. La peau est salée, du sel à perte de vue, de l'eau des roches, du plancton et de des matières organiques.
Le temps est au chagrin, c'est puissant et fécond, tout berce et ravage la carotide, c'est chaud et froid. « Hero brother » est un océan qui dégouline sur nos terres, des flots de larmes sur nos argiles et nos limons noirs, de la boue des berges.
Cet Atlantique qui a deux bras, le Saint-Laurent et la Loire, les bras de mer dessinent et prennent, tout finit dans l'océan, le cœur de nos bleus.
Sarah Neufeld (Arcade fire, Bell orchestre, Esmerine...) érige un hymne des puissances salines glissant sur des parfums terrestres.

Sarah Neufeld 2013 "Hero brother" label : constellation

http://sarahneufeldmusic.com/
http://cstrecords.com/new-release-sarah-neufeld-hero-brother/