vendredi 30 novembre 2012

Valgeir Sigurdsson


Pénétrons plus profondément dans l’enclave des nuits longues et gelées, vers cette famille de paysagistes du nord. Valgeir Sigurdsson peint avec la même palette que Corley, un violon en plus. Une symphonie givrée grésille aux mêmes heures de la journée. Accoudé au pupitre de la banquise, paralysé par le mouvement mou des glaçons qui prennent le large, on reste engourdi devant ce post-classique noisy islandais, avec des poussées biologiques aux allures de post-rock, comme si de grands pans de glace se décrochaient de la calotte.
C’est un endroit du monde où l’on aime contempler, pas un mot, une parole, juste des ondes et des notes acoustiques qui nous rattachent au monde. Le dessin des collines blanches est nettement tracé par les ombres cobalts, l’horizon est une fracture, un trait qui divise. Tout s’étend sur des parallèles glissants vers un point de fuite abstrait.
A des années lumière de Vespertine ou Mùm, Feist ou encore plus près de nous Camille à travers lesquels il a posé son idéal sonore, Valgeir Sigurdsson nous aveugle du blanc écarlate réfléchi, et va farfouiller dans la profondeur de nos esprits. Il soumet alors à notre nudité cérébrale cinglée par le mercure en naufrage.
Tellement d’épopées musicale nous transportent dans de multiples voyages immobiles, comme la glace sur l’océan. Je découvre Valgeir Sigurdsson et le range avec les autres dessinateurs polaires.

Valgeir Sigurdsson 2012 « Architecture of loss » label : bedroom community



mercredi 28 novembre 2012

Paul Corley



Un instant de grâce atmosphérique où entrent en collision un piano et le silence. Tissé sur un fond de lin blanc, le field recording de Paul Corley saisit nos pensées bucoliques en les injectant d’une torpeur toxique engourdissante. On appréhende « Disquiet » distribué par Kompakt, comme un énième album planant d’électronica. C’est sans compter le label qui le produit, Bedroom community où il se passe des choses, et la formidable vision biologique du plasticien américain. Sans compter aussi la présence de Corley pour les travaux pianistiques de Tim Hecker sur « Ravedeath 1972 », et la liste des invités qui viennent figer cet opus qui se découpe en quatre pistes instrumentales. Le mixage et la programmation sont tenus par Ben Frost et Paul Evans, la guitare par Ben Frost et Matthew Collings et surtout la présence aux manettes de l’aérien Valgeir Sigurdsson, beaucoup plus visible pour avoir tissé le papier peint sonore auprès de Bjork, Feist ou Camille. La basse nébuleuse de Borgar Magnasson vient alourdir la brume qui ne se dissipera pas.

Dans les remerciements, il y a Tim Hecker et Brian Eno. Ces deux entités artistiques pourraient résumer la palette de couleurs de « Disquiet ».

Comme de gros morceaux de glace, les notes de piano dérivent à la surface d’une mer glaciale léchant mollement les rivages d’un monde urbain qui respire difficilement. Du gris, du blanc, et si le nacre des frimas se réchauffe légèrement, c’est d’un mercure verdâtre que la brume et la nuit naissante autorise pour quelques minutes encore, juste avant l’anthracite définitif. Le piano est préparé, il flotte dans un rêve néoclassique au milieu de drones délicats, de post-rock primaire et traduit une discrétion spirituelle saisissante, une brûlante caresse cérébrale, sombrant sur un final minimal troublant.

Paul Corley 2012 « Disquiet » label : bedroom community

http://paulcorley.bandcamp.com/
http://bedroomcommunity.net/







dimanche 25 novembre 2012

Jacques Bertin 99




Chez Bertin, il est question de ne pas trahir ses convictions artistiques, politiques et humaines, d'enfant, d'adolescent et d'homme convaincu... choisir indiscutablement Jacques Lévi Alvarès à Eddie Barclay, la boite à musique (BAM) comme refuge de chansons, qui, dès leurs premières publications rafleront le prix Charles Cros... et bien plus encore.
On ne lui a pas donné la parole, il l'a prise de sa propre initiative, avec tout ce que ça inculque de pression et de responsabilité. Qu'il est bon de choisir librement ses poètes.
Un chemin fidèle dès le départ, un de nos plus grand artiste, sur son chemin à lui.

Les poètes sont des « Montreurs de monde à faire »...




Jacque Bertin 1999 « Le grand bras, les îles... » label : disques Velen
http://velen.chez-alice.fr/bertin/disques/grand.htm

Pensées attentives à Echiré... merci infiniment pour "Le chant d'un homme".

Deux pochettes de disques disponibles..et un tableau pour un week end Bertin, et un nouvel album à venir en mars 2013.

"Le lit de Bertin"     (huile sur toile 25 novembre 2012  91x61)




samedi 24 novembre 2012

Food


Thomas Stronen est un percussionniste/électronicien norvégien œuvrant pour ECM mais aussi Rune Grammofon.
Iain Ballamy est un saxophoniste/électronicien britannique, il a offert ses cuivres dans les 80 's et a notamment côtoyé Bill Bruford.
Christian Fennesz est un guitariste/électronicien autrichien, sa carrière de paysagiste sonore en solo est assurée principalement par Kranky.
Nils Peter Molvaer est un trompettiste/électronicien norvégien, pionnier du nu-jazz et de la fusion (jazz-electro).
Eivind Aarsett est un guitariste/électronicien, Norvège, nu-jazz aussi, expérimentation, dans son CV artistique, il a travaillé avec Ray Charles et Dee Dee Bridgewater.
Prakash Sontakkle quant à lui fait ses débuts au sein d'ECM sur cet opus, c'est un world slide-guitar vocal indien.

A lire cette énumération de curriculum vitae artistiques, on pourrait penser à un casting de label, histoire de recruter quelques cerveaux féconds de construction musicale moderne bien structurée.
Cette liste d'artistes impressionnante est en fait le crédit du deuxième album de Food, groupe de jazz-progressif-electro expérimental. Aborder un paysage de chacun d'entre eux, pris indépendamment, est un voyage constructif aux saveurs uniques, chaque palette est différente. Les imaginer tous entre les murs d'ECM relève du fantasme. Colossale travail electro-acoustique improvisé, Food nous donne de la nourriture en abondance, de quoi tenir des nuits entières. Complet, équilibré, l'inspiration injectée pénètre par tous les pores de notre enveloppe et rejaillit en spores près à féconder n'importe quelle source d'inspiration, à condition d'être à la merci de ce formidable melting-pot moderne.
Aucun titre plus que l'autre, un concept qui est né en 1998 autour de Ballamy et Stronen, avec autour des invités de prestige qui gravitent. Accumulation de textures, une formidable collision d'esprits entre des architectes sonores et des paysagistes. Une assomption radicale vers la perfection sonore et artistique. Quand la structure vient épouser le décor, quand la corde pénètre la console et que les cerveaux se heurtent comme un big bang esthétique, on obtient une heure de voyage transcendantal, avec la sensation de garder toujours un pieds à terre, happé par la construction rigoureusement libre de ce formidable garde mangé intemporel et universel.

Food 2012 « Mercurial balm » label : ECM

http://soundcloud.com/iainballamy/sets/food-iain-ballamy-thomas



mercredi 21 novembre 2012

Hidden orchestra


Les heures de gloire du trip hop se sont ternies. Massive Attack et Portishead ont du mal à survivre à l'épuisement de cette fusion musicale si puissante au milieu des 90's. Hidden Orchestra, avec son deuxième album hébergé chez Denovali, vient tenir le flambeau et offre une nouvelle pièce à l'édifice. Le mouvement n'est pas mort, il reste des luttes souterraines, et ce grand disque de voyage immobile d'electronica raffinée.
« Archipelago » est une pertinente et percutante échappée dans le jazz gris électronique. Un son construit, une envergure cinématographique, un esprit Troublemakers en plus sombre. Des mix à la pelle, une belle cure de jouvence pour ce quartet écossais et pour le trip hop qu'on croyait invisible.


Hidden orchestra 2012 « Archipelago» label : denovali
http://www.hiddenorchestra.com/
http://www.deezer.com/fr/album/5927691
http://newalbumreleases.net/49396/hidden-orchestra-archipelago-2012/#more-49396





Salomé Leclerc



Bim, en plein dans la mélancolie, touché en plein cœur, faut pas qu’on me dise des choses comme ça.. « si on partait ensemble quand se lèvera le vent,… je te montrerais comment on tangue.. ». Pierre Lapointe son compatriote proposait de la même façon, mais là, c’est Salomé, c’est plus facile d’y croire, porté par une petite voix de frimousse hypersensible… « et si la vie porte sa croix, c’est plus facile d’y croire ensemble ».
Il y a des tonnes de courant d’air autour de nous, et si on y laissait nos souvenirs.

Salomé Leclerc a raflé tous les suffrages et les prix artistiques il y a quelques années dans son pays natal, le Québec. L’album ne nous arrive ici que maintenant, porté par notre auberge Tôt ou tard (et Emily Loizeau au studio). Il était temps. Gamine, ce sont ses frangins musiciens qui l’on poussé derrière une batterie. Son rythme à elle est mou, toujours lié à la nature, l’Anna Terhneim du Québec. On est si bien sous les arbres, on se sent rassuré, à l’abri des calvities et de la lumière trop forte. On peut contempler sans vertige..puis dans cette prairie plus loin, il y a un bouleau. Et je repense à cette toile réalisée il y a quelques mois.. celle que j’aurai pu peindre en écoutant « Sous les arbres ». J’ai trouvé la bande son.

« Garde-moi collée..Préfère-moi, aspire-moi, garde-moi pour toi… » Oui je sais, Salomé injecte le fleur-bleu, cette moue sauvagement amoureuse. Difficile de ne pas saigner sous les impacts de son carquois qui se vide. J’adore les bouleaux. Elle invoque Cat Power en plus fragile, elle est fan de Desjardin et de Ferland.. elle me rappelle Marie Lafôret triste lorsqu’elle se faisait troublante à ses débuts, des chansons d’amour absolu. Des jeux de guitares intimes comme Dominique A.

Je ne sais pas quel impact elle a de l’autre côté de l’Atlantique, Salomé Leclerc débarque chez nous, va y’avoir du grabuge chez les romantiques.


Salomé Leclerc 2011 « Sous les arbres » label : tôt ou tard
http://www.salomeleclerc.com/musique.php?album=229
http://www.salomeleclerc.com











lundi 19 novembre 2012

Jeff Lynne


Si Elvis avait été de ce monde, il aurait surement accepté l'invitation de Jeff Lynne pour participer au grand projet improbable des Traveling Wilburys. Y'a du king dans « Long wave », le dernier album de Jeff Lynne, et un mélange de tous les membres de cette famille Wilburys (« Running scarred » complètement Orbison) avec en plus des remugles de son ancien groupe ELO.
C'est un producteur, un style anglais, une vision sonore reconnaissable dès la première note.... tant d'albums sous ses manettes.
Depuis « Armchair theatre » en 1990, pas un seul album à lui. « Long wave » est donc son grand retour, avec des chansons fidèles à son lyrisme mélodieux aspergé d'accords de guitare folk et de percussions sèches.
Si les Traveling Wilburys devait revenir, Jeff Lynne inviterait surement Findlay Brown, un p'tit gars bourré de matériel génétique.. avec aussi une âme Elvis et Roy Orbison.
Il est fort à parier que par ici, ce disque va être happé par une lame de fond. Dommage, car en plus de son touché fidèle, « Long wave » est un opus de haute tenue, un grand moment de pop rock légère qui vient nous plonger dans une douce mélancolie nostalgique Harrison.

Jeff Lynne 2012 « Long wave » label : frontiers records
http://www.jefflynnesongs.com/




dimanche 18 novembre 2012

Chet Baker 70


Pas facile de se frayer un chemin au sein de la discographie collossale de Chet Baker. Alors je glane parmi quelques conseils de blogueurs et de locations hasardeuses.
Vanessa Bruno, alors qu'elle voulait imaginer la bande-son idéale lors d'une promenade sur la plage, a réalisée en 2008 une émouvante compilation « Plant a tree » pour une association écologique. Dedans, entre autre, Chet Baker interprète et joue une des plus belles chansons folk « Come saturday morning ». Sa voix aussi sur « Something » prouve qu'elle aurait pu être plus utilisée encore, proche de Vincent Gallo sur « When ».
« Blood, Chet & Tears » est construit ainsi, de l'hyper easy listening alternant des reprises standards instrumentales et d'autres chantées... Joe Cocker, David Clayton, Georges Harrison.... « spinning wheel »... Chez Verve en 1970 sort cette récréation, confortable comme une croisière, inattendue, un coup de cœur tendre loin de son jazz profond habituel.


Chet Baker 1970 « Blood, Chet & Tears » label : verve
http://www.chetbaker.net/






Pearly Queen


Les vieux albums de soul/funk/disco ou autre objets rares issus de la scène 70's américaine ont souvent fait l'objet de sample pour les DJ. C'est DJ Shadow sur « Endtroducing 96 » qui a puisé dans chez Pearly queen un échantillon de « Quit jive'in »74 (année où sortent leurs deux uniques albums).
Cette année là, les Pearly Queen sur le label de Miami Sound triangle records sortent aussi le sublime album latino-funk « Treasure hunt ».
Complètement 70's, cet opus extrêmement rare avant sa réédition cd de cette année, est un sensuel mélange de bossa classique et de jam funk à consonance Santana.
Ovni extraordinaire et improbable d'époque.





samedi 17 novembre 2012

Ferré 64


La symphonique qui balance et qui sort souvent, comme la mer. La contrebasse est une houle. Dehors une nuée de corbeaux dessine une constellation en négatif sur un ciel gris brouillard, alors que le rouge-gorge sautille dans le mousse en marmelade. « C'est le printemps », on fera comme si. « La mélancolie » surtout, celle qui colle au smog, pourquoi la sienne est si belle, presque heureuse. Aguicheuse cette séduisante tristesse.. regarder dehors et écouter Ferré 64. Et puis écouter un Ferré c'est un peu être triste à la venue du printemps, ou léger à se prendre l'automne gras dans les dents..et toujours cette houle philharmonique qui me bat le cerveau et le cœur.
Sortir griller une sèche, se refaire une petite beauté aux utopies..le fil du rasoir. Et pourquoi pas tout se permettre.
La nuit dégringole, le foyer gronde et se fout de l'humidité. Le four souffle régulier pour quelques amis à venir... le vin sent bon, il prend l'air dans son ampoule de cristal, dégoulinant sa viscosité sur les hanches bien roulées de la carafe. Quelques fleurs aux allures de chrysanthème pourpres flirtent avec la rose de Noël qui attend son heure.
Merde, un Ferré c'est extra. Ça colle et rassure, ça prends au ventre d'une douceur en colère. Un album comme tant d'autres, 1964, comme une transition d'Odéon aux Barclay sombres. Léo Ferré 64, un pieds de né à l'automne qu'à pas fini de nous moisir les os.


Léo Ferré 1964 « Ferré 64 » label : barclay.



vendredi 16 novembre 2012

Olympia 1970




Boulevard des Capucines... néons rouges, un mythe, des affiches pour une année. 1970.
On va passer outre Marcel Amont, Mireille Mathieu, Vartan ou Annabel qui auront, au côté d'un Black Sabbath que j'imagine même pas pouvoir y être dans une vie antérieure, fait briller cette fameuse façade de la grande artère du 9ème arrondissement.
Il y a bien Johnny qui s'y est produit, Paul Anka, Ange ou Polnareff mais pas de trace gravée.
« Ivanovitch, Alice, L'homme et la musique, Otis, Le petit vieillard ... Et s'il n'en restait qu'un ….. »
Le son est authentique, pas terrible, juste des albums simples, c'est peut être pour ça qu'ils n'existent pas en version numérique. Des lacunes dans une discographie ? En tout cas des trésors en support vinyl.
De cette année, de cet endroit, je ne garde que trois affiches, trois vinyls que je ressors ce soir pour m'isoler de ce brouillard glacial.. trois sons chauds, crépitements, documents, réconforts.
Ces albums simples là n'existent pas en cd... on peut le comprendre..mais on peut aussi s'enorgueillir de leurs détentions...on rajoute des basses et c'est bon.
Et puis c'est vendredi..un petit Eddy.



Eddy OlympiaJulien Clerc Olympia 1970 – Bécaud Olympia 70.... Pathé/Columbia/Barclay/...
Pas de document vidéo..pas d'exemple..juste ceux qui veulent..un petit message mail :D

jeudi 15 novembre 2012

Zappa 66


 
 
Grand Concours des Disques Exquis (J8) GJdDE08
THE MOTHERS OF INVENTION 66 "Freak out!" pour répondre à Sorgual sur PINK FLOYD "Atom heart mother"
 
Pour finir cette session en beauté, et pour faire suite au grand « Atom heart mother » que je jalouse, voici un autre monument incontestable avec aussi une pochette renommée.
La face D de ce deuxième double album de l'histoire du vinyl (grillé de peu par "Blonde on blonde"), est un test de résistance pour pouvoir se permettre de l'écouter dès le début. .. « sinon, brûlez le disque... ». Voilà comment Zappa propose ce Freak rock révolutionnaire.
Je n'ai toujours qu'effleuré le monde de ce foutraque mousquetaire. Histoire de me donner un pass, j'essaye souvent celui-là, et Hot Rats, mais il faut bien avouer que je suis cassé les dents sur sa grosse discographie inégale et lui préférant ses frères d'armes Dr John et Captain Beefheart. Quelques moments géniaux, assassinés quelques secondes plus loin par un délire pop.. sauf "Hot Rats"... et « Freak out ! » les trois premières faces de la version vinyl, parce que je ne brûle jamais un disque (et dire qu'il y en a qui les mangent ;D) et que je pense joindre un jour cet univers entier que je trie drastiquement depuis quelques décennies.
« Freak out! » très Barrett, Cream, avec la liberté folle de Zappa en plus.





mercredi 14 novembre 2012

Alvarius B



Alvarius B est un auteur-compositeur marginal, qui au sein du groupe Sun City Girl s’est acharné à produire une cinquantaine d’albums officiels. C’est aussi une carrière solo, sous le nom d’Alan Bishop, Uncle Jim et Alvarius B donc. Cette année, Abductions records a édité en CD son vinyl sorti en 300 exemplaires en 2011 « Baroque primitiva », ainsi que ses enregistrements cassettes entre 1994 et 96.

Ce dernier double CD ne s’écoute pas à n’importe quelle heure de la journée, un blues toqué de finger picking cherche son chemin à travers des univers Tom Waits, Dylan, Devendra Banhart avec en plus la folie de Syd Barrett ou Daniel Johnston. Les neurones se sont cramés sur sa sèche. Uniquement enregistré en prise directe avec sa guitare acoustique, les 45 chansons sont interprétées la tète posée sur une guillotine rouillée qui ne fonctionne plus. Son discours apocalyptique de cris rauques et d’expectorations distille un folk kaléidoscopique comme une interprétation musicale de la violence et de la réalité psychédélique. Son sabotage mélodieux en langue bileuse exprime toute sa misanthropie, un songwriting post-moderne, maso et exubérant.

Et on peut découvrir chez Alvarius B de beaux parterres de fleurs aux exhalations d’acide sulfurique, de belles côte du littorale souillées d’une marée noire généralisée. Son corps lisse attaqué par la nicotine et les remugles d’alcool.

Si certaines chansons frôlent l’insoutenable « Civet’s tango », d’autres, comme un grand chien bâtard et boiteux au regard terriblement humain côtoient le sublime « Blood Baby ». Et on resterait bien sur ce banc limace à contempler hagard cet arbre mauve alourdi de fruits biscornus fushia, près à tomber sur l’herbe orangée.

Génie saboté, révolte, clown acide, cerveau abondant, cette compilation, seulement éditée jusqu’ici en double Lp en 98, est un formidable voyage dans un asile doux, écorché, désespéré mais terriblement lumineux.

Alvarius B 2012 « Alvarius B » label : abductions records
http://www.myspace.com/alvariusb
http://www.suncitygirls.com/
échelle de richter 6,5
support cd
après 2 écoutes











lundi 12 novembre 2012

PJ Harvey 2000




Grand Concours des Disques Exquis (J7) GJdDE07




PJ Harvey "Stories from the city, stories from the sea"" pour répondre à Jimmy Brazilian nuggets "back from the jungle


« To bring you my love » sensuel et troublant, « Is this desire ? » profond et bouleversant..puis “Stories from the city, stories from the sea” comme un retour à la puissance des guitares. Le son est préféré à la mélodie, à l’âme. Pj Harvey a sorti en 2000 un album rock Patti Smith, récréatif au beau milieu d’une discographie complexe et hétérogène. Bonne critiques générales séduites par la participation de Mick Harvey, Rob Ellis et Tom Yorke, mais les fans d’introspections rock passent outre cet objet « facile ». PJ Harvey en belle rockeuse féminine est à une tournante de sa carrière, elle peut se permettre cette récréation de pop urbaine saturée.



PJ Harvey 2000 « Stories from the city, storie from the sea » label : islands
http://www.filestube.com/p/pj+harvey+stories+from+the+city+stories+from+the+sea
http://www.pjharvey.net/



dimanche 11 novembre 2012

Against all authority



Grand Concours des Disques Exquis (J6) GJdDE06

AGAINST ALL AUTHORITY "All fall down" pour répondre à Djeepeedee CHICAGO « Transit authority »


Retour de boomerang, me voilà coincé à mon tour, Djeed m'avait prévenu :D.
Panique à quatre pattes dans mon dressing pour choper un transit... un authority, voire un Chicago autre que ce groupe là.. rien, bredouille. Il reste le moteur de recherche, et là, bimm, des trucs pourraves genre Three Days Grace pour ado attardés à la recherche des nouveaux Red Hot Fm... « Transit of Venus »..ça s'invente pas.
Alors, histoire de vous électriser le bulbe, un peu comme on voit sa belle-mère à poil le dimanche matin en rentrant dans la salle de bain, ou que l'on se réveille avec une enclume sur l'occiput, des pertes de mémoire et des douleurs bizarres inhabituelles.... voici des dingo de Ska-Punk pas très dominical... pour me venger de ma nuit blanche.




oh tain.... un seul morceau suffira.... ahh y'a de la trompette... aïe, j'vais m'recoucher.


samedi 10 novembre 2012

Ray Stinnett



Comme une marque de fabrique, le son qui s’échappe des studios de Memphis est impeccable. C’est même à cet endroit que Ray Stinnett a acheté sa première guitare à l’age de 12 ans… comme Elvis. Light in the attic est une nouvelle fois à l’origine de cette belle résurrection.

Un groupe 60’s inconnu au sein duquel il tenait la guitare Sam the Sham & the pharaohs. Puis cette envolée perso chez les mythiques A&M, 1971 un très bel album de country soul, rock folk hippie au son délicieux. Jerry Patterson et Mike Plunk pour les musicos, une trompette qui traine sur quelques pièces.. du jam blues hyper cool, de l’harmonica Mayall, une jolie introspection dans les archives musicales.

La tendance est à la réédition. Mon disquaire a bouleversé ses rangements. Rétrogradés l’électro, l’indépendant..la plus grande place discographique a viré international, occasions à la pelle, regroupement plus cohérent ? (Jethro tull s'est quand même barré en rockprog), des coffrets des résurrections à la tonne… est-ce la tendance générale pour qu’il puissent continuer ? Les acheteurs fuient t-ils l’abondance des sorties autoproduites pour revenir à l’universel ? La fnac la plus proche quant à elle a réduit de moitié le rayon disques en tout genre pour proposer des produits pour enfants, BD, objet, jouets… juste à côté d’un grand rayon cafetières… ignominie assumée, insulte à la culture, c’est devenu un hypermarché vulgaire.


En attendant, Ray Stinnett apparaît, et pour nous, l’occasion d’écouter un bon disque oublié, de faire un nouveau travelling arrière, indéniablement, la mode est au rétro.

Ray Stinnett 1971/2012 « A fire somewhere » label : A&M/Light in the attic
http://lightintheattic.net/artists/445-ray-stinnett
échelle de richter : 7
support cd
après 1 écoute







vendredi 9 novembre 2012

David Sylvian & co.... "Uncommon Deities"


Samadhisound nous dévoile à nouveau une pièce extraordinaire, une envoûtante symphonie jazz expérimentale. David Sylvian, le tenancier, a conçu ce chef d'œuvre, il psalmodie un texte de Haugen au beau milieu d'une construction sonore contemporaine faite de piano et de trompette vaporeux, tandis que Sidsel Endresen donne la réplique avec une voix syllabique et jazzy. Duo de voix, minimalisme des instruments, une danse irréelle.
Un accordéon timide vient valser mollement avec la symphonie lointaine et planante (« The god of smaller gods »), un djembé suggère une danse fantomatique (« The god of small caresses »). Le tout est microscopiquement saupoudré d'effets électroniques. Les enregistrements sont directs, sorte d'improvisation en studio, un instantanée libre et magique. Une œuvre blanche, un mariage délicieux avec le silence.

On est pris d'engourdissements à l'écoute, dans un calme hypnotique, de cette séduisante épopée moderne et envoûtante.
La distribution des rôles : David Sylvian (voix); Sidsel Endresen (chant); Jang Bang (samples); Erik Honoré (samples et synthés); Arve Henriksen (trompette).. et autres invités pour le piano, percussions...
David Sylvian lit et réinvente la poésie, et, depuis « Blemish 2003 » bâtit pièce par pièce l'univers ensorcelant de samadhisound. Toujours plus haut, « Uncommon deities » culmine.

David Sylvian – Erik Honoré – Jan Bang – Sidsel Endresen – Arve Enrickson 2012
« Uncommon deities » label : samadhisound

échelle de richter : 9
support cd
après 3 écoutes.




jeudi 8 novembre 2012

Pinback 2001


Grand Concours des Disques Exquis (J5) GJdDE05
Pinback 2001 "Blue screen life" pour répondre à Grace Jones "private life = the compass point sessions" de Approximative but fair
 
2001, une grande année de résurrection rock avec les Strokes en tète, et autres White Stripes. Un disque sous silence, de pop molle légèrement électro, soft, gelée, doucereuse (qui aurait pu donc, figurer chez morr music)... Pinback dans ce temps là, n'avait pas encore provoqué les ventes. Un bon cru aux oubliettes, « Blue Screen Life » sous un label ponctuel cutty shark . J'aurai pu tomber sur ce disque à la rubrique pris au hasard.. je chope la "life", j'écoute et la séduction farouche marche encore... pour un groupe qui s'est endurci depuis.

Pinback 2001 « Blue screen life »
http://www.filestube.com/p/pinback+blue+screen+life+zip
http://www.pinback.com/




mardi 6 novembre 2012

Mickey Newbury 1969

 
 
Grand Concours des Disques Exquis (J4)

GJdDE04 -Mickey Newbury "Looks like rain" en réponse au Smog: "Rain on Lens"" proposé par Fracas 64.
 
Depuis cette chronique, la musique de Mickey Newbury n'a cessé de hanter maplatine et mon casque. Le plus doux songwriting que je connaisse. Cet opus là, se déroule sous la pluie, une pluie d'été tiède pour un folk sirupeux rappelant Elvis/Dylan/Bacharach.
 
Mickey Newbury 1969 "Looks like rain"
 

lundi 5 novembre 2012

Fabio Orsi




Des menaces de fin du monde. Quand les collines sont plongées dans l'ombre et que l'ampoule cherche à roussir, à redonner la vie dans des brumes sanguines. Quand le fil de tungstène lutte avec les pâleurs lunaires, timides et rosies par l'épais nuage de cendre.
Le cœur d'un paysage meurtri mais soulagé par l'homme disparu. Un boléro ténébreux, une pyrotechnie cardiaque, des battement de drone grossissant (« The new year is over (yep) »). La nappe défile comme dans une avenue déserte avec de hautes tours menacées par la capillarité végétale. Le haut des parapets d'où la vue est plus belle, aspire à la canopée urbaine. Au loin, la chlorophylle a fossilisée d'anciennes fêtes foraines et l'horizon cuivré cogne un son cyclique, une boucle de vent qui souffle, comme si de rien n'était... et tout se charge d'absence.
Anticipation, approfondissement, l'œil farfouille et la plèvre se contracte. Rictus astrologique et borborygmes terrestres. Seul.
 



Fabio Orsi battit une œuvre colossale en trois phases. Trois volets sous des lunes différentes. Une douce symphonie apocalyptique et douce. Déshumanisation cérébrale pour une construction sonore boréale. De puissants drones, la brûlure est à son comble (« the lonesome era part2"). Quoiqu'il arrive, les grands espaces s'emparent du silence. Pousser le volume et se perdre de vue pour flotter avec la bande son tribale d'un autre monde (« the new year is over (nope) »). Infernal ballet de tambours cosmiques. Un nouveau monde. Le prochain.
« The lonesome area » nous projette dans la peau du survivant, statique au beau milieu des hangars désaffectés. Paysages noirs et blancs teintés de cramoisie sépia, clichés vieillis par le futur interminable.

On peut marcher des heures à travers les grondements volcaniques, les mouvements tectoniques, une once de vie crache encore, juste en dessous. La biologie est cyclique. Tout est cycle. La moindre dérive sera corrigée un jour. Même dans le noir on peut voir. On peut marcher des heures, le paysage est le même sans pour autant  être dans l'irréversible. Et l'on se raccroche à l'éclaircie outremer, à cette envolée de corbeaux mordorés qui blanchissent en prenant de la hauteur..le poumon de l'océan n'est pas loin (« Permanent mark »)...la profondeur non plus (« Dust in one hand, love in the other »). La brûlure des ondes.

 
Objet rare, artiste important, mouvement expérimental italien incontournable.
La discographie de Fabio Orsi est intrigante, et généreuse.


Fabio Orsi 2012 « The new year is over » label : silentes
http://store.silentes.it/catalogue/sme1255.htm
http://fabioorsi.bandcamp.com/
échelle de richter : 8,5
support triple cd
après 5 écoutes







dimanche 4 novembre 2012

Paul McCartney "Band on the run"



Grand Concours des Disques Exquis (J3)

GJdDE03 - Paul McCartney "Band on the run" en réponse au The J.Geils band : "Blow your face out" proposé par http://le-club-des-mangeurs-de-disques.blogspot.fr/ du club des manguers de disques.

Vous vous souvenez ? pas de jeu sans Paulo.. souvenez-vous aussi ICI .



Yves Simon 75


A l'occasion de la sortie d'une réédition de « Vers les leurs » de Dominique A contenant quelques bonus rageants pour les premiers acheteurs fans, j'écoute cette coïncidence artistique entre lui et Yves Simon. La reprise de « Ma jeunesse s'enfuit ».
Du coup, j'embraye, je tape dans le dur et le doux, parmi les premiers 33T d'Yves Simon dont les rééditions numériques sont devenues très rares.
Je prends celui que j'aime écouter, au détour d'une pochette que j'aime, d'un titre qui me parle... on doit se raconter. Et puis dedans, une belle douzaine de compositions bien à lui. Chanteur à texte un poil hippie, vagabond boisé avec de belles idées rock. Et surtout une lumineuse mélancolie qui assaille souvent sa sèche.
« Raconte-toi » alors que le jour tombe prématurément depuis quelques jours. J'aime tout chez cet auteur, jusqu'à la coulée d'accordéon (premier instrument qu'il possèdera à l'age de huit ans) et de clarinette sur le titre éponyme...puis sombrer doucement sur « Tout ce que j'ai dit ».
« Petite Mauve » et d'autre chansons d'amour.
Un disque d'Yves Simon est un refuge confortablement intime, littéraire de songwriter pop. 1975 un dimanche réveur.

Yves Simon 1975 « Raconte-toi » label : RCA
http://www.yves-simon.com/
http://www.qobuz.com/telechargement-album-mp3/Yves-Simon-Raconte-Toi/Rock-Pop/Yves-Simon/RCA-Records-Label/default/fiche_produit/id_produit-0888880295064.html
échelle de richter : 9
support vinyle
après 1000 écoutes




 
 

samedi 3 novembre 2012

Earth

 
 
Grand Concours des Disques Exquis (J1)
GJdDE02 - EARTH "The bees made honey in the lion's skull" (Southern 2008)en réponse au "FLAT EARTH SOCIETY : "psychoscout"
proposé par Mister Moods du LA CAVERNE D'ALIBABA


Un petit drone doom sympa, pas trop poussé à l'extrême, un post-rock gothique dosé juste comme il faut. Earth a commencé en 93 chez Sub pop. « The bees made honey in the lion's skull » est sorti en 2008 chez southern records, presque planant. Surement la meilleur cuvée du groupe de Seatle. Et puis un nom à rallonge pour me faire pardonner :D

Earth 2008 « The bees made honey in the lion's skull » label : southern

http://www.filestube.com/e/earth+the+bees+made+honey+in+the+lion+skull
http://open.spotify.com/album/3Yhz9U7VNoX0gs0ZX6a4dJ