samedi 29 octobre 2011

Chris Watson : huile sur toile : 28 oct 2011 (66x51)





La pluie est une musique, un drone bandé à ses cordes déferlantes, une ode orageuse à la terre assoiffée, une sérénade amoureuse à l'humus asséché, un récital à la patience des oiseaux. Quelque soit la texture la pluie chante, de la bruine acouphène au déluge assassin.
Elle chante sur un lit de feuilles mortes, elle percute sur des peaux tendus en jambé de doigts doux et capitonne les remouds en crachin gris. Elle xylophone la neige et agace la glace, fait chanter les insectes du Kenya, et crépite sur des sols de glaise.
Elle adoucit le tonnerre en le nappant de sensualité.
Elle clapote sur l'eau en bruit charnel, elle réchauffe les vent froids d'Écosse, en imbibe ses fjords bleu-vert. Elle taquine le ruisseau qui entortille mon épaule.. Sur la vitre, elle fredonne en berceuse l'absence des bonnes gens qu'elle chasse des ruelles, des flaques, des miroirs réfléchissant nos utopies.
Fines gouttelettes ou grêlons acerbes, quelque soit la densité des hémorragies nébuleuses, la pluie chante, hurle, fredonne, psalmodie par quelques rares globules lourds percutant nos cirés, chantonne sur les étendues et balaye en brosse des franges cobalt sur l'horizon.
Chris Watson en 2003 a laissé chanter la pluie sur le globe, du Kenya à l'Islande en passant par l' Écosse. Trois morceaux de 18min 07 chacun, pour un voyage tétanisant de beauté..un réalisme pur puisque il s'agit de prises directes en pleine nature.

La pluie sous toutes ses formes est un chant, une musique.....un langage....





Chris Watson 2003 « Weather report » label : touch
www.touchmusic.org.uk
www.chriswatson.net
échelle de richter : 8
support : gravure
après 10 écoutes

Huile sur toile : reproduction d'après Maurice DeVlaminck 1920







Arrêt sur image, quelques disques de l'époque où j'ai commencé à peindre, début 90's, puis une envie de reproduire en copiste affable mon peintre préféré, comme ça, en revenant de Normandie et tous ces arbres cramoisis. Ni dieu, ni maître certes, mais quelques modèles qui trainent leurs couleurs dans mes divagations.. des Maurice.. mon grand-père, mais aussi Utrillo et DeVlaminck. Un oncle peintre au milieu de ces Maurice et des disques à en perdre la tète. Des choses simples et des couleurs automnales. Un toucher : 1920 « La maison de l'artiste à la Naze ». Petit exercice de style..




Leny Escudero 1971 « Escudero 71 » édition barclay
Claude Léveillée « Mes années 80 » les éditions de l'aube
Michel Corringe 1970 « La route »
Bernard Haillant 1974 « Les riches heures du temps qui passe » éditions remonter la rivière.




































mercredi 26 octobre 2011

Padang Food Tigers

















Aucun crédit à l'intérieur, la pochette est une pure merveille, le groupe totalement inconnu.. seul indice au délice, le label, under the spire déjà divulgué à travers Matt Christensen et Zelienople ou encore Peter Jorgensen et son « (for string) » sur lequel Peter Broderick vient prêter ses cordes.


Il y a des albums comme celui là où l'on s'engouffre via quelques indices, à travers un sentiment, une sensation, une certitude, un feeling. Une essence musicale, une naissance introspective qui égraine des accords de guitare électrique et de banjo que vient lier un piano et un field recording complètement soporifique. Quelques plages énigmatiques viennent coudre un canevas ambiant, aux lueurs expérimentales.
Sur le site du label, on apprend que Padang Food Tigers est un duo, celui de Spencer Grady et le deuxième hémisphère cérébral de Rameses III, Steven Lewis.
Aussi épure que le sublime « O little star » de Phelan/Sheppard, aussi brulé qu'une dérive vaporeuse de Scott Tuma, « Born music » est un délicieux voyage paisible à travers les mailles claires d'un paysage ambiant légèrement expérimental.

Padang Food Tigers 2010 (dispo que maintenant dans les bacs) « born music »

label : under the spire
www.underthespire.co.uk

échelle de richter : 8

support cd

mardi 25 octobre 2011

Supertramp 70

















Comme pour la plupart des accrocs aux super-clochards anglosaxons, j’ai découvert « Supertramp » 1970 et « Indelibly stamped » 1971, bien après m’être rassasié du « Breakfast in America ».


Supertramp est pour moi un long travelling arrière. Plus je reculais de « Famous last world.. », plus je sombrais passionnément dans ce groupe pop le plus romantique de l’histoire.
D’un côté Rick Davis revêtant l’âme rock-jazz derrière son piano, de l’autre, le doux guitariste Roger Hodgson apportant poésie romantique et fragilité dans la vison pure d’une pop dans sa plus belle définition.
Tout en reculant donc, je me suis perdu dans les épopées romantiques d' « Even in the quiestest moment » et « Crisis, what crisis ? », que je considère comme la paire idéale de leur carrière, exactement comme « Atom Heart mother » et « Medley » des Floyd.
Il y a eu ensuite « Crime of century » 1974 avec « School » mon elixir pop de tous les temps, ma faveur adolescente.

Juste derrière, un peu plus loin, à des années lumières, deux albums très isolés, absolument improbables, inclassables, comme deux essais, comme s’il ne s’agissait pas des clochards funambules. Et pourtant les deux protagonistes sont là, en piliers, Hodgson/Davis.
Sans trop s’étendre sur « Indelibly stamped » (qui renferme quand même quelques pépites « travelled »), c’est sur « Supertramp »1970 qu’il faut s'épandre. Tout est suspendu, et chaque écoute de cet opus romantico-psychédélique me transporte. Une âme à fleur de peau, atypique et bouleversante.
Si les disques de Supertramp ont un visuel marqué avec de superbes pochettes, ils ont ici proposé la plus laide de l’histoire.
On discerne déjà les tendances de deux artistes (malgré la présence de Palmer). Les chansons sont signées comme les Beatles: Davis/Hodgson, et chacun chante la sienne. « it’s a long road », « nothing to show ».. des jerk Davis, puis “shadow song(petite flûte King crimson),words unspoken” plus du côté Hodgson, de troublantes envolées lyriques qui se noient dans un concept progressif et mélancolique. Aucune pop plus sincère et profonde que celle de Supertramp à l’époque. Le son est unique, l'émotion anachronique, le jerk juste, le seventies impeccable, l'envergure féminine, la poésie à son comble. Il est impossible d'écouter « word unspoken » sans pleuvoir de l'épiderme, « try again » sans sombrer du boyau, le disque en entier sans vaciller du bulbe.


C’est sans doute, avec le recul, le disque de Supertramp que j’écoute le plus.

La même émotion est apparue en 1984 avec le premier album solo de Roger Hodgson « In the eyes of the storm ». La fin du groupe au complet, une aubaine pour les fans qui, comme des enfants de parents divorcés, avaient pour le coup deux albums au lieu d’un.. mais qu'est qu'on aurait aimé qu'il soit incorporé à « Brother were you bound».

Rarement Supertramp n'a été utilisé comme référence. Quel groupe dans l'histoire fait directement référence aux barbus romantiques ? Aucun. Ce premier album, entièrement enregistré la nuit, souligne puissamment cette particularité pop qui ne sera jamais dupliquée. Je ne m'explique toujours pas l'attachement viscéral à cet opus que j'ai dévoré à l'age de 14 ans. Lors de quelques échanges musicaux étudiants, ce disque ci m'a été réclamé par des fans de pop 70's ignorant la visibilité des Supertramp, disque que je partageais passionnément et craneux.


Supertramp 1970 "Supertramp"
http://www.supertramp.com/

échelle de richter : 9

support cd

après 1000 écoutes

clin d'oeil à Blake pour la motivation du billet. ....... à écouter d'urgence.....


http://www.123video.nl/playvideos.asp?MovieID=1006904



vendredi 21 octobre 2011

Bonnie "Prince" Billy

Messe folk celtique au plus profond du minimalisme. L'ermite barbu ajoute une pièce lumineuse à sa large discographie.
Belle lumière laiteuse, contraste épidermique, le silence éclaire les cordes sèches dans un calme absolu. Ce country cristallin est inaltéré, dénué d'arrangement. Aucune production (de celle qu'on lui reprochait sur « Letting go ») ne vient éclipser cette diaphanéité acoustique, celle que l'on croyait entrapercevoir chez Josh T Pearson ou Alexi Murdoch.
Sommet intime pour cette référence songwritting.

Bonnie « Prince » Billy 2011 « Wolfroy goaes to town » label : drag city
www.bonnieprincebilly.com
www.dragcity.com
échelle de richter : 8,7
support streaming
après 2 écoutes


merci à Francky pour l'aiguillage.





William Elliott Whitemore



Banjo petits moineaux (« bury your budons in the drownd »; « let's do something impossible »); ballot de foin et voix terreuse; récoltes rurales sur les terres Anti-; cordes nylon sur le « Field songs »; profond americana; une touche de secteur et tambourin (« don't need it », « not feeling any rain »); country folk dans son plus simple appareil; William Elliott Whitmore s'isole en pleine cambrousse pour s'offrir un album rocking chair Iowa classique et académique. Un produit du terroir intime et historique.

William Elliott Whitemore 2011 « Field songs » label : ANTI-
www.williamelliottwhitemore.com
www.anti.com
échelle de richter : 6,6
support cd
après 2 écoutes











mercredi 19 octobre 2011

Kim Novak














Le fusil change d'épaule aussi pour Kim Novak, il troque chez Kütu Folk un cold wave Talitres pour un rock pastoral, tout en gardant cette voix Interpol (donc Joy Division), voire Bowie par moment, et cette vison froide des guitares claires shoegazées.


« The golden mean » débute sur un flash back Fleet Foxes « comfort », puis dévie sur des balades The walkmen « merry go round » ou « glory ». Les accords guitare aussi classes que Findlay Brown, collent aux 60's Beach Boys, époque épique de l'actrice du même nom Kim Novak. Le miroir se brise et sans aucune sueur froide dévoile cet adorable voisin très prometteur. C'est pas Monroe, ni Hayworth, mais on s'en fout, c'est de la même classe. Kim Novak a absolument tout pour jouer dans la court des grands.
Les caennais proposent un album de pop rock intemporel avec une belle envergure agreste, et de la mélancolie en option.
Kütu Folk exprime une nouvelle fois sa politique volontaire locale intransigeante et naturellement puissante.

Kim Novak 2011 « The golden mean » label : kütu folk
http://kimnovakk.blogspot.com/
www.kutufolk.com
échelle de richter : 6,9
support cd
après 2 écoutes





Kim Novak - Merry-Go-round by kutufolkrecords

Léo Ferré 72
















C'est pas encore tout à fait l'automne, mais ça sent le roussi, j'anticipe.. je balance cette pochette sublime, comme une couverture de livre des « rêveries du promeneur solitaire » de Rousseau. Sa chevelure dans le carotène.

Ce n'est pas un album, mais une petite synthèse des chansons d'amour de Léo Ferré, une « récréation » spleen quand on n'est pas fin burné pour se prendre un concept d' "Amour anarchie", ou de « La frime »..ou encore de « La solitude ».
Il y a quand même « cette blessure » que Murat nome « la chose isocèle », « avec le temps », comme ça en passant, « on s'aimera » avec le vaste orchestre derrière, et surtout, cette rengaine qui m'obsède par frustration peut être .. « la vie d'artiste ».

Léo Ferré 1972 « Avec le temps » label : barclay
www.leo-ferre.com





dimanche 16 octobre 2011

Huile sur toile / 16 oct 2011: (51x21)





Piano Magic 2001 "Son de mar" label : rocket girl

















Huile sur toile 15 oct nuit : (46x55)






Piano Magic 2007 "Part monster" label : important









Huile sur toile-16 octobre 2011 - (81x31)


Barclay James Harvest tient son nom de groupe à l'association de noms de chapeaux anglais. Eux qui affichaient un papillon sur chaque pochette de disque.
Chacune de mes toiles bande sa flèche sous tous les angles. Un symbole radicelle ancré dans cette terre grasse que les hommes s'affairent à retourner depuis que l'ocre a été rasé. Toutes les senteurs mijotées durant des mois diffusent par les nuits fraiches, toute la sensualité humide d'une lande écartée et offerte quand la nuit s'allume... et des papillons partout, même si mon âme voyage ailleurs..vers d'autres landes affamées de peintures, vers des lumières infidèles qui n'éclaireront mon épaule que dans ma verticalité. Chapeaux-papillons, varech-en-Beauce, gelures-tièdes... j'écoute les morceaux de Wolly Wolstenholme sur chaque album des Barclay James Harvest..les plus celtiques, les plus humides et spacieux, baroque-pop-progressive terriblement romantique. Mon cerveau erre sur le globe, un peu perdu, même s'il y a le même clocher sur toutes mes pochettes.



















Barclay James Harvest 1977 "Gone to earth" label : polydor


ps : le vinyl proposait une pochette intérieure réversible.. le devant du disque étant découpé pour laisser le choix... noctambule ou couché de soleil...











Moonface

















Spencer Krug foisonne d'idées musicales, ce cerveau pop canadien se déplace au sein du collectif Jagjaguwar en laissant fleurir une teinte par groupe. Wolf Parade, Sunset Rudbown, Swan Lake, c'est lui. Moonface est son nouveau projet avec lequel il a troqué ses guitares folles pour des claviers barrés. Pourpre, rose intense, brumes psychédéliques, ce sont les nouvelles couleurs de sa musique. Un léger voile désuet vient vieillir comme un sépia la modernité des visions musicales de Spencer Krug. Un arrière fond vocal Bowie, des synthés vintages , aussi bien 70's que 80's, une vieille boite à rythme, un kraut vaporeux et hypnotique font de « Organ music not vibraphone like i'd hope » un délirant voyage labile, bourré d'ondes fauves. Après Roll the dice, Moonface arrose les bacs nouveautés de nappes analogiques solaires.

Moonface 2011 « Organ music not vibraphone like i'd hope » label : jagjaguwar
www.jagjaguwar.com
www.moonface.ca
échelle de richter : 7,7
support streaming
après 2 écoutes

merci à Carl le dessinateur pour le tuyau.














jeudi 13 octobre 2011

Arab Strap


















Cardu, Glenrothes, Aberfeldy..puisque nous sommes dans le malt écossais, restons y un moment. Malcolm Middleton et Aidan Moffat ont rependu leur mélalcoolie sur toute la planète durant une décennie (1996/2006). Tout commence à Falkirk, au beau milieu des terres, coincé entre Glasgow et Edimbourg. Une terre nostalgique, avec des ciels terreux et imbibés insufflent dans l'art des deux écossais un sévère naufrage musical porté aux nues par le chef d'œuvre « The red thread », comme un étendard à la vulnérabilité atrabilaire. Une tendresse caniculaire s'échappe de ces boites à rythmes mutilantes et de cette voix éthylique. C'est pas du Cardu, c'est des litrons de lubrifiants à soupapes pour carburer à la pop biturige.


Cet album unique distille une hypnose morbide, la bande son de nos oppressions dépressives. C'est surtout le témoignage sardonique d'une aigreur, la froideur des réalités quotidiennes, la nausée de quelques rêveries froides et attirantes d'une pornographie désabusée. L'adultère, un dépucelage scabreux, la jalousie, l'absurdité des soirées nauséeuses, l'impossible monogamie, le sado masochisme des relations, les flots d'alcools pour gommer, ou pour se souvenir.


Summum épileptique en cure de delirium tremens, le naufrage n'a jamais été si bon. Un disque pour décoller, ou pour sombrer, c'est selon la lucidités des douleurs. Des amours sans sexe, du sexe sans amour et toutes la grossièreté nécessaire pour l'exprimer. Jamais Arab Strap n'a autant exprimé sa révolte sombre. La pochette unique dans leur discographie n'est pas une tranche de vie habituelle chez eux, mais un superbe tableau.
« The red thread » est l'apogée des noirceurs pour ce groupe écossais révolu et culte. Un voyage à la verticalité abyssale d'où l'on revient avec une grosse gueule de bois. Indispensable. Ma préférence.

Arab Strap 2001 « The red thread » label : chemical underground
www.chemikal.co.uk
www.arabstrap.co.uk
échelle de richter : 9
support cd
après 1000 écoutes.











Huile sur toile 51 x 21 : 13 oct 2011





Arab Strap 2001 "The red thread" label : chemikal undergroung... en boucle

Huile sur toile 81x31 : 13 oct 2011





Arvo Pärt 93 "Te Deum" ECM

Meredith Monk 2011 "Songs of ascension" ECM

Lambchop

























On pose un album de Lambchop sur la platine, comme on se sert un grand cru Morey Saint-Denis 1998 dans un Schott Zwiesel, ou un Cardu 21 ans d'age dans un Eva solo.


1998 pour Kurt Wagner, c'est « What another man spills », l'année où j'ai découvert ce groupe.
Mais le grand cru pour moi, c'est 2002, « Is a woman ». Une classe sans précédent, un aboutissement qui ne sera jamais inquiété.
Kurt Wagner est à l'origine d'une pléthore de crooner pop depuis, de Richard Hawley à John Grant en passant par Tindersticks. Chacun d'entre eux ont distillé au fil du temps un panache populaire hyper cool coincé entre Presley, Tom Waits ou Sinatra, tout en gardant une touche à eux, leur dimension.
Piano bar, cordes délicates, son chaud et moite, totale maîtrise vocale, raffinement absolu, contrôle millimétré des instruments, équilibre fragile magnifiquement dirigé par des mélodies saisissantes.
« Is a woman » est un hymne amoureux d'une classe mondiale... mon disque de comptoir, une pause pour faire le vide et reconquérir toutes ses facultés.

Puis, c'est « caterpillar » cette douceur mélancolique épidermique qui perce au flan, qui amoche l'âme. Pedal steel, guitare guimauve, piano romantique, acétone planant qui embarque...ultime note de piano en naufrage juste pour ponctuer la belle envolée instrumentale finale.

Apogée d'une carrière de haut niveau..un moment particulier dans une discographie pourtant délicieuse.

Lambchop 2002 « Is a woman » label : city slang
www.lambchop.net
www.cityslang.com
échelle de richter : 9
support cd
après 1000 écoutes







mardi 11 octobre 2011

Roll the Dice














En 2010, un disque ovni sur le label incendié Digitalis sortait un disque d'électronique minimale conçu par un duo suédois, sous le nom de Roll the dice. Des fiches branchées dans des troncs d'arbres abattus comme pour entendre le bruit de la sève qui cherche les rameaux. Introspectif à souhait.


L' infiniment petit en cogitations, Roll the dice sur Leaf records cette fois-ci, fait exploser les ciels et dilate les corps. Cette fois-ci les fiches sont branchées dans des immeubles, la civilisation, et la résonance est cosmique.
Un son tribal sur un piano figé. Une transe de gestes lents saccadés, une sinusoïdale de couleurs fluo. Des nappes stratosphériques Eno flottent sous des vents Klaus Schulze. Et par moment, une dimension Vangelis effleure des bleus équinoxes ou oxygène. Un esprit 70's vient planer autour du temple Tangerine Dream.

Le piano robotique en chef d'orchestre affiche, toujours dans les graves, les couleurs chaudes. Autour vient se bâtir un son cathédrale aux longueurs d'ondes oscillantes, qui va du magenta au cyan en passant par le jaune. Ce sublime album d'électronique improvisée, rappelle les plages analogiques de Jonas Reinhardt sorti chez kranky en 2008.
L'espace que le piano relie à la terre, est plein à craquer. Le son vaste captive en voyage orgastique et hypnotise toute présence de vie. Luxuriant, monastique, cosmique, « In dust » est un véritable hymne pastoral intemporel.

Roll the Dice 2011 « In dust » label : leaf
http://rollthedicesthlm.com/
www.theleaflabel.com
Échelle de richter : 8,2
support cd
après 2 écoutes










Roll The Dice - In Dust

dimanche 9 octobre 2011

Matt Christensen / Zelienople

Autre fuite d'un membre de groupe brûlé par le soleil, Matt Christensen sort du silence pour une incantation folk digne des vapeur de Ben Chasny.
Christensen sort la tète des abysses de Zelienople, son groupe drone, dont les derniers travaux « Hollywood » 2010 sur le label under the spire proposent deux morceaux en anaérobiose anthracite. La fermentation de son cerveau en apnée gronde en vibrations alcoolisées. Il convertit son énergie inspirée en souffle urbain où tous s'affairent dans vrombissement trouble..une vie sans air.
La naissance de sa fille semble lui avoir donné une bouffée d'oxygène, l'album lui est dédié. Sur « A craddle in the bowery », il prend sa respiration et pousse quelques ballades nébuleuses, noyées dans une brume lancinante. Des sons sourds en arrière plan ajoutent de la profondeur, des contrastes. Quelques instruments cherchent un palier sur lequel tout va glisser dans une mélancolie heureuse: des nappes de cordes, un harmonica anesthésié, des claviers noyés .. une belle luminosité. Le voyage horizontal devient possible.
Sur ce premier album solo, Matt Christensen a invité Xela (John Twells), puis Pete Jorgensen (du même label) pour la conception du disque. Tout est réuni sur ce clair-obscur à la pochette chlorophyllienne pour savourer cette nouvelle facette aérée de Zelienople.

Matt Christensen 2011 « A craddle in the bowery »
www.underthespire.co.uk/releases-buy/matt-christensen/
échelle de richter : 7,9
support cd
après 4 écoutes.










Zelienople 2010 "Hollywood" label : under the spire



échelle de richter : 7,2

support cd

après 1 écoute









Huile sur toile 61x51 : 9 octobre 2011




Matt Christensen 2011 "A craddle in the bowery" label : under the spire

Zelienople 2010 "Hollywood" label : under the sipre






Huile sur toile 40x40 : 8 octobre 2011 (nuit)





Retour au bercail à l'aide d'une musique d'ailleurs.... ailleurs on a toujours la nostalgie de la terre qui nous nourrit...ocre sombre, ma prison....... avec ce morceau qui me fout par terre.."vague/e la nave va"...oud/accordeon.. quel doux mariage. Je prépare une soupe poulet/menthe.


Anouar Brahem : "Le voyage de Sahar" ECM records 2006





Huile sur toile 55x46 : vendredi soir




Changement de paysage ...

Jean-Louis Murat : "Grand lièvre"; "Le moujik et se femme".

Inspiré par la pochette de Daniel Thomas Freeman.

vendredi 7 octobre 2011

Daniel Thomas Freeman



Une divinité musical en partance pour un voyage drone au plus profond des brumes celtiques, le grand pharaon à repousser les peuples de la mer, a fini par succomber aux vapeurs des falaises. RamesesIII en souverain, Daniel Thomas Freeman seul s'est réfugié chez Home normal, ce vaste domaine anglo-japonais qui revendique fidèlement depuis 2008, le minimalisme organique d'une nature folk et électronique.
Quelle superbe vitrine pour englober toute la politique artistique de ce collectif. « The beauty of doubting yourself » étale sur 72 minutes un espace infini de drone électro-acoustique médusé par la beauté minimale d'une brume flirtant avec les contrastes et les cimes de collines en clair-obscur, surplombant l'océan. Sur le titre éponyme, on se surprend à retrouver le monde féérique de Colleen, sur « Everyone alive wants answers ». Des morceaux enregistrés dans une cathédrale de Londres, des étendues sur lesquelles on peut laisser glisser ses engourdissements. « staring into black water » est un hymne à la nature vrombissante, celle qui vibre et qui jute, qui souffle et fait se sentir minuscule. ..infiniment grand ou petit..voie lactée ou duvet d'épervière, apnée ou apesanteur.. de partout on sent la mer. Et si Vangelis avait eut les ailerons brûlés par un vent solaire glissant des montagnes, il aurait surement pu aboutir à cet homérique voyage vertical.
L'album se fragmente en trois parties.. cette heure et quart se prends d'une traite, à condition de rester immobile, à humer l'iode et l'air frais des montagnes. A la recherche d'une inspiration, d'une conspiration artistique, d'une introspection caverneuse. Il faut se laisser pénéter.

Daniel Thomas Freeman 2011 « The beauty of doubting yourself » label : home normal
www.homenormal.com
www.ramesesiii.com
échelle de richter : 8,8
support cd
après 3 écoutes










daniel thomas freeman - the beauty of doubting yourself









Daniel Thomas Freeman* - The Devil Would Steal Your Joy by MoLLy









Daniel Thomas Freeman - Elegy and Rapture (For Margaret), Staring Into The Light (Excerpt)

jeudi 6 octobre 2011

Gérard Manset 76












Orion pointe ses trois rois au petit matin frais. La fraicheur de la nuit avec sa cargaison de parfums enterrés le jour par un automne lourd. Les oies ont dessiné l'isocèle il y a quelques jours, elles annoncent. Les champs de maïs disparaissent, privant le grand lièvre de sa dernière cachette. Il ne manque plus que le rouge gorge sortant de nos futaies pour que l'été soit mort définitivement.

Inéluctablement le froid arrive, bientôt tous ces corps vont grelotter aux arrêts de bus, les frimas glisseront sous les cuirs noirs, raffermissant les chairs. Le fauve se recroquevillera sous les duffelcoats anthracites, le fushia, le mauve, les bleus de Pruce capitonné. Et les cadmium primaires aussi, plus rien, que fringues d'encre.


Mais au fait, que fait le rouge gorge tout ce temps où il faut soleil ? Où se cache t-il avant que la Toussaint ne sonne ? Pourquoi attend t-il que la neige ait neigée? Le merle moquerait-il si fort pour qu'il disparaisse en une seule nuit? Faut-il que nos vitres aient givrées pour qu'il sonne au matins d'hiver ?
Le merle ne moufte plus, le collier vermillon attends son heure. Les vers sont meilleurs lorsqu'ils glissent sous les feuilles mortes..espiègle compagnie familière à l'affut de nos dents qui ratissent l'érable à nos pieds.
« Mon âme est noire et les espoirs gisent gelés..pleurez oiseaux de février, sinistres frissons des choses », le genévrier va crépiter.. « tout n'est que silence, tout s'invente, nous ne sommes déjà plus ».

J'attends le rouge gorge pour lui tirer les verts du nez, et je scrute l'ombre du cerisier où le merle n'est plus, frileux, je guette et je passe cette bande son précise, Gérard Manset qui chante le rouge gorge comme Murat chante la mésange bleue. Quelle chanson, quelle saison qu'octobre, quel album..mais où était donc passé le rouge gorge tout ce temps....

Une des plus belle chanson de Manset persiste sur des compilations numériques. La vraie, l'originale, on ne la trouve que sur le vinyle 1976 « Rien à raconter ». Un de ses nombreux disques amputés, redistribués. Dernière piste de ce 33T épique, « rouge gorge » est devenu une pièce maîtresse de la version cd de « Il voyage en solitaire ».

Cet album vient juste après son énorme succès 75 "Il voyage en solitaire".. histoire de briser illico les honneurs..."on croit toucher du doigt le paradis, on en sort abîmé, on en sort sali, gardez-vous des honneurs.. de ce monde ci, de l'éclat..de ce monde là."

Gérard Manset 1976 « Rien à raconter ».
merci à Jimmy et Puzzledoster pour les clins d'oeil Manset.
www.manset.fr




mercredi 5 octobre 2011

Wilco














Wilco n'en finit plus de prendre de l'envergure, leur carrière empirique est une leçon de maturité à l'image de l'immense « art of almost » qui ouvre le bal. Ce morceau est une leçon de construction electro pop rock au jerk final endiablé et aurait pu être un épilogue progressif, une apothéose.


Un fender rhode piano Manzarek en transition avec « I might », claque bien au dessus du niveau de la mer.. très haut, la pop de Wilco à pris du moral et de la corne aux doigts. Des bribes d'expérimentation émancipée. Une touche imparable, un huitième album à la patine country rock américain classieux.....
Le timbre assommé de Jeff Tweedy finit par être familier et on se dit que finalement cet ouvrage pop a des airs british.


Il y a autant d'idées musicales dans «The whole love » que de couleurs sur une palette..des contrastes Beatles, Blur, Badly Drown Boy, Crowed House (quand je disais british). Le graphisme musical bariolé n'épargne aucune nuance. Le moral est au beau fixe pour Wilco, à l'image des gouaches intérieures. Une myriade de couleurs naïves éclabousse cette belle nouveauté, ce fidèle rendez-vous.
Quand même! les sept minutes d'« art of almost » en intro.. quelle audace !! d'autant plus que le folk épure de douze minutes du dernier morceau « one sunday morning », confirme dans une plénitude absolue, la grande liberté pertinente de ce groupe qui n'arrête pas de crapahuter vers les cimes..

Wilco 2011 « The whole love » label : anti- / dBpm
www.wilcoworld.net
échelle derichter : 8
support streaming
après 2 écoutes





The Whole Love - Wilco

lundi 3 octobre 2011

Bob Seger

Mellotron sur « turn the page »; sax un peu partout; tee shirt collector dans la boite; son colossal remasterisé; monument blues-rock-soul 70's; « i feel like breathe up somebody's home » en bonus; le Silver Bullet Band à son apogée; Bo Diddley en frisson chair d'autruche; sommet dans l'histoire du rock live (terrible pièce manquante dans l'ouvrage « live, une histoire du rock en public »); Detroit, berceau du rock rider; des photos inédites de la scène volcanique sous les sunlights roses orangés; approche terriblement sexuelle de l'art scénique; un tracklistening à faire baver; des musicos en pleine bourre; une basse aux lèvres plulpent sang des hanches; un batteur gavé de carburant; « heavy music » facile, avec un retour vocal black du batteur tétanisant; une pochette sublime; Cobo hall, le 4 et 5 septembre 1975; une osmose parfaite.... « let it rock » à finition rock'n'roll.

Bob Seger a débuté sa carrière discographique en 1969, ce vieil icône du routard à la voix unique est au sommet de sa carrière ici, sur cet instantanée de deux jours.
La réédition de « Live bullet » est sortie aujourd'hui, c'est jour de fête. Je l'ajoute à mon vinyle, ma cassette audio, mon CdR.... et je défie quiconque, même les frileux du genre, de ne pas avoir le moindre frisson, borborygme cérébrale, érection viscérale, le bulbe turgescent et les aisselles en transe à l'écoute de ce sommet live 70's sans précédent.





Bob Seger & the silver bullet band 1975 "Live bullet" label : capitol




échelle de richter : 9


support cd box teeshirt


après 1000 écoutes































dimanche 2 octobre 2011

Neil Young 94








Les peupliers se répandent, recouvrent la rosée, cette nature trempée, et les sentes se changent, comme on se déguise dans un vieil hôtel miteux, sur cette écorce bleue en voie de vétusté, vétuste déjà. Mes pas crépitent sur cette couverture brûlée, la feuille de peuplier a un joli chant métallique, par terre ou sur les branches. L'automne est chaud, et les parfums exaltent, cycle interminable et je pense à sortir quelques cuvées musicales dès mon retour, des disques récurrents.



J'ai une vague idée, histoire de côtoyer les écorchés, et complètement frustré par la découverte du très moyen « International harvesters – a treasure », la nouvelle pièce sortie des archives de Neil Young. Déçu au point d'avoir interrompu la première écoute, je me soigne et sorts une de mes préférences du Canadien. « Sleeps with angels ».

« mieux vaut exploser en plein vol, que de s'éteindre à petit feu » brandissait « hey hey my my » sur « Rust never sleeps » et claquait dans la tète de Kurt Cobain, juste avant l'implosion. Un ange s'est brûlé les ailes à 27 ans, laissant Neil Young meurtri rongé par la culpabilité d'une puissante maxime offerte en pâture à tous les utopiques. Danny Whitten, un crazy horse, quelques années auparavant s'est aussi brûlé les ailes, laissant naître « Tonights the night », hommage enregistré en 73 et sorti en 75 (mon Francky, faut qu'on en parle).
Icône grunge s'est volatilisé, « Sleeps with angels » est né.

Ceci dit, en dehors du contexte puissant, de l'histoire pesante, ce millésime 94 est le disque le plus complet de Neil Young, une parfaite alternance d'électricité et d'acoustique. Tous ses styles y sont atteint, lui l'artiste des disques concepts, aux mêmes consonances, mêmes thèmes. Ici, chaque morceau à sa particularité et pourrait être extrait d'un album différent de sa carrière, une véritable compilation: « train of love » parmi les classiques country; « piece of crap » rocailleux barré sublime qui pourrait figurer sur « Fork in the road » ; « change your mind », étendu comme une version live de « like a hurricane »; « blue eden » en blues monstrueux, torturé qui chante le paradis des ciels orageux ocre-bleu pour les écorchés; « sleeps with angels » noirceur qu'on aurait pu entendre sur « Freedom »; le clavecin en grande messe sur « my heart »; gimmick flute de « prime of live » semble implorer les fantômes …..

Inspiration démente, cet album, qui n'est pas l'objet de prédilection des chirurgiens de légendes, reste pour moi un sommet abouti, absolu, une vitrine que je conseillerais bien à un novice...histoire d'avoir une vue d'ensemble.

Neil Young 1994 « Sleeps with angels » label : reprise
www.neilyoung.com
échelle de richter : 9
support cd
après milles écoutes.






























Roger Glover

Non, je ne vous ferai pas de billet sur le nouvel album affligeant de Roger Glover. Juste un post rapide pour proposer ici, mon premier choc pop qui devait me foutre dedans à perpete. J'avais cinq ans, j'ai embrayé plus tard sur Supertramp etc etc. Subjugué par le dessin animé, j'ai chipé la grenouille comme une passerelle culturelle vers la musique... quelle bande son ! chanson pop par excellence.
Elle est pas craquante cette garnouille ??

Roger Glover 1974 "The butterfly ball and the grasshopper 's feast"
www.rogerglover.com