jeudi 30 juin 2011

Marissa Nadler

Un jour Marissa a quitté sa colline pour aller faire un tour du côté des lumières artificielles. Elle a traversé les vallées de chlorophylle, foulé pieds nus les sentes de feuilles mortes pour voir si les néons maquilleraient ses chansons de paillettes et de visibilité, laissant les nymphes et les lucioles orphelines des mélodies cristallines qui en faisait la douce maîtresse grège des futaies inconnues. Loin des fleurs de mai, des cœurs diamants, quittant Virginia, Annabelle, Silvia et Rachel, elle a enfilé son fameux imperméable bleu pour danser avec les rats des villes.
Les petits enfers des villes devait lui allouer les éloges, quelques promesses et des moyens dignes de son art. Marissa s'emballa d'artifice, un orchestre pop, de l'électricité, un troc à sa fragilité qui faisait la beauté de ses mélodies... avant.

Marissa est revenu.. toute seule, avec ses étoffes d'antan et son tulle de lichen. Des mélodies à pleurer « in your lair, bear »; « Mr John Lee revisited » ou encore le superbe « little king ». Les étoiles son revenus et les chrysalides brillent à nouveau.
Elle est revenu, sur les mêmes sentes, avec des souliers cette fois-ci et un peu d'électricité, histoire de décrire, de présenter ce qu'il y a derrière la colline. « baby i will leave you in the morning » sonne comme un hymne pop jamais vu dans les forêts.. et c'est beau ..aussi, les lucioles émues dansent à nouveau. « the sun always reminds me of you », « puppet master », mêmes hauteurs, et malgré les souliers neufs, on sent encore les feuilles craquer, les mélodies retrouvées sont saisissantes, comme avant, partie pour mieux revenir.

Le nouvel album de Marissa Nadler sort cette fois-ci dans la discrétion la plus auto-produite qu'il soit. Sous son propre toit, l'épique psyché-folkeuse amie de toujours Orion Rigel Dommissee à ses côtés, Marissa, via Kemado va attirer une foule de personnes dans son antre vierge où la constellation d'hiver Orion brille de tout feu. Orion.. c'est Rigel, Betelgeuse, les trois rois .. et Marissa. C'est un peu l'hiver, mais le frimât n'a jamais été aussi doux.

Marissa Nadler 2011 « marissa nadler » label : box of cedar records..(première pièce du catalogue)


www.boxofcedarrecords.tumblr.com

échelle de richter : 8,6
support cd
après 5 écoutes



mardi 28 juin 2011

Kreng





















Un bordel mou toxique souffle dans mes veines. Ça pulse, ça bleuit. Une tachycardie noie ma rétine de sang, juste avant qu'il ne soit dévié vers le spongieux. « Rouge est mon sommeil »...mou.























Je suffoque à l'idée de ne plus être irrigué. Sang ou cerise, fruit que l'on mord en perle de groseille, pétale de rosa canina en guise de présentation, juste avant les lèvres coquelicot. Bistre ambiant solennel, l'aigre airelle accroché à sa dentelle m'invite sous un violoncelle abyssal. Les touches de piano sont des larmes de sang qui chantent quand elles touchent le sol, et la voix soprano furtive se dessine en orgasme qui transcende le trouble oxydé du drone papier peint.
Le cœur réduit à n'être qu'une glande qui suinte, palpite, et plus rien ne me retient. Je suis happé par un fantasme sulfuré, un rêve de cinabre de limule coagulant au moindre danger, un gel de tanin tiède. Et sans pouvoir bouger, j'avance et me dirige dans le désordre le plus total, sucé par l'appel oxydé d'une lumière rouge diable. Aucun désire de marchandage pour le commerce de l'eau, je prends deux jerricanes de cyprine pour m'immoler.


« Ventre affamé n'a pas d'oreille », je suis tendu, j'ai faim, lourd comme une épave gorgée de sucs et enivré de canneberges, je suis mûre et griotte sans noyau. La saignée urge. Le sambucus me surine à gorge déployée.. et j'avance, je vais vers ce verger humide de cassis tumescents pour m'empiffrer, me salir la bouche. Des airs médiévaux d'un opus d 'Arcangelo Corelli transporte, avec des arborescences à n'en plus finir. « La vie n'est que mouvement, sentir le rouli sous nos pieds », et pourtant nous n'aspirons qu'à « figer ce bonheur dans une morbidité ». Je suis figé et roule vers cet antre brûlant sans savoir si j'en reviendrais.


Kreng sort chez miasmah son deuxième album, un voyage mystérieux dans le monde du rêve. Ambiance ensorcelée, les collages classiques se noient dans l'ambiance cryptique. Nils Fraham est au piano, incarne un Satie ou Chopin fantasmagorique. Labyrinthe sonore pour ramper dans cette expérimentation visqueuse et théâtrale. Svarte Greiner est le tenancier du label expérimental, Kreng se faufile entre Jacasczek, Greg Haines entre autre, et surtout Elegi, dont le superbe album m'a plongé dans le blanc cette fois-ci, il y a deux ans.









Pour « Grimoire », c'est le gris de la pochette, mutant immuablement vers le rouge via une photographe sublime Kristamas Klousch. Ricochets artistiques surfant des mots vers la peinture en passant pas la musique et l'image.
Mutant vers le rouge, ou plutôt vers La Rouge, du fauvisme verbal m'a embarqué sur ce disque, comme sorti d'un rêve étrange, assit sur le divan rouge. Ça hurle, c'est volcanique, c'est beau et douloureux, cru et raffiné..ça fouette. En boucle à boire les mots, a écouter ce disque, j'ai accepté l'invitation.



Merci La Rouge pour ce magma.


Kreng 2011 « Grimoire » label : miasmah
www.miasmah.com
www.myspace.com/krengmusic

échelle de richter : 8,6
support cd
après 6 écoutes.

http://ellachambrerouge.blogspot.com

http://kristamas.net/home.html

Les rouge : huiles sur toiles juin 2011







dimanche 26 juin 2011

Jozef Van Wissem




















Incunabulum est le label chez qui Jozef Van Wissem a sorti deux albums. Important a récuré ce joueur de Luth baroque pour un nouvel enchantement médiéval ambiant. « The joy that never ends » est un point de ralliement entre l'historique de l'instrument et le finger picking de quelques guitaristes contemporains (John Fahey, Jack Rose, Ben Chasny). Aussi beau, aussi celtique que la dernière virée Kora de Stranded Horse.
Jeanne Madic murmure quelques paroles en français comme si elle venait de Movietone, et Jim Jarmush vient brancher sa guitare, très discrètement.
Un petit moment de recueillement intemporel en 12 cordes.

Jozef Van Wissem 2011 « The joy that never ends » label : important
www.importantrecords.com
www.jozefvanwissem.com

échelle de richter : 7
support cd
après 2 écoute

samedi 25 juin 2011

Esmerine






Une plage ambiante rythmée par un xylophone, une mélancolie néo-classique belle à crever, Constellation, Beckie (Rebecca) et Bruce en protagonistes. Et puis des artiste de l'hotel2tango qui gravitent. Et toujours ce violon, ce xylo, ce plomb contemporain qui injecte, anesthésie et fait danser dans un évanouissement heureux.
Quelque chose morigène outre atlantique, des grands espaces libres, des nappes naturelles impossibles à retranscrire ici, dans nos contrées étriquées. Un langage, des paysages d'horizons sombres et de quiétudes inquiétantes. Des ciels tourmentés sans que nous puissions l'avouer. Esmerine le joue, l'interprète sereinement. « Aurura » nerveux et flou se cherchait après le prodigieux premier album 2003. Dix ans après, les contours se redessinent, s'ajustent, plus calmes, plus troublants, plus graves encore.


Harris Newman n'est plus aux manettes, Patrick Watson est invité au piano, à la voix, et à l'enregistrement. Pour ce troisème album, Sarah Pagé harpiste et Andrew Barr percussionniste sont venus renforcer la formation.
Esmerine a encore pris de la hauteur, tout en humanisant son art. La voix cristalline d'homme romantique est incarnée à deux reprises par Patrick Watson. Il vient ici, dans sa ville natale, prêter un peu de sa vision poétique. Les moments tendus sont là aussi, comme à son habitude. Bruce Cawdron est batteur, il emporte tout avec lui sur « little streams make big rivers »... les cordes dansent autour, ainsi que le cuivre de Colin Stetson, et le débit gonfle, déborde.. avant l'arrivée du crépuscule, juste après, "sans laisse".


Bruce Cawdron a sorti en compagnie de Harris Newman un superbe disque chez madrona records, sous le ,nom deTripple Burner en 2006. C'est aussi un membre de Godspeed, comme Efrim, et a joué sur Set Fire to Flame, Fly Pan Am, HRSTA... cette grande famille de Montreal.


Cet opéra pop contemporain flotte sur des nimbes ambiantes exotico-celtique. Du coup, en l'espace de quelques jours, ma chronique sur Machinefabriek/Peter Broderick est déjà obsolète. Qui pourra dépasser la beauté des cordes de « La lechuza » ? 2011 livre ici le plus bel album néo-classique ambiant contemporain, et Constellation sa plus belle pièce depuis « If only sweet surrender to the nights to come be true »... d'Esmerine déjà.




Lhasa De Sela chante encore, elle est là dans un trouble absolu. Sa voix, une chanson perdue avec Rebecca et Bruce en 2008, qui ressurgit d'outre tombe. Puis Watson qui se confond sur « snow day for Lhasa ». Aussi troublant que l'hommage à Vic Chesnutt chez Efrim. Ces deux là accueillis, ont brûlé l'hotel des deux tango. Et l'on valse à la mémoire, on danse et l'on pleure. A la mémoire de deux artistes irremplaçables, à la mémoire de ce disque épique. Le silence habille, la délicatesse règne, des fantômes se rencontrent.

Esmerine 2011 « La lechuza » label : constellation
www.cstrecords.com
www.esmerine.com

échelle de richter : 9
support cd
après 6 écoutes






Efrim Manuel Menuck















Un point commun entre Godspeed you black emperor! et The silver mt zion memorial orchestra, c'est Constellation certes, mais c'est aussi Efrim Manuel Menuck.




On reconnaît la voix du tra la la band, mais en moins opulente, puisque seule. Il y a aussi cette vision folle de l'expérimentation, une aliénation propre à lui qu'il exprime tout seul pour la première fois sur « High gospel ». On zoom, ça se précise. On y voit plus clair, il dévoile ici son influence sur les deux groupes mythiques respectifs. La tendance est plus vers The Silver qu'au Gospeed.



D'ailleurs, l'oiseau qui chante sur « chickadee's roar pt.2 » c'est peut être celui de la pochette de « Born into trouble as the sparks fly upward ». Ce merle sur fond rouge qui m'a obsédé pendant tant d'années.. et encore maintenant. D'ailleurs, le Silver Mt Zion n'a jamais retrouver autant de profondeur depuis, sauf ici peut être. L'intro de « heaven's engine is a dusty ol'bellows » rappelle énormément cette période inoubliable, ce sommet post rock 2001.
« a 12-pt program for keep on keepin' on », une fois de plus pourrait figurer sur « Ummagumma studio ». « heavy calls & hospitals blues » superbe chanson introvertie au piano, "our lady of parc extension and her munificient sorrows" rappel Low quand ils sont en pleine puissance....



Je reste assez désemparé , cet album me jette dans un trouble indéfinissable, des instantanées très parlants, un condensé de ses collaborations interprété seul, comme un disque de raretés qui ressurgiraient des faces B de ses groupes... une introspection profonde et libre extrêmement collée à l'hotel2tango.
Montreal est un fantasme. Toujours ces pochettes en carton recyclable, la même qualité de graphisme, la même odeur dedans. 78ème pièces au compteur, un catalogue qui me tient en haleine depuis99 (oublions Pat Jordache). Véritable œuvre d'art riche et complète, il faut juste aimer les ciels constellés.
Thierry, Nadia, Jessica et David... les choeurs pour pleurer Vic Chesnutt, comme une prière juste après une intro post rock sombre et abyssale. « kaddish for Chesnutt ». Le trouble est total, ce coin du monde garde sa puissance culturelle intacte, une ligne de conduite politique inébranlable.

Efrim Manuel Menuck 2011 « High gospel » label : constellation
www.cstrecords.com/efrim-manuel-menuck
échelle de richter : 8,4
support cd
après 4 écoutes









chickadees' roar pt. 2 by Constellation Records






our lady of parc extension and her munificent sorrows by Constellation Records

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vendredi 24 juin 2011

Bon iver






















Plus besoin d’alibi pour Bon Iver, l’expérimentation pop n’est plus dissimulée sous Volcano choir. Justin Vernon sort, loin de ses épopées folk majestueuses initiales, un sacré beau disque de pop organique complètement partagé avec son batteur Sean Carey qui lui aussi a lâché l’année dernière sa vision de la musique avec un superbe album solo abrité chez Jagjaguwar.


Bloeufant, magnifique, et à contre courant de ce que l’on attendait de lui. Il rompt sa ligne de conduite malgré la pochette superbe qui habillerait très bien un nouvel opus de Fleet Foxes.
Superbe affiche, énormes promesses, Bon Iver braque, bifurque et étonne, même si Volcan Choir laissait entrevoir ses désires d’expérimentations et son ouverture. Et si certains regretteront le virage et ne trouveront pas le folk transcendé espéré, d’autres verront l’intelligence artistique d’une totale liberté.
Des fuites internet auront eu raison de l’effet de surprise, ajouté à cela une chronique un mois avant le sortie dans Magic ! qui annonce la couleur. Il n’empêche, à l’écoute de «Bon iver », on est interloqué agréablement, la feinte est rare mais possible, encore une preuve. Un disque de bravoure, courageux et très ambitieux. Bon Iver, le nouveau songwriter polyvalent inspiré qui emmène l’auditeur plutôt que de la suivre.















Plus organique , ça ne veut pas dire qu’il a perdu de son envergure. La trame de l’auteur est là, exposée sous une lumière belle et différente, tout aussi pastorale. Des hymnes pop sous une voix de tète.
En 2010, Peter Gabriel a repris « flume », peut être une des plus belles chansons de « For emma, forever ago » du premier album 2008 de Bon Iver. Ce n’est sûrement pas un hasard. On peut apercevoir quelques teintes de « Car/Scratch/Melt/Security », les quatre premiers albums à thème du Genesis en fuite. Aussi « wash » aurait pu figurer sur ce « Scratch my back » divin.. « no drum no guitar », même si la symphonie est remplacée par un clavier.


Plus fort que CassMcCombs, plus puissant que Thurston Moore, Bon Iver offre depuis quelques jours le plus gros ravissement pop semestriel qui rompt avec les habitudes.


Bon Iver 2011 « bon iver » label : jagjaguwar
www.jagjaguwar.com
www.boniver.org

échelle de richter : 7
support mp3
après 4 écoutes


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mardi 21 juin 2011

Mombi





Un disque automnal idéal pour cette fin de printemps démissionnaire. Imaginez juste Idaho et son minimalisme pop réorganisé par Brian Eno. Une petite pointe d'Air et du Beta Band.
Puis un label aussi, Own records à l'intérieur duquel « The wounded beat » de Mombi prend toute sa lueur, reçoit une logique hospitalité.
La lumière lunaire et voluptueuse est incarnée par un doux jeu acoustique de piano et d'arpèges. Le piano en filigrane flotte comme chez Eno et les cordes discrètes limites classiques séduisent comme chez Clogs. « the misunderstanding
» se permet même de flirter avec les beats techno robotiques de superpitcher, voire des petites pincées d'arrangements Eraser monsoon » ou « time goes »). Tout cela fait de ce disque une virée légère dans l'ambiant expérimental hyper-soft. Le tout reste profondément ambiant.
Si je ne connais rien de l'histoire de ses deux rêveurs (Kael Smith et Matt Herron), la présence de Taylor Deupree à l'organisation peut expliquer beaucoup de chose sur la hauteurs des nappes néo-classico-synthétiques. Mombi réussit là où L'altra aurait pu décevoir.

Mombi 2011 « The wounded beat » label : own records
http://www.ownrecords.com/

échelle de richter : 8,8
support cd
après 4 écoutes

quand on aime : brian eno, beta band, idaho, the great pheasant, the zephyrs, air, mus.....

dimanche 19 juin 2011

Sinfield / McDonald / Giles /Fripp... King Crimson & co





King Crimson avait plutôt une vision mathématique de la musique progressive, Robert Fripp ayant une approche assez technique des architectures guitaristiques.
Peter Sinfield, présent sur les quatre premiers albums du plus célèbre groupe rock-prog aux pochettes fauves et parnassiennes, remercié juste après « Islands », est venu contribuer à la fraîcheur poétique de la formation.
Cette douce osmose entre la poésie à fleur de peau et la construction rigoureuse des morceaux, ont fait de « In the court of Crimson King », « Lizard », « In the wake of Poseidon » et d' »Islands » des chef d'œuvre 70's d'une musique en pleine mutation dont ils furent les protagonistes.





Peter Sinfield écrit des poèmes, il était présenté dans le livret comme l'artiste des mots et des illuminations. Collé à la production, il a injecté au collectif, cette douce vision imagée et lyrique. La poésie.
Son disque solo, après avoir quitté le groupe en 73 est un phénoménal mélange de Current 93, Chris DeBurgh et surtout des vastes ondes synthétiques de Barclay James Harvest de la même époque. La poésie est ici, la sensibilité qui pleure sur les mellotrons...avec quand même il faut l'avouer, du Crimson dans le sang.
C'est Esoteric qui en 2009 a ressorti ce bijou rare avec une flopée de bonus, un double album.
Producteur la majeur partie du temps, il s'est aussi occupé un moment des albums de Roxy Music.

Peter Sinfield 1973 « Still » label : esoteric édition cd 2009
http://www.songsouponsea.com/
échelle de richter : 7,8
support cd
après 5écoutes











Autre poésie en partance, la flute de King Crimson dès le premier album, tenue par Ian McDonald. L'album McDonald and Giles en 1970 sont des chutes du Crimson réutilisées, le matériel en suspend est interprété ici par le flutiste Ian McDonald donc, en compagnie du batteur Michael Giles toujours au sein du groupe quant à lui. Peter Giles le frangin est là aussi, à la basse, et enfin Steve Winwood vient tenir les claviers.
Ce disque très progressif, mathématique reste pour le moins un objet très rare, très prisé, il est la face B de « In the court of Crimson King », une unique escapade des membres d'un des groupes le plus malléable de l'histoire. Entre parenthèse, les deux hommes s'affichent avec leur partenaire respectif de l'époque, sous une pochette que j'aime particulièrement, reflet fidèle d'une époque riche que je chéris sans limite.
Beaucoup moins mythique que son ainé « In the court of Crimson King », ce disque n'en reste pas moins important, puissant, de très haute qualité qu'il ne faut pas considérer comme un rebuts.






McDonald and Giles 1970 « McDonald and Giles » label : virgin édition cd 2002
échelle de richter : 8,5
support cd
après 3 écoutes


Les frères Giles avant l'explosion Crimson, se sont associés à Robert Fripp pour deux albums comme des préliminaires au grondement révolutionnaire. Giles, Giles & Fripp formé en 67 attendaient leur heure et s'affutaient avec se fantastique premier album « The cheerful insanity of », complètement Fripp, technique, guitare, avec une touche Syd Barrett. Les voix superposées à la Beach Boy, rappelle un petit groupe récent à la même folie prog, U.N.P.O.C. Un poil jazzy, très pop, beaucoup moins poétique que la suite des évènements, les frangins et le guitariste légendaire s'aiguisent, s'amusent, à l'image de la pochette, encore profondément encrée 60's. Et déjà, le King Crimson se dessine.







Giles, Giles and Fripp 1968 « The cheerful insanity of » label : esoteric réédition cd 2008
échelle de richter : 6,9
support cd
après 2 écoutes.

www.cherryred.co.uk/esoteric /
http://www.king-crimson.com/












Léo Ferré / William Sheller... et la mer



Certaines chansons nous appellent aux embruns. Comme une bande son exact au ressac, on écoute, on dévore et on y est...on vogue. Chaque note nous attire vers les fonds, chaque enchainement nous happe. Tous les naufrages improbables engloutis dans des mélodies, tous les récifs avertis par un refrain phare. Un tangage pour une basse, une dérive pour un violon. Chalutier en lutte, ou barque en refuge.
Deux chansons me filent le blues de l'océan. Beaucoup trop éloigné à mon goût, je cherche un palliatif à ce manque. « Les étrangers » de Léo Ferré, et « La navale » de William Sheller sont deux exactitudes océanographiques qui plongent chaque écoute dans les embruns. Les lèvres sont salées par les larmes marines.



Quelle est cette barque de réfugiés qui avance péniblement vers un rivage d'accueil ? Le violon, c'est la barque, la symphonie la mer. Un combat, une lutte, des espoirs à n'en plus finir. On y est, on est là avec la plainte Grappelli, on tangue et on pleure....ça chiale sous un crachin chagrin, Lorient ou Brest..l'orchestre tangue, le violon navigue. Quels textes ceux de Léo Ferré, l'impression que tout nous échappe, que la « crêpe en ciment », n'est pas celle que l'on croit... « macro tragique, étoile dans la voix, un bateau dans les dents, drapeau noir, mer anthracite, avril de mon cul et le cœur comme ces rocs, couverts de chantilly »... depuis combien de temps j'ai cette chanson dans la tète ???



Quant à « la navale », dès la première note on y est aussi. Des bruitages, un titre, une basse qui roule et navigue... . « Tout finit dans la mer »..pas sûr, des doutes planent. Alors on prend de la hauteur et on frôle la surface en colère. La basse sur cette chanson est véritablement le cœur de l'océan. Si quelques uns arrivent, d'autres sont en partance... éternel dilemme de cette partie du monde.... On débarque ou on embarque.

Léo Ferré 1974 « les étrangers » de l'album « L'espoir »
William Sgeller 1994 « la navale » de l'album « Albion »


















samedi 18 juin 2011

La vieille pompe. Huile sur toile


David, ma vieille trampe, ma Fav', je me permets de diffuser ta lettre de 2009. Tu avais écrit sur ma toile, j'étais le troisème, invité. En te relisant, je me suis mis à peindre sur tes mots, cette nuit. L'une ne va pas sans l'autre. Je n'ai plus la première, ton amour est venue la chercher le 9 mai 2009. Il faudrait les mettres l'une à côté de l'autre, pour traduire l'influence des mots.









"Des larmes se répandent sur la pompe à essence..il y a devant mes yeux, un vieux garage avec, à l'intérieur, de la graisse poussiéreuse qui a perdu depuis des lustres sa fonction initiale... ça grince dans la cambuse..de la matière se grippe.. les odeurs s'évaporent.
Devant mes yeux, il y a une porte. Les prospectus, ventant l'intérêt d'aller désormais faire ses courses au carrefour mini, dégueulent de la boîte aux lettres. Cette porte ne s'ouvrira plus jamais..la vie a cessé.
Pourtant personne ne crève en vain? L'absence blesse au plus profond des entrailles.. Celui qui aimait en silence se sent déraciné..qui pourra lui redonner cette connivence ?.. qui comprendra sa peine ?

C'est l'histoire d'amour entre deux hommes. Un secret que personne d'autre ne peut comprendre. A moins....
A moins qu'un troisième, celui que l'on n'attendait pas vienne s'immiscer au chagrin. Comme ça...sans y être invité.. par douleur interposée, il apporterait une partie de lui-même pour combler le vide.

Nos larmes se mélangent sur la pompe à essence.. Les tiennes ne sont pas quelconques. Elles sont toutes aussi sincères que les miennes. Je pleure de son absence, toi, tu pleures de l'avoir raté! Sa mémoire ne s'éteindra pas tout de suite.. Ma « vieille poupoule » résiste par delà la mort. Il y a devant mes yeux une porte qui ne s'ouvrira plus jamais. .. VincenD, mon frangin, donne-moi la main et ferme les yeux. La toile se déchire..entends comme ce bruit résonne.. comme il couvre la triste rumeur de la réalité.. ne te crispe pas bon dieu.. la vieille lourde n'a pas résisté à notre puissance.... nous traversons ton œuvre.. tu ignorais ce qu'il y avait derrière..nous montons les trois marches..je frappe à la porte vitrée.
T'as entendu putain, t'as entendu. Il nous a répondu..il est là, dans sa cuisine cradingue à attendre notre visite.. il va nous dire « prenez une chaise pis essayez vous par terre! » c'est sa phrase à pépère Goulu. Il va te regarder..te demander si t'es du coin, tu vas dire non et moi je vais gueuler. Un peu qu'il est d'ici !
Je lui dirais que ta tête charrie des tempêtes, des drames et des douleurs. Je lui dirais que tu ne peux te vider que sur une toile et que ton art est ton unique moyen de survie. Que ton cerveau est une palette où se troublent d'innombrables couleurs. Il ne cherchera pas à comprendre. Il s'en cogne de ces conneries là pépère Goulu. Sauf … sauf que je vais lui apprendre la triste nouvelle, le pourquoi de l'absence.. Elle va bien être étonnée ma vieille poupoule !
Je lui parler de notre rencontre..lui dire que sa mort m'a laissé un trou immense dans le cœur..je lui dirai de quel manière tu es en train de prendre sa place.. tu seras gêné par mes mots..à cause de cette vibrante pudeur. Pour justifier mes dires, je lui raconterai comment avec Eva vous m'avez offert la plus belle preuve d'amour qu'il soit.
Je lui dirai aussi que cette absence, mon amour est venue te la chercher le 9 mai..ma vieille poule aurait eu 99 ans ce jour là !!!
Mais ne perdons pas le fil de l'histoire..ça fait deux fois qu'il nous dit d'entrer. "



www.myspace.com/labrinche



http://www.david.ramolet.free.fr/





Bertrand Belin - Hypernuit par CInq7

vendredi 17 juin 2011

Cat's Eyes


Je n'irai pas jusqu'à bouffer la cervelle d'un évêque, mais ma vision des choses est plus à l'agnostique, voire athée suspicieux qu'à la supercherie générale. Ceci dit, ma pâmoison religieuse existe et elle se cantonne aux pierres, aux édifices. Quel trouble à voir s'ériger devant moi autant d'architectures, de clochers, qu'ils soient d'ardoises, de terre cuite ou de pierres. Quant aux vitraux, ils sont la lumière que tout artiste jalouse depuis des siècles.
C'est un peu la même chose pour moi devant la musique des 80's. Totalement hermétique au principe, je suis ponctuellement happé par quelques opus d'obédience new wave, shoegazing et autres froideurs rock.


C'est avec cet état d'esprit que j'aborde WU LYF, tout d'abord étonné par la cathédrale sonore de certains claviers, une guitare Tamaryn, des indices partout que « c'est eux qu'il faut écouter en ce moment », une pochette pas dégueux et une touche d'originalité qui aurait pu virer génial. Mais voilà, conforté par le billet de Blake, il faut bien avouer qu'on a envie de couper après « concrete girl » qu'on a déjà pas envie de finir. Pourtant l'intro de « dirt » promet. Mais l'intro seulement. Bon, à la quatrième c'est fini, le mal de mer attaque et pourtant on est en montagne, et ça prend feu !!!! On oublie la montagne, encore plus la mer, on garde juste la nausée et on passe à un autre disque, laissant « Go tell fire to the mountain » à Tania Denisot pour une énième chronique bobobuzz.

L'album 80's en question, excellent celui-ci, c'est Cat'sEye, cette petite chapelle contre laquelle on aime se reposer, même si les 80's j'y crois pas vraiment. C'est tellement bon, c'est haut, c'est fort, c'est frais et ça résonne. C'est extrêmement mélodieux. L'esprit eighties, c'est plutôt du côté de Faris Badwan que ça sonne, sa vision cold wave claque et entonne avec énormément de relief et rappelle un Edwin Collins gothique.
Rachel Zeffira c'est plus Broadcast indéniablement, un romantisme bouleversant dès « the best person i know » et plus encore sur « i'm not stupid», contrebalance avec la froideur de son compagnon artistique. « i'm not stupid », peut être une des plus belles chansons de l'année, dont le trouble amoureux rappelle Stina Nordenstam embellie d'une symphonie.
Le romantisme est tel qu'on à l'impression d'être par moment sur les terres de Goldfrapp « Felt mountain ». Pour l'espièglerie du timbre et l'incarnation des morceaux, on pense plutôt à Holden et leur « Arrière monde » de 98. Et pour le coup on y est, carrément l'impression que ce disque est enregistré au cœur d'une voûte de pierres, dans une église.
Ce ping-pong entre elle et lui est un doux va et vient entre le bien et le mal, s'il fallait les incarner. Du coup le contraste est puissant, la poésie vertigineuse. « the lull » est un générique de grosse production, « sooner or later » un trip goth cryptique.
Ce petit disque de 28 min est une aubaine, un épopée cinématographique finalement intemporelle.

Cat'sEyes 2011 « Cat's eyes » label : polydor
http://www.catseyesmusic.com/

échelle de richter : 8
support cd
après 3 écoutes

quand on aime : edwin collins; broadcast, tram; stina nordenstein


Chronique multi-média ici

jeudi 16 juin 2011

Shane Murphy / Robbie Robertson / Warren Haynes / Seasick Steve




Remontons à la surface pour une petite pause americana, comme j'ai déjà eu l'occasion de présenter ici, ou encore . Trois albums blues à papa retiennent mon attention ces derniers jours.

Le meilleur de tous, Shane Murphy avec le chaud bouillant « Street money miracle ». Son blues astral et vaporeux est noyé dans une modernité sonore, un arrangement époustouflant, le tout outrageusement chaloupé de soul, reaggae, funk sensuels. Si Lenny Kravitz énerve et Ben Harper déçoit (pléonasme ??), Shane Murphy prend ce qu'il y a de mieux chez les deux « stars » et balance un modeste chef d'œuvre voluptueux, épicurien, chic avec des musiciens de haut niveau, et une voix superbe.
Irlandais exilé à Montreal depuis 1996, Shane Murphy apparaît dans les bacs ces jours-ci, il faut se ruer dessus et l'écouter à n'importe quel moment de la journée, sans modération.

Shane Murphy 2011 « Street money miracle » label : pop law under
www.shanemurphy.com

échelle de richter : 8,5
support cd
après 3 écoutes

quand on aime : stevie ray vaughan, ben harper, lenny kravitz






Robbie Robertson est un montrealais pour une autre raison, c'est d'y être né en 1943. Énorme guitariste aux multiples collaborations, il a surtout écrit un paquet de BO, puis s'est essayé acteur par la même occasion. Avec uniquement cinq albums perso au compteur, ce dinosaure a sorti cette année « How to become clairvoyant » avec son vieux compagnon complice de la six cordes Eric Clapton.
Le tout donne un album fidèle aux convictions des protagonistes, du blues, plus académique que Shane Murphy. Une légère touche soul vient trainer ses hanches sur les pistes qui sont agrémentées pour l'occasion d'un cd bonus avec qq démo. Le son aussi est assez proche du parfait (Trent Reznor), et la guitare de Slowhand comme à son habitude, faussement douce et délicate en arrière plan. Ça urge pas, mais c'est à écouter comme un bon petit cru, de ceux qui ne déçoivent jamais.

Robbie Robertson 2011 « How to become clairvoyant » label : fontana
www.robbie-robertson.com

échelle de richter : 7,5
support streaming
après 1 écoute





Autre grand guitariste aux multiples collaborations et à la discographie légère (deux albums studio), Warren Haynes. Sa plus grande bosse est d'avoir user les planches et les enceintes avec les Allman brothers. Un album un poil hardos FM pourrave sorti en 1993, il entame son grand retour avec un album de blues cuivré, assez classe dans l'ensemble, propre et bon comme un Santana, ou un Dave Matthews band. Faut aimer les gros clichés décapotables, soleil de plomb, orgue hammond, route 66-queue de cheval-tiag-avecdeschœursfémininsderrière. « sick of my shadow » mention bien, même si j'ai cru voir un moment « suck my shadow »..désolé.
Bon, ça paraît pas sympa vu comme ça, mais ça coule tranquille, les morceaux sont tous longs, à écouter sans se prendre la tète quand on aime …. voir plus bas....

Warren Haynes 2011 « Man in motion » label : provogue

www.warrenhaynes.com
échelle de richter : 5,5
support streaming
après 1 écoutes

quand on aime : santana, joe coker, bob seger, dave matthew band, eric clapton.....





Allez, un petit dernier pour la route, une mention particulière au vieux Seasick Steve (lui a dépassé les 70 ans) qui balance un blues pur cru, sans rien d'autre autour. De l'authentique, du terreux, du ténébreux, et là ça rigole plus. Je l'écoute en streaming (grâce ou à cause de lui j'ai un compte deezer) pour être resté bredouille quant à son acquisition en bacs !!! Collé à mon clavier j'écoute jaloux et frustré, même si je me dis que j'ai déjà plongé sur Greg Brown avant qu'il ne disparaisse. Ouaih, mais là il y a un banjo et un violon, puis quelquefois on est sur le secteur et on quitte Kalvin Russell pour aller loucher du côté de zz top. Du pur jus crossroad à bouffer les racines, ce disque cabot est indispensable pour s'aiguiser les canines.

Seasick Steve 2011 « You can't teach an old dog new tricks »
www.seasicksteve.com


échelle de richter : 7,6
support streaming
après 1 écoute

quand on aime : john lee hooker, kevin russell, johnny winter, ZZ top (débuts)


mardi 14 juin 2011

Dustin O'Halloran




C'est l'heure où le merle fait le bilan de sa journée, perché sur la faitière, l'heure où la lumière tombe et que tout se tamise. C'est l'heure de sortir des sonates, des opus, des notes de piano en cascade.

Dans la même vaste famille des néo-classique présentée plus bas avec Peter Broderick, Dustin O'Halloran affiche depuis 2004 des albums classiques, seul avec son piano. Deux volumes de « Piano solos » chez bella union, puis « Vorleben » en 2010, livré pour quelques chanceux à 450 exemplaires. Le piano est alors son seul compagnon et la lumière reflète Chopin, Satie.

Dans une osmose totale, Dustin s'entoure cette fois-ci d'un quatuor de cordes (ACME de New York), de Peter Broderick, autre jeune expert globe trotter. Mais il y a aussi dans les parages Johann Johannsson aux effets et aux manettes, Nils Frahm à la direction, et Adam Bryanbaum à la guitare.
Toutes ces entités musicales se fondent magistralement sur des instrumentaux crépusculaires, classiques et sublimes. Moins expérimentale que Broderick, « Lumière », ce nouveau chef d'œuvre proposé par Fat-Cat, est un indispensable nuancier de lumières, une sorte de perfection orchestrale simple et purement classique. Un doux tourbillon de quintette, quartet, opus développe une fragilité pâmoison tenue par un rideau flou de lueurs qui faiblit à la frontière du jour et de la nuit, là où tout se fige pour quelques poignées de secondes édéniques. Et s'il fallait une bande son à cette transition idyllique vécue par le merle apaisé, ce serait « Lumière » composée par un autre prodige classique contemporain, Dustin O'Halloran.

Il faut bien avouer que quelques violons gonflant la trame, étoffe la texture des partitions. C'est une œuvre complète.

Qu'il est rassurant de voir ces artistes se mettre au devant de la scène, percer et voir leurs disques surgirent des bacs indépendants tout prêt de Okkervil River, ou O'Rourke. Tellement de musiciens contemporains sont classés en musiques nouvelles au fond des bibliothèques de moins en moins fréquentées.



échelle de richter : 8,8

support cd

après 6 écoutes
Quand on aime : chopin, satie, Max richter, peter broderick, goldrum,




Lumiere by Dustinohalloran

lundi 13 juin 2011

Bright Eyes









A force d'user de « Ferver and mirrors » comme référence à une pléthore de disques pop sensibles rêveurs et mélancoliques, il paraît légitime d'y consacrer un billet à part entière.



L'alias de Conor Oberst, Bright Eyes, aborde le nouveau siècle avec cet album inégalé depuis, proposant en pochette, un vieux papier peint avec au milieu un miroir ovale, comme si chacun pouvait se voir dedans, s'approprier les chansons. Je le fais depuis onze ans, ce disque est à moi, je le considère comme un témoignage personnellement qui coïncide exactement à mes états d'âme d'alors. De toute façon, ce n'est pas le disque de lui que l'on brandit afin de défendre Bright Eyes.

Deuxième album d'une discographie qui allait devenir opulente. Prolixe en finalité, cet opus des débuts atteint un degré d'intimité et de fragilité incarnées par un chant trémolo, timide et pétri d'émotion. Il y a une flute, un accordéon, une tremolo guitar, un mellotron, une mandoline, de l'électronique, une pedal steel, un vibraphone, un tambourin... tout cela au service de mélodies bouleversantes à tel point que je n'ai jamais retrouvé autant de frissons dans ses travaux suivants, et de déception en déception, je reviens sans cesse comme un ressac, à ce disque unique.
Il y a de la colère « the calendar hung itself », de la rage dans le chant tout en gardant cette vibration frissonnante dans le timbre vierge de tout académisme pop. Et le mellotron rappelle à Sparklehorse, ce bel instrument qui remplaça à lui seul une symphonie pour accompagner la musique rock début 70's.
Tous ces instruments, cette interprétation, ces sentiments dévoilés, font de ce disque un tableau baroque pop à la même échelle de Chris Garneau, Flotation toy warning, Sparklehorse..... sans pour autant perdre de sa patine, et c'est magnifique.

Combien de fois j'ai sombré sur « arienette » ? quelle blessure a pu entailler son âme, quelle est cette fille au prénom beau et improbable pour pleurer en chantant, pour trembler à ce point, pour hurler avec la boule au poing ?... il est question de miroir, et voilà peut être l'explication de la pochette.
Ceci dit, l'émotion est telle, qu'on l'entend, juste après sur "when the curious girl realizes she is under glass", aller vers un piano, et interpréter sans fioriture, une balade qui tangue et qui hurle à la mort dans un râle folk comme un interlude clash tiré d'une pulsion rêveuse. L'album tangue, avec une vapeur celtique dans l'écriture, propose inéluctablement, ne laissant jamais intact celui qui se voit dedans.

A l'intérieur, des clichés de musiciens, Conor jeune, très jeune, et je préfére sa jeunesse à sa maturité, sa nouvelle assise sur le monde pop. Puis un autre miroir, rectangulaire cette fois-ci. Quelque soit la forme de cette surface réfléchissante, on s'y réfléchit .... avec un certains trouble.
« Ferver and morrors », étape majeure de la discographie pop des années 2000.




"Arienette", c'est cadeau






Bright Eyes 2000 « Fever and mirrors » label : witchita
http://www.conoroberst.com/
échelle de richter : 8,9
support cd
après 1000 écoutes






dimanche 12 juin 2011

Hospital Ships




















Une pochette cousue main en étendard, Kutu Folk s'évertue depuis cinq ans maintenant à entretenir un sans faute dans leur catalogue discographique.
Si Arbouse recordings puise ses racines à Rodez, Kutu folk est basé à Clermont Ferrand. Une politique extrêmement ouverte pour quelques créateurs qui veulent bien venir revendiquer, se perdre, et surtout composer un collectif du cru plus que tout. Et déjà quelques pièces se dessinent comme des éléments majeurs d'un mouvement culturel tout à fait excitant (excellent StAugustine, le tendre Evening hymns.. et l'incontournable fer de lance Delano Orchrestra).
L'obédience est folk, mais la dérive est hip hop, rock, pop et post rock.

Il chante chez Minus Story, il joue chez Shearwater, mais du côté de l'Auvergne, il est Hospital Ships à deux reprises. En 2010 « Oh, Ramona » présentait sa pop ludique et fraîche aux allures de Bright Eyes avec dans les bagages, une influence certaine de Minus Story.
Un an après, Jordan Geiger remet ça avec « Lonely twin » époustouflant d'envergure sonore. Mercury Rev période « Deserter's songs » résonne sur ces onze nouvelles pistes, avec en plus un arrière fond de Granddady et toujours du Bright Eyes (même période que Mercury Rev).
« phantom limb » est absolument touchant, et si le disque démarre sur les chapeaux de roue, on dérive lentement vers une intimité pop vaporeuse, juste avant l'explosion « reprise » sur lequel d'ailleurs Jonathan Meiburg de Shearwater joue et chante.
Quelles soient enflammées ou apaisées, ces petites symphonies pop à la limite du songwriting folk enchantent, on valse même avec légèreté sur le somptueux « old skin ». L'esprit Granddady est à son comble sur « little dead leaf » et la valse devient mortifère. Superbe petit manège fantôme mélancolique.
Du cousu main je vous dis.

Hospital Ships 2011 « Lonely twin » label : kutu folk
http://www.kutufolk.com/

échelle de richter : 7,7
support cd
après 2 écoutes

quand on aime : mercury rev; bright eyes; granddady






Lonely Twin Preview by Hospital Ships

samedi 11 juin 2011

The black keys





























Akron family peuvent se rhabiller, White Stripes aussi d'ailleurs..ça tombe bien, ils ne sont plus. Dommage, plus qu'un espoir de relève, The black Keys aurait pu directement rivaliser avec le blanc et rouge. Et puis tient, par la même occasion, on peut ranger Black Mountain, leur dernier disque est une catastrophe. Quant à Akron family c'est tant du côté de la déception de leur dernier lp que la géographie du groupe qu'il faut remettre quelques pendules à l'heure.
















The black Keys est un duo de Akron, ils ont déjà sept albums à leur effectif, ils envoient le bois, ils sont blues plus que la moyenne calibrée, ils possèdent dorénavant un socle renommé, une plaque tectonique très active qui peut bouger à tout moment.
Sept albums, et Mojo, la bible des chroniques musicales encore diffusées sur papier, consacre un numéro spécial Kate Bush 2011, mais c'est sur The black keys que vient l'apétie, avec en sus un disque promo ciblé arborescence du groupe en question.
Le groupe a sorti en 2010 « Brothers », ce bonus disc s'intitule «The name of this compilation is Brotherhood ». Une sorte de synthèse sur les travaux tout azimut de Dan Auerbach (tète chercheuse du groupe), quelques meilleurs morceaux de leur discographie, puis quelques influences comme par exemple Nathaniel Mayer and his fabulous twilights. Les morceaux s'enchainent sans pause, Blackroc propose une formidable reprise rap de "dollas & sense" ,"same old thing" 2008, formidable morceau Jethro tull/ZZ Toppointe sont né en plien milieu de la compile, ou un autre, extrait du disque solo de Dan Auerbach qui nous emmène sur les terrains d'Hendrix....















« Brothers » quant à lui débouche sur un blues plus sophistiqué que les albums précédents. Un son neuf, un peu comme la modernité sonore que l'on a découvert sur le dernier The Kills. La voix exceptionnelle est noyée à travers un filtre brumeux. « Magic potion » en 2006 par exemple offrait un blues brut proche de « Black mountain », la cuvée éponyme 2005. Avec « tighten up », ils montrent même qu'ils sont capables de s'essayer à la pop et de proposer en pâture un énorme tube tout en gardant une texture blues.
Autre actualité, la réédition de leur premier album 2002 « The big come up » est dans les bacs.



























De tous les groupes en « Black » qui pullulent en revival rock 70's depuis quelques années, celui des Keys est le plus doué, le plus torride, le plus puissant et cohérent. Déjà bien assis sur une carrière musclée, « Brothers », avec en bonus les 15 titres de mojo histoire de dresser un petit bilan, vient prouver avec encore plus de panache, la modernité en plus, que The black keys se positionnent (enfin, bientôt 10 ans qu'ils sont là) en peloton de tète des groupes rock.
Idéal pour le réveil des samedi matins.

The black keys 2010 « Brothers » label : V2music
http://www.v2music.com/


échelle de richter : 8,5
support mp3 (cd pour mojo)
après 3 écoutes

quand on aime : the white strippes; black mountain, akron family, hendrix





The Black Keys - Brothers

jeudi 9 juin 2011

For heaven's sake




Acidité celtique, blues gothique, post rock psychédélique, exotisme halluciné, introspection cellulaire, « Paha Sapa / Mako Sika », le deuxième album de Guillaume Nicolas, alias For heaven's sake, flotte à travers des incendies lentes ravageant un paysage d'eau.
Des vents solaires de Six organs of admittances dansent sur « ya hayyou, ya » dans la langue d'ici.


Quelques flutes habitées envoutent et nous transportent sur les côtes, des rivages gris du nord, pas loin des contrées brûlées de Lal lal lal records et des autres scandinaves Fonal. Ça ondule, puis se calme comme sur le final hispanisant de Oh well!. On part alors sur des folks Morricone.. « poison ivy » en serpent de fumée invite.

« DC-9 » embrase, et le jig acide et infernal s'échoue sur un rythme lourd de hard gothique anesthésié. Véritable naufrage sous les flammes.

Du blues plombé pleure un slide clair et nous donne de la hauteur. « zot u raspi ashem » s'étire superbement.

Si le celtique est une lande qui dégouline de la Scandinavie aux côtes africaines, « alba ayamule » a le goût du sel arabique, des cordes, des djembés, la mer se déchaine, les falaises sont en feu, le minaret hurle.

Les accords pleuvent, les guitares se branchent et « blint elshalabia » entonne un tube « sombres héros de la mer » qui devrait attirer l'ensemble vers une visibilité méritée.

Bouleversante et indolente épilogue aux accords secs d'un banjo délicat, « dolente C » achève le voyage en douce complainte folk. Le disque s'écoute jusqu'à la dernière note.


A fouler les rivages de ma rivière, For heaven's sake dans le casque, j'ai vu l'espace d'une hallucination douce et acide, mon village prendre feu, juste histoire de le napper de vapeurs incendiaires. Moi qui n'aspire qu'à la quiétude du débit, j'ai brulé mes ocres et mes cobalts pour un embrassement merveilleux directement inspiré de cette belle surprise « Paha sapa / Mako sika ».

Merci Guillaume, tu as enflammé mon huile.


For heaven's sake 2011 "Paha sapa / mako sika" label : autoproduit



échelle de richter : 8

support mp3

après 3 écoutes

mardi 7 juin 2011

Peter Broderick / Machinefabriek & co






















Une belle association musicale néo-classique avait été capturée dans l'église de Vallisa. Le Dakota Suite offrait ses notes solennelles à la réverbération d'une voûte de pierre.

C'est à Berlin que Peter Broderick joue ses notes, dans l'église de Grunewald. Même résonance, même beauté. Sa voix au loin chante et souligne quelques notes, façon Keith Jarrett. Et les cascades de piano viennent remuer nos songes « it's a storm when i sleep ». Il est bien question d'un rêve, « goodnight », « low light »...voyager les yeux fermés.
Cette douce rêverie est partagée sur « Glimmer » avec Takumi Uesaka qui use d'une fragile mélancolie lumineuse sur trois pistes voix/guitare/effets. Un split cd japonais, première pièce d'un catalogue naissant qui n'en contient pour l'instant que trois.



Peter Broderick est un très jeune artiste. Il a pourtant un vaste cv et ses collaborations ainsi que ses visites sur différents labels s'étoffent au fil des ans, depuis 2007. Mon premier coup de coeur fut au moment de « Float », la cuvée 2008 éditée chez type.
Parmi ses associations, celle de Nils Frahm qui enregistre sa partie sur « Glimmer », et avec qui il partage le toit du label Erased tapes, ou Hush records.




Nils Frahm, autre néoclassique fidèle, partage l'affiche pianistique sur « Mort aux vaches », le tout nouveau monument classico-ambiant de Peter Broderick / Machinefabriek.
Transition idéale pour présenter ce prodigieux objet d'art édité sur le mythique label à l'attache parisienne. Tant d'artistes ont sorti un unique disque dans cette auberge Hollandaise VPRO.. de Piano Magic à Colleen, en passant par Muslimgauze ou Tape.
Chaque disque est enfermé dans du carton épais, du papier de verre, de la mousse, une plaque en fer, un plastique perforé, le tout tenu par une attache parisienne passant par le centre du support musical. Ici, c'est un carton habillé de papier peint désuet avec les titres à l'encre de chine inscrits sur un scotch de protection pour la peinture en bâtiment.
Quant à la musique, elle est scindée en trois sessions étalée sur une heure..
Tout cela reste très technique et fait contraste total avec la splendeur du son qui s'en échappe, et la maigreur des mots pour définir la quintessence sublime. Plus fort et plus beau encore que leur première collaboration « Blank Grey Canvas Sky » en 2010, les trois pistes sans titres sont d'immenses symphonies de piano pulvérisées par le silence que récupèrent les effets ambiants de Zuydervelt, le plasticien de Machinefabriek. Totalement subjugué, je m'engouffre à travers ces sonates expérimentales aussi belles que Winter Family, ce doux drone évaporé, avec la certitude de tenir ici le disque néo-classique 2011.

Autre maison, autre collaboration, Peter Broderick se rapproche de Rauelsson afin d'ornementer d'improvisations les chansons de Raul Pastor Medall, condensées en deux plages allongées de 15 et 20 minutes. « Replica » se présente sous la forme de deux patchworks tout à fait originaux où viennent se caramboler des airs espagnols d'un Nacho Vegas apaisé ou d'un Fran Gayo, et le néo-classicisme de notre jeune prodige. Absolument décalé, innovant et atypique, ce concept classico-folk hispanisant dépose un romantisme celtique très attachant sur Hush records, label où Nils Fraham a aussi sorti un album avec Anne Müller.




Du Japon à la Suède, en passant par les Pays Bas et les états unis, Peter Broderick agé de 24 ans dépose partout son emprunte au piano et au violon, et aussi ses bribes de voix qui transcende la note. Le génie grandissant de ce classique jazz décortiqué intime et ambiant, est sans nul doute la relève assurée de Keith Jarrett avec en plus le silence, l'expérimental comme complice.
Une autre chronique serait nécessaire pour sa visibilité (Bella Union, Efterklang, North & Western...) en attendant plongeons dans les abysses minimales des arborescences artistiques de ce grand musicien.

-Peter Broderick / Machinefabriek 2011 "mort aux vaches" label : spaalplaat (échelle de richter : 9 - support cd - après 5 écoutes)


-Peter Broderick / Takumi uesaka 2011 "Glimmer" label : cotelabo (échelle de richter : 8 - support cd -après 1 écoute)


-Rauelsson 2011 "Replica" label : hush (échelle de richter : 8,8 - support cd - après 4 écoutes)



http://www.spaalplaat/


http://www.cotelabo.com/


http://www.hushrecords.com/