mercredi 31 mars 2010

Laura Gibson & Ethan Rose


Le timbre grave d’un violoncelle donne la réplique à une voix féminine évaporée dans une nature vierge, un coin perdu au milieu de nulle part pour un mariage artistique divin, une autre rencontre harmonieuse. Et puis des nappes de cuivres diffusent, des ambiances sonores collectionnées par Ethan Rose épousent définitivement la voix délicate de Laura Gibson. C’est en fait acuarela, label qui la distribue qui vient percuter Locust, celui qui héberge les explorations musicales d’Ethan Rose.
Des prises acoustiques viennent réchauffer l’amour des vieilles technologies qui font la renommée du compositeur habituellement, tandis que la voix mutine et délicate de la chanteuse fredonne les couleurs pastelles et le doux soleil matinal de la pochette.
Un petit endroit modeste, inhabituel qui dessine cette union, dans des vapeurs romantiques et minimales.
Bridge Carols vient conclure une tournée japonaise des deux protagonistes, comme une pause méritée, une accalmie printanière, une synthèse passionnée.
Un petit bijou lancinant, frais et apaisant.
Laura Gibson & Ethan Rose 2010 "bridge carols" label : baskaru

lundi 29 mars 2010

MmePastel / scratch my back


Une parenthèse comme un fil conducteur tout au long de ce blog. L'étourdissement des arts et des passions, les arborescences émotionnelles à la merci de toutes nos évasions. Une myriade de sensations sont nées d'un contact virtuel: la découverte du nouvel album de Joanna Newsom et tout part dans un dédale d'images et de mots. Newsom aujourd'hui et Kate Bush hier en passant par Charlotte Gainsbourg, peut être mon premier coup de foudre virtuel quand son père la faisait chanter; Emily Jane White qui vient de confirmer avec son deuxième album bouleversant; Emilie Simon récemment métamorphosée au gré d'une sensibilité suave perdue. « La belle personne » dramatiquement mise en image par Christophe Honoré ou encore Alela Diane et cette superbe révélation confirmée maintes fois..... Et voilà, nous y sommes, tout cela se passe chez Mme Pastel, une chanson une couleur, des mots un son, des idées une mélodies, un univers de poésie, des tableaux pour des idées, du rouge et du noir pour des contes et des images, des pochettes avec de la musique dedans, de l'histoire, des mythes et des vidéos. Ses témoignages poignants, dévoilant à peu prêt tout avec comme arme radicale la féminité....et des phrases giflent, prennent ma fragilité d'adolescent en otage, ce vague à l'âme qu'il a bien fallu soigner un jour ou plutôt dissimuler. Je n'aurai jamais pensé pouvoir parler aujourd'hui de « the man with the child in his eyes » dans mes pages.
L'esthétisme est à son comble, les mots séduisent et la mélancolie distille un parfum torride et intemporel. Son visuel est sensible et ses liens exigeants (les photos sur supermaxpro par exemple..). Et si Mme Pastel penche pour « White chalk » de PJ Harvey, ce n'est pas un hasard. .. Mme Pastel est une ville, une vie et un coquelicot.
L'écoute d'un album peut déclencher l'hospitalité d'un vaste monde bouillonnant trainant avec lui des cargaisons de souvenirs, d'arts, d'inspirations, d'amours et de passions, des envies et des chimères, des âmes que l'on laisse flotter à la dérive, des désirs que l'on offre aux lois de l'apesanteur, des convections nébuleuses.
Mme Pastel aime mes églises, les mêmes qui tiennent mon huile en haleine depuis quelques années déjà, c'est un beau compliment pour un agnostique qui tremble au toucher de chaque pierre érigée. Une petite visite de temps en temps ou un séjour appuyé dans ses pages délicates est un remède à l'oppression.
« Scratch my back » en boucle achève cette chronique qui part dans tous les sens. L'ivresse des belles choses pastelles qui tourbillonnent, des repères qui se dérobent sous nos pieds, une abondance, des thèmes qui reviennent. Et pour mettre en musique la lecture de Mme Pastel, Peter Gabriel et sa nouvelle vision philharmonique de l'histoire musicale, et si sa part de féminité (aussi bien à l'époque de Genesis) a toujours été exposée à travers les larges ouvertures de son art, son dernier album est un monument de sensibilité mélancolique. Puisque ici, le tiercé de mes préférences hexagonales a déjà été dévoilé, celui international reste en orbite autour de Paul Mac Cartney. Peter Gabriel, David Bowie sont les plus visibles.
La boucle est bouclée, la pochette ne peut être plus rouge et noire que celle-ci, les harmonies plus belles, le travail aussi poussé, et l'émotion aussi troublante... et puis Peter Gabriel n'a t-il pas un jour tangué dans les bras de Kate Bush...comme ces deux globules entrelacés ?
Mme Pastel ...blog
PETER GABRIEL 2010 "scratch my back" label : world music

mercredi 24 mars 2010

A Taste of Ra






Un pollen canadien revêche et tenace s'est déposé sur les contrées scandinaves amenant avec lui une once de matériel génétique américain, et Neil Young devait fleurir loin du berceau country-folk des vastes prairies. En 2002, Nicolai Dunger s'emparait de la perche tendu par Will Oldham pour collaborer et devenir un des plus célèbre cowboy de Scandinavie avec « tranquilisolation ». Le « new folk sounds from northem europe » depuis n'a fait qu'élargir ses enclos avec dans ses écuries des songwriters troubadours comme St Thomas; Thomas Dybdahl; Mattias Hellberg; Kristofer Aström.... Confirmant et affinant au fil de 6 albums, Nicolai Dunger qui, malgré une tendance pop plus affirmée façon Van Morrisson, cache en fait une âme plus acide, expérimentale et sonore. C'est chez lui cette fois-ci qu'il exprima sa liberté psychédélique. Un label suédois extraordinaire,mais en silence radio puisque la dernière nouvelle de Häpna mise ligne date de mai 2009 avec la sortie du deuxième album de Anna Jarvinen. Hapnä, c'est quand même Hans Hapelqvist, Tape; Giuseppe Ielasi; Andrea Belfi; Pita; Patrick Torson, Stephan Matthieu, une pièce unique pour un duo culte : Loren Connors/David Grubbs (« arbovitae »).... et une trentaine de disques aux pochettes cartonnées recyclables, d'une même écriture, d'obédience weird folk, d'ambiances expérimentales, comme beaucoup de labels de ce coin du monde résineux.
A Taste of Ra est le nom des trois albums d'une discrétion totale puisqu'aucune information ne laisse deviner qu'il s'agit de projets de Nicolai Dunger. Il faut se laisser bercer par cette déstructuration pop pour imaginer ce qui boue dans le cerveau du suédois.
Un collectif en jachère, un catalogue riche parmi les plus précieux et les plus rares (disponible que sur commande), un délire enfoui dans ses racines scandinaves, une culture importée et bien assise depuis, un artiste visible et mystérieux à la fois.




A Taste of Ra : " I " 2005; " II " 2006; " morning of my life" 2007 label : häpna






Peter Doherty


A des années lumières de The Libertines, meilleur qu'un disque de Babyshambles, "Grace/Wastelands" l'album solo de Peter Doherty est un excellent disque que les masses médiatiques allergisantes m'auront caché pendant un an. Une très belle surprise pour cette pop coincée entre Syd Barrett et Pulp.
Peter DOHERTY "grace/wastelands" 2009
label : parlophone

jeudi 18 mars 2010

Peter Broderick & Machinefabriek


Remède idéal à la panne d'inspiration, à la « chiadure » médiocre d'une muse en berne, « Blank grey canvas sky » est exactement le catalyseur qu'il faut pour que mes ciels retrouvent vie. C'est le fruit d'une association magistrale, un point de rencontre parfait, une connexion juste entre deux visions musicales compatibles. Le néoclassique de Peter Broderick et la crème ambiante électronique de Machinefabriek dansent autour d'un seul élément qui les lie cette jonction unique, le silence une fois de plus. Il est fort à parier que cet art de l'aquarelle musicale relève d'une maîtrise surdimensionnée, un état de grâce basé sur le blanc de la trame. Ces épousailles ponctuelles du classique et de l'ordinateur prend aux tripes et aux larmes quand, dès la deuxième piste, le sommet est atteint avec « planes ». L'aboutissement d'une telle association n'est pas de composer une œuvre philharmonique moderne, mais seulement de dessiner un paysage évolutif et impressionniste.
Peter Broderick flirte avec quelques labels de qualité; type, bella union, kning disc, et distille un art néoclassique très proche de Sylvain Chauveau, ou Max Richter, prolixe et généreux ( il a permis a erased tapes de sortir de l'ombre les travaux pianistiques de Nils Fraham), il est un paysagiste gigantesque.
Machinefabriek est le très prolifique Rutger Zuydervelt, sa discographie est un véritable labyrinthe, énormément corsée de multiples collaborations, ricochant de labels en labels . Mais c'est surtout un magicien sonore, un visionnaire talentueux et un expert de paysages ambiants.
La jonction est là, bien assise autour de vastes paysages et de silences, les deux points communs des deux cerveaux en ébullition. Pour le reste, il n'est question que de mariage des différences.
« Planes » sur la platine et les démons démissionnaires s'évaporent comme par enchantement laissant place à l'hospitalité inspirée illimitée.
Peter Broderick & Machinefabriek 2009 " blank grey canvas sky" label : fang

Joanna Newsom




Des frissons me parcourent l'échine, une véritable piqure de rappel titillant mes anticorps épidermiques. La crinière de Kate Bush accrochée sur mon mur en 1988, alors que je venais d'acheter le vinyl et qu'elle me regardais droit dans les yeux..au verso de la pochette de Lionheart sorti en 1978. Sous-pente extrêmement exigüe, papier peint désuet, maie de grenier qu'une lionne prête à bondir semble vouloir protéger. Fantasme irréversible dont je ne suis toujours pas revenu, passant du recto au verso à la fois pour prendre du recul et s'imaginer entrer sous cette charpente tamisée, invité, et aussi pour s'approcher le plus possible des épaules nues et de la bouche entrouverte. On se calme et on relativise sur la portée musicale de cet album qui ne laissa de trace que dans mon cerveau introverti d'adolescent rural. Le coup de maître avait déjà eut lieu sur « the kick inside » que David Gilmour avait lancé aux yeux du monde musical la même année. Lionheart certes est un coup pour rien pour cette artiste qui va exploser avec « never for ever » en 1980. Mais voilà, le disque que j'écoute en ce moment colle à Lionheart et aux 3.08 minutes de "oh england, my lionheart", comme une gémellité incontestable , une émotion pavlovienne. « Have one on me » de Joana Newson. Une pochette et une frimousse tout aussi troublante... avec des cuivres en plus, des ballades à la harpe, et un lyrisme abondant puisqu'il est question ici d'un coffret triple pour une seule sortie. Une œuvre conceptuelle à l'émotion tenace. Un pavé donc, qu'il est fort à parier, puisque tout tend à bâcler, qu'il reste un moment coller aux oubliettes, comme Lionheart il y a 32 ans...pour d'autres raisons. Une oeuvre collossale, un souvenir inoubliable.
Joanna Newsom 2010 "have one on me" label : drag city
quand on aime : kate bush

jeudi 11 mars 2010

Musée Mécanique


Justement, Grandaddy plane alentours et laisse quelques traces baveuses dans la pop évaporée. Un nouveau bijou 2010 vient alléger les bacs de sa mélodie lustrale. Un frimât pop où tout est conçu à fleur de peau, dans la délicatesse la plus cotonneuse. Grandaddy donc, contaminé au Sparklehorse qui vient juste de perdre sa crinière, mais Musée Mécanique penche aussi vers Elliott Smith pour le chant pop lacrymale, King of Convenience pour les arpèges délétères, Greg Weeks pour les nappes moribondes inquiétantes de solitude. Et s'il faut qualifier plus encore, rapprochons-nous un peu et revisitons Sébastien Schuller, Syd Matters, The Sleeping Years.... un tourbillon de références pour une seule consolation musicale unique à l'hiver qui n'en finit pas. Rester confiné dedans, un cocon de douceur chaleureuse, un vieux bougeoir et des ombres qui vacillent, des diapositives sur le mur, vieilles, dont une brulée par la lumière..la mélancolie d'un visage perdu, la nostalgie en fuite, des souvenirs qu'on cherche.
« hold this ghost » est le premier album de Musée Mécanique, d'une beauté improbable. Il faut ajouter à ce miracle, un son exquis, une production précieuse, des cordes en tout genre et des nappes de synthé en baume, et beaucoup d'invités ajoutés à ce quintette de l'Oregon, comme pour mieux communier à la paix et toute la plénitude qui plane autour.
Musée Mécanique 2009 "hold this ghost" label : souterrain transmissions
quand on aime : grandaddy; greg weeks; eliott smith; syd matters; sebastien schuller

Grandaddy


A mon age, à l’heure qu’il est, je pense être en mesure de me plonger sur quelques nostalgies d’albums déjà passés au rang de trésors classés, aux influences non négligeables, que le recul fixe définitivement. Certes, ces rappels resteront très personnels, mais aussi assez représentatifs de leurs empreintes dans l’histoire de la musique « moderne ».
La première pièce de cette rubrique appelée « arrêt sur image» est un album de Grandaddy, « under the western freeway », le premier véritable lp du groupe de Modesto. L'album précédent, « the broken down comforter collection » est, comme il l'indique, une compilation des ep et autres compositions réalisées jusqu’alors. « The Sophtware slump » aussi aurait pu figurer sur cette liste d'incontournable, sauf qu'il n'est pas la toute première vive émotion du groupe, le coup de foudre. Baptême donc et séduction immédiate. Jason Lytle et ses acolytes jaillissent du monde de Neil Young, petit maître à bord de mes étagères, mais aussi des Floyd, des Beatles et d'Alan Parson Project qu'il écoutait sans cesse enfant (toutes ces influences se sentent réellement sur « sumday » 2003). Cet américana mélancolique, terreux et poisseux traîne sa crasse et son ennui dans les vapeurs d’alcool, les nappes de guitares, une basse profonde et une batterie lourde. Le synthé quant à lui paraît désuet, allège et fait la signature sonore du groupe. Ce rock endiablé de lenteur avec quelques sursauts rugueux à la voix pâteuse et groggy, fut une introduction du genre (tellement de groupes ont plongé immédiatement dans ce rock caniculaire ) tout en rappelant MON « After the golden rush » adolescent…. une sorte de relais. La passion de ce disque fut crescendo, il m’arrive de prendre un pied immense, plus intense qu’à l’époque quand je réécoute ce disque à la mobylette envolée. Influence nette, découverte radicale, je devais suivre ce groupe sans en perdre une miette, jusqu’à la collaboration sur le disque de Peter Walker (young gravity 2006); le réveil de Maarten avec my "favorite sheriff" en 2007 et à l’album solo de Jason Lytle sorti en 2008.
18 juin 2003, rue de Lappe, puis café de la danse, 1h30 de messe dans une chaleur torride, communion frissonnante à l’époque où l’on pouvait encore cloper et écluser en salle. Un film documentaire avec quelques scènes de la vie du groupe déjanté, coupé d’images écologiques, alors que l'imposant bassiste Kevin Garcia finissait lourdement son riff dans une caisse de bières derrière la scène.
1997, un disque venu de nul part à cette époque, et cette lente noyade dans l'autoproduction, l'underground musical tellement riche, un son sec, une envolée fantastique sur « laughing stock »; une transe d'ado californien sur « summer here kids »; une simplicité nostalgique, une authenticité moderne; l'Amérique profonde que l'on connaissait pourtant déjà; une ambiance de délire moite éthylique pouvant aller jusqu'à la nausée « poisoned at harsty thai food », guérie in extrémis par un planant « why took your advice »; une diapositive pour les oreilles, une pièce maîtresse indispensable. C'est surement toutes les influences condensées qui ont fait claquer ce disque dans mon cerveau comme une fringue que l'on vient d'acheter et qu'on a l'impression d'avoir mis depuis des années.
GRANDADDY 1997 "under the western freeway" label = big cat / wills records