jeudi 26 novembre 2009

Tom Waits




« All the world is green » ankylose une matinée dominicale au rasage laborieux. Au rugueux vient s'ajouter des odeurs de café, des songes hypocondriaques, des angoisses que la gueule de bois ne dissimule même pas. Mon lilas papillon cuit par l'automne me cloue au rocking-chair et TomWaits qui continue de tanguer loin de ses swings dark vador. L'estomac baveux et la lèvre sèche je romps cette lourde grasse matinée. Ma position de bipède frise la rééducation et mes pensées sont courbaturées. Les enfants me scrutent comme un rescapé. J'ai envie de pleurer. Le saxo me caresse et me donne espoir. Pourtant le ciel est gris, comme un dimanche, serrons les miches pour ne jamais dépendre de quelqu'un irréversiblement. Fleurissont nos prisons. La chlorophylle fuit calmement, la nature est elle diabolisée par la terre féconde de nos âmes déchues ?? pourtant tout à l'air si calme et ma toile vert tendre est là, endolorie aussi et encore humide d'huile que le lin suce doucement...... le morceau tourne et tourne comme un manège, et la tète m'en tourne tant qu'il est temps de lâcher la crane, de s'en remettre à la pause du cogite, et du gite prendre le tube cathodique pour noyer le désordre, cet écran antidépresseur universel pitoyable qui doit hypnotiser mes cheveux douloureux.


Tom Waits 2002 "blood money" anti-








Mount Eerie




Phil Elverum & sun se présentent au sein de son nouveau disque comme « Creators / destroyers of music »...deux finalités artistiques pour deux violences différentes à exprimer le même domaine sombre plaqué et encastré dans la torture créatrice. Si certaines d'entre elles sont sourdes, froides et cellulaires, d'autre s'épanouissent dans une expression brutale, physique et bruyante. Chaque drone stratosphérique peut valoir une envolée trash et électrique. De la même manière, si l'on rattache ce principe au comportement humain, certains agissements introvertis d'une méchante froideur sans précédent peuvent claquer aussi fort qu'une grosse baffe accompagnée de hurlements.
« Wind's dark poem » vrombit comme une langue solaire incandescente à la surface d'un horizon improbable, psychédélique en cadmium foncé. Tout brule, tout craque et l'irruption incarnat illumine les jaune et les orange tectoniques. Une petite bande de ciel en flamme dégouline alors dans une profondeur abyssale en poumon océanique souffrant et saignant . Le brulant carmin fige cette lente coulée longue et bleue « through the trees » . Et tous les contrastes sont permis. Mount Eerie, dirigé par P.Elverum, dessine de perpétuels paysages crépusculaires et montagnards, brumeux ou neigeux. Avec « Wind's Poem », il n'a jamais affiché une telle profondeur dans le désaccord, l'opposition des teintes, passant du tendu sans étendues au bouillonnement bruitiste et fusionnel.
Des images inconscientes pour quelques songes cytoplasmiques, un rêve de mitochondries au milieu d'un big bang. Plus que jamais la recherche d'image télescopant un son, l'interprétation des couleurs par l'orchestration, la croisée de deux arts porte sa cohérence par la confrontation.
P.Elverum dirigeait The Microphone avant de créer Mount Eerie, transition idéale puisque le dernier album des Microphone s'intitulait « Mount Eerie » en 2002, fameux disque tribal et très cérébral avec sa pochette intérieure en poster calque affichant un colossal paysage de montagne à l'encre de chine (disparu des bacs malgré une édition chez Krecs). « No flashlight » est paru plus largement en 2005 avec une fois de plus des paysages de montagnes sombres. En 2008 paraît simultanément une collaboration avec Julie Doiron et Fred Squire pour une récréation folk minimale « lost widsom » (repris en deux versions différentes sur « wind's poem »), et un journal de bord/disc/photos « winter journal » écrit par P Elverum pendant un séjour à Kjerringoy accompagné d'un disque très intime « Dawn », et de photos illustrant le tout, des montagnes, un soleil bas de la neige et des brumes..de l'ocre anéantis par le froid, des bleus noyés dans des brumes sauvages et inhospitalières. C'est « Wind's Poem » qui vient fraichement relancer un nom dans ses contrastes les plus puissant, publié cette fois-ci chez Tomlab. P Elverum est un auteur prolifique, méconnu à travers lequel je voyage très souvent, dans ses paysages et ses contrastes puissants venus d'une nature sauvage.
4 minutes pour « wind' dark poem » dans une intensité brutale folle (tout comme le puissant "the mouth of sky" et l'épique "stone's ode"..comme un tremblement de terre dans le ghost tropic de Jason Molina), puis 12 pour « through the trees », ce drone abyssale, cette dégoulinade lente vers les fonds où tendent les froids.... l'exacte proportion de ce tableau « rève cellulaire ». Ces deux premiers morceaux pourraient être la réplique sonore de cette apparition acrylique, devenue pour moi comme une évidence.
Ce thème récurent à mes yeux revient sans cesse à la charge, mettre en musique des couleurs, un texte sur une toile, peindre le son d'un paysage.......


Mount Eerie 2009 "Wind's Poem" label = tomlab
quand on aime : jason molina; la montagne; les contrastes; six organs of admittance

mardi 24 novembre 2009

Huiles sur toiles




Soap & Skin





Sinead O'Connor habitée par les esprits culminants des Sigur Ros sleep »); une âme aussi grave et romantique que Winter Family; une maîtrise profonde et mélancolique sans jamais pencher du côté obscur voire gothique; un moteur de recherche image frôlant le casting de rêve pour un photographe professionnel; un recueillement pur et dévot à chaque chanson (« extinguish me »); une béatitude celtique proche des nappes puériles d'Enya turbine womb »; « marche funèbre »); grave et solennel quand elle revêtit de petites sonates murmurées comme son ainée Anmélie Monserré cynthia »; « mr.gaunt pt 1000 »); sans cesse habitée par des fantômes diffus et par l'esprit de Nico qu'elle vénère; tout proche de Cat Power aux nues lorsqu'elle se balade presque joyeusement sur « spiracle »; presqu'un miracle tellement ses chansons nous embarquent dans les coins les plus mystiques d'un monde vivant, vertueux, mais habité (paysage drone en morceau caché). « the sun », sommet du disque pourrait résumer à lui seul toutes les phrases précédentes. Anja est autrichienne, elle a 17 ans au moment où « Lovetune for vacuum » sort.



Soap & Skin 2009 " lovetune for vacuum" label = couch records




quand on aime : sinead o'connor; annelie monsere; cat power; nico, enya..

49 Swimming Pools


Emmanuel Tellier quand il n'est pas critique rock, est à la tète du groupe 49 Swimming Pools qui sort son premier album « trimphs and disaster, rewards and fairytales ». Les clichés pleuvent à l'écoute des douze chansons magnifiquement jouées et interprétées, de Mercury Rev et Sparklehorse pour la voix, à Luke Haines et Kevin Tihista pour les textures, avec en plus un bagage Beatles évident. L'architecture acoustique est solide, les mélodies imparables. Loin du copiste pop, ce disque est un objet unique par les arrangements oniriques: des idées de cuivres, d'accordéons et de tambourins, d'orchestrations autour d'un piano constant relèvent le tout, comme une consécration musicale. A ranger tout prêt du « Wake up captain » de Kevin Tihista's Red Terror, autre énorme coup de cœur de variété pop publié il y a quelques années.
49Swimming Pools 2009 "triumphs and disasters, rewards and fairytales " label=elap
quand on aime : Luke Haines; Kevin Tihista; Mercury Rev; Sparklehorse; Hugh Colteman

jeudi 19 novembre 2009

Birch Book


Voici donc le carotène s'injecter dans les nervures comme une pandémie systématique, le ressac suicidaire des fins d'étés sourds, et moi je rêve soudain de cerisiers en fleurs cotonneux et généreux. Pourtant un disque me rappelle à la beauté automnale et vient à point nommé mettre en musique les brumes grises, le mordoré des feuilles et le cramoisie des âmes. Le troisième volet de Birch Book « a hand full of days » hypnotise le cœur d'humidité et de fraicheur. Une beauté sans âge suinte un délicieux poison moyenâgeux et psychédélique. La lumière est blême, la grâce bucolique, une virginité pastorale erre dans cette contemplation béate. Dans l'esprit de Six Organs of Admittance, les murmures acoustiques sont confidentiels, et l'intimité devient mystique. Si c'est ainsi, je veux bien attendre les prochains bourgeons sans broncher.
B'eirth est américain, du Vermont, il a sorti douze albums sous le nom de In Gowan Ring, dans la même nervure chlorophyllienne, il sort peu à peu de sa tanière avec Birch Book et ces trois volumes publiés plus largement.... enfin. Ce malandrin paisible injecte dans son folk épure des lueurs de tradition celtique anglaise tout proche d'Alasdair Roberts. Quant au Mystique, c'est du côté de David Tibet qu'il faut aller puiser. Tiens, "les feuilles mortes se ramassent à la pelle", nous sommes bien en automne, si en plus elles s'envolent et nous amènent à la mémoire et à la mer, au celtique médiéval pour fredonner Cosma, je ne réponds plus de rien.

Birch Book volume III 2009 « a hand full of days » label : LSR

quand on aime : six organs of admittance; alasdair roberts; esper; jethro tull acoustique....

This Immortal Coil


Découvrir un groupe par le biais d'un hommage est une démarche inverse hasardeuse, troublante et totalement excitante. C'est chose faite avec This Immortal Coil. Guidé par le label « Ici d'ailleurs » et quelques très bonnes critiques, ajouté à cela un casting de rêve, je me suis laissé tenté par ce chemin aveugle puisque à ce jour, je ne connaissais rien de Coil. Une vague étourderie, me laissant embarquer par le jeu de mot, a d'abord faussé mes pensées en imaginant un travail hommage au groupe mythique du label 4AD This Mortal Coil. Recalé in extrémis sur la réalité, je découvre alors un disque d'une rare élégance, d'une délicate mélancolie. Les paysages défilent, unis, graves et envoutés. L'homogénéité du tout semble évident, aucun artiste ne tire la couverture à lui, tous se fondent pour mieux épouser ce que doit être l'esprit Coil. Même Bonnie 'Prince' Billy (encore lui) laisse son Lo-Fi au vestiaire pour se fondre au décor et revêtir un habit de flute, de contrebasse, violon, scie et hautbois. La fidélité des ambiances laisse imaginer la douceur inquiétante de l'âme de Coil endeuillé par la disparition d'un des cerveau, Jhonn Balance, il y a cinq ans. Peut être est-il mieux d'ignorer ainsi les racines d'un groupe afin d'apprécier à sa juste valeur un tribute.
Sur une page du site d'ici d'ailleurs, on peut lire « Coil is more than music »... moi qui aime les couleurs noctambules des paysages, c'est exactement ma première impression à l'écoute de ces fans sérieusement rassemblés pour prier musicalement . Il est temps pour moi d'aller fouiller les bacs, de retourner aux sources.
Entre parenthèse, histoire de faire une autre transition (bonnie prince billy) avec tôt ou tard de l'article précédent, Yaël Naïm lâche le morceau le plus bouleversant du disque avec "Tattoed Man", dans l'esprit gothique des Black Heart Procession si au PMU on pariait plus sur le vertige des anges..... Peut être même un des morceau les plus bouleversant des hommages rendus. Des années après son sublime album, elle témoigne et dévoile une passion certaine pour un groupe révolu et toujours invisible qu'il faut qu'on me fasse voir.
This Immortal Coil 2009 "the dark age of love" label : ici d'ailleurs
quand on aime .....ce disque et black heart procession, yael naim, yann tiersen, ici d'ailleurs.

JP Nataf


Depuis Devenda Banhart, les barbus généreux façonnent le paysage folk à tendance hippie. Confirmé par le menton roux opulent de Bonnie 'Prince' Billy, autre icône boisé, la mode druidique s'est emparée de ces baladins en fleur. Tels des prophètes, les visages allongent leur collier à la vitesse des Fab Four quand l'horloge « when i'm sixty four » s'emballe, comme s'il fallait s'affranchir du déguisement pour épouser un mouvement culturel et rendre authentique leur musique. Je n'ai rien contre les gros barbus et j'aime plus que tout le mouvement folk, mais le principe des costumes me fait horreur. Eels; William Fitzsimmons (magnifique album 2009); Edward Sharpe; The Black Crowes; Herman Dune ....... adhèrent à ce profil qui s'étend. Certes ce n'est ici qu'une petite remarque, il n'empêche, l'habit ne fait pas le moine, et notre barbu hippie national vient de sortir son deuxième album loin des sentiers country ancestraux au collectif « t'en veux??? ». JP Nataf, totalement mésestimé depuis qu'il a lâché imberbe son collectif à lui (Les Innocents), vient d'offrir « Clair », une merveilleuse collection de chansons pop françaises proche de Matthieu Boogaerts à la visibilité plus franche. Hébergé chez Tot ou tard, ce chanteur « imbécile » dirigé alors par Olivier Libaux a d'ailleurs participé à la compilation hommage pour l'anniversaire du label. Un disque très très bon, poil au menton.

JP NATAF 2009 "Clair" label = tot ou tard

quand on aime : Matthieu Boogaerts; les Iinnocents; tot ou tard