mercredi 28 mai 2008

Vandaveer


Les racines bien trempées dans les terres de Dylan, comme l’annoncent toutes les promos qui accompagnent la sortie du nouvel album de Vandaveer. « Grace & Speed » engage un folk clair à la manière d’un songwriter illuminé. Si l’on remonte le long du tronc des origines folk, on se retrouve aux confins des bois de Fargo, là où vient se ballader Matt Helleberg ou encore Micah-P Hinson. C’est beaucoup moins sombre que ce dernier, ici flottent de somptueuses mélodies, léger comme des chansons de Jack Johnson quand il chante juste avec sa guitare « crooked mast ». « The streets is full of creeps » ; « Marianne, you’ve done it now » ; et « 2nd best » sont des sommets pop, le genre de petits airs frais qui nous réconcilient avec nos vies trépidantes et cancérigènes. A grand coup de cordes entêtantes et dansantes, les accords chassent les vagues à l’âme. Un petit vent de clarinette s’invite au hasard de quelques chansons. Un petit monde boisé cartonné et lunaire comme dans un conte fantastique à travers lequel Charles Vandaveer nous convie, à l'image de la pochette : petit arbre suspendu aux racines étoilées, comme le bout de ses doigts.

Quand on aime : Bob Dylan ; Micah-P Hinson ; Matt Helleberg ; Jack Johnson

samedi 24 mai 2008

L'Ocelle Mare




Le métronome bat la castagnette, et les instruments dansent autour à la mesure d’un flamenco introverti. Un monde décousu éraille quelques accords jazz en trans. Des élans classiques hispanisant sont finalement décomposés afin de mieux réapparaître dans leur propre texture..
Comme le premier album de Thomas Bonvalet, « porte d’octobre » est court et sans piste. Un format fidèle et une densité musicale acidifiée par une déstructuration des arpèges afin de les proposer dans une optique différente. Les tempi sont soutenus et l’exploration musicale profonde. La guitare est branchée alors qu’elle heurte et raille l’homogénéité du disque dans un brouhaha apocalyptique. Un objet précieux, un autre tableau.
Le Cheval de frise se meurt et L’Ocelle Mare resplendit d’une fraîcheur créative qui explose tous les formats et dérange les formes les plus académiques.

L'OCELLE MARRE 2008 "porte d'octobre" label : souterrains-refuges

mercredi 14 mai 2008




Hope Sandoval ; Cat Power et Stina Nordenstam sont dorénavant des icônes référentiels dont personne n’ose contredire l’envergure depuis qu’elles ont placé chacune d’entre elles des pièces artistiques indéboulonnables. Elles sont les étiquettes-songwriters les plus utilisées pour définir l’art des filles qui depuis sortent des disques dans la lignée d’un folk/pop romantico-mélancolique aux voix extrêmement séduisantes.
Le tri est considérable parmi les chanteuses qui se réclament de cette hérédité et la référence se dispute, on se chamaille l’étiquette, et pourtant tant de déchets et d’albums à écarter.
C’est dans les bas-fond de l’underground musical indépendant qu’il faut aller chercher la perle comme un hommage humble et sincère aux icônes idolâtrés.
SILJES NES œuvre dans l’isolation totale en assurant presque tout. Et pourtant le son de « ames room » est complexe et délicieux. L’intimité est poussée à son extrème, la norvégienne convoque Stina Nordenstam à l’heure de « people are strange » dans un miracle de pudeur ambiante. Des idées sonores, des choix d’instruments, une atmosphère délicate, bricolée acoustiquement avec une légère touche electro. Exceptée « searching white » qui nous emmène dans l’électricité de Polly Jean Harvey période « Desire », l’invitation à l’épure pastel des pièces nordiques tendrement mélancoliques est totale.
Un peu plus rare, dans les profondeurs collectives de quelques labels heureux que l’on aime découvrir au détour d’une curiosité artistique hasardeuse ou affiliée à des confrères plus connus, BLANKET avec son album unique « Blankit » épouse sans controverse aucune le fantôme de Mazzy Star. Tant de pâles copies depuis et Vicky Steer qui vient s’emparer du spectre d’Hope Sandoval avec tellement de facilité…. A tel point qu’on se demande si ce n’est pas elle qui ressurgit dans un ultime projet collectif. L’album est constant, fidèle à une ligne dépouillée, romantique, langoureuse, extrêmement poétique. Le même drame hante la voix légère de Vicky, admirablement servit par trois musiciens acoustiques. D’obédience acid-folk, le label Try Harder héberge là son disque le plus lisse, poli et coincé entre quelques groupes barrés (Jonquil ; Blood red shoes..). Divin et difficile à dénicher donc; la surprise est totale.
Cat Power..... qui peut s’attaquer aux façades « casse-gueule » et vertigineuses de Shan Marshall depuis qu’elle a plafonné et placé définitivement au sommet « you are free ». Dépouillé et épuré de la même façon, Emily Jane White grimpe en rappel et sans filet la face nord avec une aisance décontractée, souvent à la guitare, quelquefois au piano, et toujours accompagnée de percussions timides, et de quelques cordes plus graves (basse et violoncelle). La gémellité réside dans la voix, de même, les compositions ne manquent pas de décortiquer le phrasé, la mélodie et le jeu des cordes. Comme s’ils étaient joués en live, les morceaux défilent dans une texture brute sans aucun artifice, joué à la maison, dans le même degré d’intimité que ses deux folkeuses précédentes. " Dagger " est balancé tel quel avec ses fausses notes, mais dont l’harmonie des accords plaque et boulverse. " wild tigers i have know " est directement tiré de "you are free". Il faut attendre "blue” en 8 ième position afin d’être définitivement étourdit dans une ballade électrique entêtante et belle à valser. "Dark undercoat" est distribué en France chez Talitres qui place ici une de ces pièces folk maîtresse.
Etiquettes ou pas ces trois albums s’écoutent dans une apaisante parenthèse musicale, enracinée ou pas.

SILJE NES « ames room » 2007 label : fat-cat
http://www.fat-cat.co.uk/

BLANKETblankit” 2007 label : try harder
http://www.tryharderrecords.com/

EMILY JANE WHITEdark undercoat” 2008 label : talitres
http://www.talitres.com/

jeudi 8 mai 2008

Autistic Daughters


Allez, assez rigolé, si on revenait aux choses sérieuses, après cette pause « joviale », cette page de pub, revenons au film de la vie qui dégouline sur le quotidien inéluctablement, de son flot visqueux au débit mou qui coule dans les veines ou gicle de la terre. "Uneasy Flowers" d’Autistic Daughters happe par son mystère silencieux et terriblement dosé. L’ambiance planante est structurée autour d’une tension sourde qui n’explose jamais, même si quelques scratch électro et électriques s’échappent ponctuellement comme pour libérer un peu de pression. Les morceaux sont coincés entre l’expérimental et l’envie d’exprimer une pop abîmée par des dérives de nappes ambiantes. Le chant, à la pointe d’un Xiu Xiu endormi, épouse les brumes sonores à merveille et les chaos électro viennent nous secouer d’une torpeur épaisse, le coma n’est pas irréversible "Gin over sour milk". De cette douceur opiacée vient suer une angoisse soulagée, une bienséance perturbée par une vision légèrement étourdissante dont on ne sort qu’à la dernière note. De tendance « Xiu Xiuienne » donc, l’ambiance reste saumâtre malgré le flot bouillant d’une eau qui ne déborde jamais.
Le CV artistique des membres du groupe emmené par Dean Roberts n’enlève rien au pesant de l’atmosphère générale : Brandlmayr, Dafeldecker, Valerio Tricoli ( qui a lancé chez kranky le groupe Be mine tonight), Chris Abraham (membre des THE NECKS chez Rer records) et Martin Siewert (électroniquement hébergé chez Mosz records). Une alchimie en ébullition qui joue sans cesse avec le silence. Ce contraste sonore coincé entre pop minimale et disséquée, jazz anesthésié et expérimentation chantée a déjà été jouée du côté de Samadhisound de David Sylvian, ainsi que Bed période « the newton plum » ou encore Mark Hollis lors de sa seule escapade solo, et finalement lors des expérimentations jazz des sombres Crescent.
Sur "Rehana’s theme", des nappes organiques clairs viennent longuement ponctuer une intro folk de 2 minutes que Michael Gira aurait pu exécuter. De Gira à Bed l’ambiance nous perd sur un seul morceau. Comme il est bon de ne pas savoir où l’on est. Une électronica syncopée suit timidement avec "liquid and starch". La plénitude et la contemplation du jazz squelettique peuvent rappeler Trappist par moment. "Richest woman" in the world est tiraillée entre un piano qui peine à temporiser tandis que les guitares allergisantes viennent irriter la surface plane du morceau, on est alors dans les nimbes de Constellation. La pochette est une vitrine fidèle au contenu, une lumière arrière pâle qui pousse vers un chemin timide, une invitation à la pénombre.
L’album précédent de même accointance est sorti chez Kranky, Uneasy Flowers chez Kranky et Staubgold…Autistic Daughters est un groupe complet que beaucoup de collectifs auraient put héberger… des labels mystérieux et mythiques où l’on ne rigole pas des masses, mais chez lesquels la gaudriole n'est pas de mise.

Quand on aime : Constellation, Xiu Xiu, Gira, trappist, Bed (the newton plum ) , Crescent.