jeudi 16 octobre 2008

LA JR (acuarela discos)



Du côté de Madrid se cache un collectif aussi solide et majestueux que les massifs de la Guadalarama qui entoure la capitale. Au beau milieu de la péninsule ibérique se trouve un label acuarela discos qui exerce depuis 1999, année où sortit une compilation extrêmement rare « Brumario », regroupant une collection d’inédits de MIGALA à Nacho VEGAS en passant par MUS et JR. Devaient alors fleurir toutes les plus claires pastelles d’Espagne pour un catalogue sans faute à l’étendu très vite internationale. A l’époque où la lyre symbolisait le label naissant, des amorces de groupes devenus cultes affichaient leurs identités lumineuses. Il est bien question de brume, d’aquarelle, d’eau et de lumière.
Depuis cette aire nouvelle, se bousculent quelques références entremêlées de nouveautés toutes aussi contrastées : Aroah (et les début du guitariste Nacho Vegas maintenant sur son propre label limbostarr) ; Mus ; Refree ; Viva Las Vegas ; The Zephyrs ; le cultissime Sr Chinarro et sa grosse discographie ; puis Apse pour les nouveaux, ainsi que Tex La Homa (qui se balade aussi chez milk and moon et talitres) ; Remate ; Grupo Salvajes ; The Secret Society ; Parenthetical Girl…. C’est aussi une collection sans précédent de mini-album avec des visites éclaires comme Dominique A ; Piano Magic ; Jack/Jacques ; Tex La Homa qui vient de confirmer son adhésion avec un album grandiose sans plus aucune touche électronique, comme si le passage chez Acuarela avait lavé l’âme de toute lumière artificielle pour une lueur océanique pure et vivifiante; puis Julie Doiron/ Okkervill River habituellement chez Jagjaguwar pour un split unique.
C’est encore des compilations simple, double et même triple regroupant les lumières pastelles de tous les horizons, avec toujours le même thème de l’eau pour tous les artistes invités. Enfin ; il est un précurseur de talents incommensurables avec par exemple Migala et les premières apparitions de Xiu Xiu avec leurs deux meilleurs album :« fabulous muscles » et « forêt ».
Comme chez Constellation les musiciens d’acuarela sont omniprésents et interchangeables. Migala reste le plus gros vivier d’artistes de génies dont les frères Yturiega (emak bakia ; El Hijo ; Num9 ; et dernièrement Fantasy Bar en compagnie d’un autre Migala, Abel Hernadez). De la même façon, Viva Las Vegas et Manta Ray ont laissé échapper Frank Rudow à la batterie qui avec Rafael Martinez Del Pozo et Borja Fernandez Fernadez (apellé maintenant Fransisco Deborja) ont formé un groupe des plus lumineux même si de moindre renommée.
Un premier disque « 127 » sous le nom de JR en 1999 donnait déjà lieu à une expérimentation ambiante et jazzy avec une voix éthérée proche des angoisses plaintives de Xiu Xiu qui apparaîtra sur le catalogue 5 ans plus tard. 127JR est devenu introuvable et les moteurs de recherches informatiques les plus élaborés ne laissent rien échapper. C’est avec LA JR en 2004 que la voix se plaça au beau milieu de Nacho Vegas et Sr Chinarro. Les percussions jazz recadraient le jeu avec assurance et exactitude. La prédominance des guitares douces rappelaient vaguement les travaux ambiants de Vincent Gallo sur "When" ou ceux de Sacha Toorop avec Dominique A période « l’attirance » et « remué ».
Plus discrètes sur « Dos Casas » en 2006, les guitares devaient s’estomper derrière un piano répétitif qui rappellaient quelques grands classiques de Dave Brubeck quartet (le pianiste Paul Desmond) : « la decoracion 1 ». Adoptant alors un climat plus sombre et de plus en plus maîtrisé, La Jr semblait vouloir définitivement épouser le silence pour accomplir leur musique. Bed ; Mark Hollis et Crescent basaient de la même façon leur free-jazz lumineux sur le silence, exactement comme l’aquarelle se repose sur le blanc du papier pour donner la lumière à l’œuvre. Qui d’autre mieux que La Jr peut exprimer en quelques notes et quatre album la clarté douce et pastelle qui se dégage d’Acuarela discos.
"17 animales", la nouvelle production du trio maintenant bien rodé laisse place à un jazz beaucoup plus expérimental, mais tout aussi cristallin. C’est à la manière de Robert Wyatt que défilent ces 17 pièces concentrées et totalement libres. Le piano joue sans cesse avec les percussions. Des cuivres batifolent et gambadent à travers les nappes de lumières. « Estoy muy confuso » montre que le silence est toujours en bruit de fond et reste le canevas de cette architecture dégingandée. Les voix se taisent et les ambiances s’installent.
Chaque production de La Jr apporte une touche d’originalité, une lumière différente mais toujours aussi belle, comme si l’histoire de ce trio semblait suivre les rayons du soleil, au fil d’une journée ou des saisons. Un grand disque aux milles idées pour trois artistes de talent et un hébergement madrilène logique et approprié.
LA JR : "127lajr" 1999; "LA JR" 2004; "dos casas" 2006; "17 animales" 2008
label : acuarela discos
quand on aime : Bed; Crescent; Mark Hollis; Dave Brubeck quartet; Sr Chinarro; Robert Wyatt

lundi 13 octobre 2008

Melpo mene


Comment parler d’un coup de cœur en laissant au vestiaire les épithètes pompeuses et tirades incessantes à propos d’un disque qui tourne inlassablement sur la platine pendant des trajets et des soirées entières. Peu importe les contrées, les influences et l’ identité d’un artistes qui vous caresse l’affect, il suffit d’aimer l’entendre, d’épouser son expression et ses couleurs. « Bring the lions out » de Melpo Mene est un disque « coup de cœur » qu’il est difficile de défendre avec des mots. Un lyrisme parfait habite chacune des chansons de l’album pour une pop romantique, jazzy diluée avec goutte de douce mélancolie.
Comment défendre un disque à la disponibilité ponctuelle, même si généreuse, aux critiques élogieuses et unanimes, si ce n’est qu’il suffit juste de se laisser séduire par les embruns chlorophylliens des chutes d’eau, avec le trait d’or et les lettres vermillon de la pochette dessinée par Donna Francis. Le romantisme est lysergique, la mélodie tropicale, et les instruments en harmonie sont en osmose parfaite avec la voix d’Erick Mattiasson.
La fragilité d’une symbiose en équilibre suinte de chaque harmonie dans une grâce sucrée.
C’est avec « snakes and lions » que les glandes lacrymales chantent et que les viscères s’oxygènent. Une chanson bouleversante qui fait de notre pauvre condition de bipède une chimère volatile à se jeter d’une falaise pour planer au dessus des flots ou d’une vallée perdue. Entêtant et enthousiasmant le morceau soulève et porte, un hymne à la vie saisissant. "jedi" et " under the moon" achèvent par la beauté lunaire des choeurs et des mélodies à fleur de peau.
Un album qui rappelle un autre coup cœur similaire dans la voix et la façon d’aborder la musique romantique, Parsley Sound en 2003….autre inexplicable préférence musicale.
Melpo Mene "bring the lions out" 2008 label : imperial recordings
quand on aime : parsley sound; the sleeping years

Scott Tuma


S’il fallait trancher et choisir parmi les nominés de la meilleure bande son idéale d’une sieste comateuse assommée par une canicule torride, « Not for nobody » de Scott Tuma remporterait tous les suffrages.
La pose apathique commence par un chant mutin interprété par une petite créature inoffensive mais dont l’hospitalité n’a de beauté que dans le mythique, le fantastique romantique qu’une guitare timide et minimale accompagne avec amour. Un bruit de fond vague nous laisse deviner que l’on est encore à demi conscient… « nobody (river of tin) ». Le petit Willow s’efface pour laisser place à des instrumentaux fleurtant avec un minimalisme acoustique à peine moins acide mais beaucoup plus anesthésié que Ben Chasny (six organs of admittance) ou Jack Rose : « fishen » ; « tiktaalik » ; « jason » ; « rakes ». Quelques nappes inquiétantes et répétitives nous mènent dans les contrées ténébreuses de Black Heart Procession « eloper ». Tandis que « moccasoclea » rappelle un bord de rivière mis en scène par les Floyd dans « Ummaguma », « heeler » ; « newjoy » et « cimbal » nous attirent dans les profondeurs les plus irréversibles avec des nappes organiques quasiment pieuses. La sieste devient vaporeuse et ondulante, le son coule dans les veines comme un anesthésiant visqueux, l’artifice est à son comble et l’on se sent happé par ce sol incandescent. La chape caniculaire devient toxique et vacillante. Le trouble inconscient est à son comble lorsque le violon de Jason Ajemian peine à suivre l’orgue religieux noyé au milieu des oiseaux ambiants. « Loversrock 1 » est doux comme les premiers travaux de fonda 500 ou d’un Gorky’s Zygotic Mynci dans ses heures les plus folk.
La mélodie superbe qui nous plongea avec le « nobody .. » introductif, vient, comme un réveil divin nous rappeler à la vie « reprieved ». Engourdi, les pensées ankylosées, le retour à la réalité risque d’être douloureux. Il ne tient qu’à nous de repasser ce chant cristallin comme s’il était le début, le dos appuyé contre un arbre, à l’abris du plomb solaire, et entouré de mille corbeaux blancs comme imprimés sur la pochette recyclable.
« Not for nobody » de Scott Tuma est édité chez digitalis arts and crafts, un label unique qui propose ses productions au compte gouttes, sous forme d’éditions limitées (500 exemplaires) comme sous forme de CDr avec le catalogue digital industries et foxglove. Aussi rares que les pièces bâtissant le catalogue de ce monde folk ambiant expérimental, l’invitation à la sieste de Scott Tuma restera précieuse et exclusive.
Scott Tuma "not for nobody" 2008 label : digitalis arts and crafts editions"
quand on aime : fonda 500 (autumn: winter collection); Ben Chasny

mercredi 1 octobre 2008

Ratatat


LP’3, le nouvel opus de Ratatat commence dans une tourmente mélancolique organique des plus tenaces. Un des vague à l’âme que Rob distillait à merveille dans « don’t kill Rob » . C’est sûr on est ailleurs, dans les nimbes musicales foutraques aux milles facettes : De Rob à Mike Oldfield pour les guitares optimistes, de Air à Daft Punk pour les ambiances souvent électro planantes et quelquefois techno ; de Prudence pour les rebondissements pétillants à Sébastien Tellier pour les nappes inquiétantes de « l’incroyable vérité » ; De Kim pour ses jams fiévreux à Metronomy pour ses mélodies primesautières et dansantes.
Le tout est somptueusement construit avec pour seul dénominateur commun à tous ces artistes, l’intelligence totale synthétisée pour ce magnifique tourbillon d’instrumentaux.
Assez fidèle aux deux précédents album ; LP’3 est toutefois moins musclé, plus lumineux et raffiné. Une réussite totale.

RATATAT « LP’3 » 2008 label : X L recordings

quand on aime : Rob; Mike Oldfield; Prudence; Air; Kim

mercredi 17 septembre 2008

Wilco


Petite retouche des préférences 2007 en guise de reprise. Peut être aura-t-il fallu attendre la trêve estivale afin de prendre le temps d’écouter quelques galettes bâclées et stockées hâtivement sur un coin d’étagère. Révélation flash dès cette deuxième écoute attentive, « Sky blue sky » de Wilco vient inopinément colmater quelques fissures d’un bilan finalement jamais définitif. La rage de n’avoir pas tendu l’affect et d’avoir laissé reposer une telle œuvre d’art pop/rock devait faire tourner cet adage numérique inlassablement sur la platine une bonne dizaine de fois d’affilée.
Wilco déjà classé au rang des grands groupes internationaux depuis quelques années, ne déroge pas à l’unanimité des éloges qui jaillissent de chacune de leur production. Directement fleuri de la branche MacCartney/Dylan, cette collection de chansons imparables s’impose comme une évidence. Un disque classieux sur lequel toute la grâce s’est déposée validant directement ma préférence discographique du groupe. Jamais Wilco n’avait proposé une telle cohérence et homogénéité dans la perfection.
« Either way » arrive comme une introduction folk qu’ Elvis Perkins a dû écouter comme une obsession, la transition claque juste après pour une merveille pop que la soul vient troubler au beau milieu du morceau. Le chant s’élève, les guitares tintinnabulent avant de retrouver la quiétude baladine du début. « Sky blue sky » reprend la veine boisée d’ « Either way » à foutre la chair de poule, tandis que des soli lisses de guitare viennent relever quelques morceaux « impossible germany » ; « Side with seeds » ajoutant alors une touche progressive très discrète. « Hate it here » vient confondre Ron Sexsmith et Neil Young période « are you passionate ? » dans une décontraction indécente à telle point que l’on croit tenir le slow le plus torride de l’année (oui dernière, je sais) s’il n’y avait pas ce refrain qui nous ramène directement à « Birthday » du double blanc. « Leave me » arrive comme une pause instrumentale avant un ultime retour à la fibre Mac Cartney omniprésente sur l’album.
Une effrayante absence de ma part donc que je pourrais justifier de justesse par cette évidence que « Sky blue sky » pourrait être un des meilleur disque pop/rock…de tous les temps….ouf. Depuis, je guette avec un systématisme suspicieux chaque boîtier déposé sur ce coin d’étagère et je me « blind-teste » l’émotion afin d’y débusquer l’oubli, la négligence d’une œuvre jouant à cache-cache avec mon étourderie.

WILCO 2007 "sky blue sky" label : nonesuch

Quand on aime : MacCartney; Neil Young; Bob Dylan

mercredi 18 juin 2008

The Chap




Etre le plus juste, synthétiser au mieux les sensations, trouver l’épithète le plus fidèle afin de restituer l’émotion inoculée par une musique n'est pas un exercice facile. Le juste accord entre le mot et l’émotion via un son est un autre entrecroisement d’inspirations artistiques.
Tout se complique lorsqu’il s’agit de traduire ce que l’on ressent à l’écoute d’un disque à travers lequel toutes les émotions défilent. Et l’on reste ainsi plaqué à la recherche d’une explication, dubitatif et saisi d’une euphorie inexplicable.
« Mega breakfast » ,le troisième album de THE CHAP est une œuvre parfaite, totale, un concentré bouillant, compulsant sur dix pistes tous les styles et toutes les émotions.
"The Horse" en 2003 puis "Ham"en 2005 nous avaient déjà mis la puce à l’oreille, deux coups de semonce percutant côtoyant les sommets. Cette fois-ci la cime est atteinte, l’idée sonore est décuplée et amenée à son apogée de puissance tout en gardant une optique d’amusement et de décontraction. Il en sort une extraordinaire facilité, une évidence à interpréter du matériel musical complexe et génial. Le génie peut se résumer à ça, la vision d’un art qui dans sa complexité la plus profonde, laisse échapper un sentiment d’aisance et de grande maîtrise. Il s’agit de transcender chaque idée, en extraire la moelle et faire de chaque chanson un aboutissement. Chaque détail est pesé, et ajustés au millimètre. Les élans pulsent la vitesse sonique à une jubilation éclaire et on est étourdit par la fougue des accords de guitares de « Proper rock » qui répondent à des chœurs graves et solennels.
La liste serait longue et exhaustive afin de définir les influences, les mélanges et styles de ce disque londonien aux mille plaisirs syncopés. Un adjectif pourtant pourrait résumer cette explosion dadaïste, cet orgasme musical: jouissif.

THE CHAP 2008 "mega breakfast" label : Lo-recordings

Jack Johnson


Sur la pochette du disque est inscrit "Recorded with 100% solar energy"...solaire, la musique l'est aussi.

JACK JOHNSON 2008 "sleep through the static" label : brushfire records.

www.jackjohnsonmusic.com

lundi 9 juin 2008

Nik Freitas


Moult opus d’obédience pop légère, ludique et magique sont étiquetées du génie de MacCartney depuis que le plus chansonnier des Beatles n’a cessé de rester jeune et créatif. L’universalité de ses chansons a rangé une foule de petits chanteurs surfant à volonté sur le dos mordoré des scarabées fantômes.
Catalogué de chiant et de triste par la plupart des critiques, George Harrison est celui des 4 vers lequel l’étiquette Beatles fut la moins généreuse.
« Sun down », le dernier album de Nik Freitas, peut se décorer de cet héritage musical. La branche Harrison bourgeonne de chansonnettes ludiques et légères, extraordinairement jeunes et lyriques avec une voix confondante « all the way down » , cette arborescence sur laquelle on peut aussi rencontrer quelques confrères baladins comme les frères Nourrallah. Ainsi, quelques slows langoureux et sensibles viennent entrelarder des chansons pop plus rythmées aux héritages Fab Four. Même la production de « Sophie » semble être dirigée par Jeff Lynne, qui modela un des plus bel album d’Harrisson, « Cloud nine ».
Un vrai petit bonheur de disque plein de bonne humeur révélateur d’une injustice médiatique historique, Georges Harrison n’est pas chiant, ni triste.

NIK FREITAS 2008 "sun down" label : team-lov

mercredi 28 mai 2008

Vandaveer


Les racines bien trempées dans les terres de Dylan, comme l’annoncent toutes les promos qui accompagnent la sortie du nouvel album de Vandaveer. « Grace & Speed » engage un folk clair à la manière d’un songwriter illuminé. Si l’on remonte le long du tronc des origines folk, on se retrouve aux confins des bois de Fargo, là où vient se ballader Matt Helleberg ou encore Micah-P Hinson. C’est beaucoup moins sombre que ce dernier, ici flottent de somptueuses mélodies, léger comme des chansons de Jack Johnson quand il chante juste avec sa guitare « crooked mast ». « The streets is full of creeps » ; « Marianne, you’ve done it now » ; et « 2nd best » sont des sommets pop, le genre de petits airs frais qui nous réconcilient avec nos vies trépidantes et cancérigènes. A grand coup de cordes entêtantes et dansantes, les accords chassent les vagues à l’âme. Un petit vent de clarinette s’invite au hasard de quelques chansons. Un petit monde boisé cartonné et lunaire comme dans un conte fantastique à travers lequel Charles Vandaveer nous convie, à l'image de la pochette : petit arbre suspendu aux racines étoilées, comme le bout de ses doigts.

Quand on aime : Bob Dylan ; Micah-P Hinson ; Matt Helleberg ; Jack Johnson

samedi 24 mai 2008

L'Ocelle Mare




Le métronome bat la castagnette, et les instruments dansent autour à la mesure d’un flamenco introverti. Un monde décousu éraille quelques accords jazz en trans. Des élans classiques hispanisant sont finalement décomposés afin de mieux réapparaître dans leur propre texture..
Comme le premier album de Thomas Bonvalet, « porte d’octobre » est court et sans piste. Un format fidèle et une densité musicale acidifiée par une déstructuration des arpèges afin de les proposer dans une optique différente. Les tempi sont soutenus et l’exploration musicale profonde. La guitare est branchée alors qu’elle heurte et raille l’homogénéité du disque dans un brouhaha apocalyptique. Un objet précieux, un autre tableau.
Le Cheval de frise se meurt et L’Ocelle Mare resplendit d’une fraîcheur créative qui explose tous les formats et dérange les formes les plus académiques.

L'OCELLE MARRE 2008 "porte d'octobre" label : souterrains-refuges

mercredi 14 mai 2008




Hope Sandoval ; Cat Power et Stina Nordenstam sont dorénavant des icônes référentiels dont personne n’ose contredire l’envergure depuis qu’elles ont placé chacune d’entre elles des pièces artistiques indéboulonnables. Elles sont les étiquettes-songwriters les plus utilisées pour définir l’art des filles qui depuis sortent des disques dans la lignée d’un folk/pop romantico-mélancolique aux voix extrêmement séduisantes.
Le tri est considérable parmi les chanteuses qui se réclament de cette hérédité et la référence se dispute, on se chamaille l’étiquette, et pourtant tant de déchets et d’albums à écarter.
C’est dans les bas-fond de l’underground musical indépendant qu’il faut aller chercher la perle comme un hommage humble et sincère aux icônes idolâtrés.
SILJES NES œuvre dans l’isolation totale en assurant presque tout. Et pourtant le son de « ames room » est complexe et délicieux. L’intimité est poussée à son extrème, la norvégienne convoque Stina Nordenstam à l’heure de « people are strange » dans un miracle de pudeur ambiante. Des idées sonores, des choix d’instruments, une atmosphère délicate, bricolée acoustiquement avec une légère touche electro. Exceptée « searching white » qui nous emmène dans l’électricité de Polly Jean Harvey période « Desire », l’invitation à l’épure pastel des pièces nordiques tendrement mélancoliques est totale.
Un peu plus rare, dans les profondeurs collectives de quelques labels heureux que l’on aime découvrir au détour d’une curiosité artistique hasardeuse ou affiliée à des confrères plus connus, BLANKET avec son album unique « Blankit » épouse sans controverse aucune le fantôme de Mazzy Star. Tant de pâles copies depuis et Vicky Steer qui vient s’emparer du spectre d’Hope Sandoval avec tellement de facilité…. A tel point qu’on se demande si ce n’est pas elle qui ressurgit dans un ultime projet collectif. L’album est constant, fidèle à une ligne dépouillée, romantique, langoureuse, extrêmement poétique. Le même drame hante la voix légère de Vicky, admirablement servit par trois musiciens acoustiques. D’obédience acid-folk, le label Try Harder héberge là son disque le plus lisse, poli et coincé entre quelques groupes barrés (Jonquil ; Blood red shoes..). Divin et difficile à dénicher donc; la surprise est totale.
Cat Power..... qui peut s’attaquer aux façades « casse-gueule » et vertigineuses de Shan Marshall depuis qu’elle a plafonné et placé définitivement au sommet « you are free ». Dépouillé et épuré de la même façon, Emily Jane White grimpe en rappel et sans filet la face nord avec une aisance décontractée, souvent à la guitare, quelquefois au piano, et toujours accompagnée de percussions timides, et de quelques cordes plus graves (basse et violoncelle). La gémellité réside dans la voix, de même, les compositions ne manquent pas de décortiquer le phrasé, la mélodie et le jeu des cordes. Comme s’ils étaient joués en live, les morceaux défilent dans une texture brute sans aucun artifice, joué à la maison, dans le même degré d’intimité que ses deux folkeuses précédentes. " Dagger " est balancé tel quel avec ses fausses notes, mais dont l’harmonie des accords plaque et boulverse. " wild tigers i have know " est directement tiré de "you are free". Il faut attendre "blue” en 8 ième position afin d’être définitivement étourdit dans une ballade électrique entêtante et belle à valser. "Dark undercoat" est distribué en France chez Talitres qui place ici une de ces pièces folk maîtresse.
Etiquettes ou pas ces trois albums s’écoutent dans une apaisante parenthèse musicale, enracinée ou pas.

SILJE NES « ames room » 2007 label : fat-cat
http://www.fat-cat.co.uk/

BLANKETblankit” 2007 label : try harder
http://www.tryharderrecords.com/

EMILY JANE WHITEdark undercoat” 2008 label : talitres
http://www.talitres.com/

jeudi 8 mai 2008

Autistic Daughters


Allez, assez rigolé, si on revenait aux choses sérieuses, après cette pause « joviale », cette page de pub, revenons au film de la vie qui dégouline sur le quotidien inéluctablement, de son flot visqueux au débit mou qui coule dans les veines ou gicle de la terre. "Uneasy Flowers" d’Autistic Daughters happe par son mystère silencieux et terriblement dosé. L’ambiance planante est structurée autour d’une tension sourde qui n’explose jamais, même si quelques scratch électro et électriques s’échappent ponctuellement comme pour libérer un peu de pression. Les morceaux sont coincés entre l’expérimental et l’envie d’exprimer une pop abîmée par des dérives de nappes ambiantes. Le chant, à la pointe d’un Xiu Xiu endormi, épouse les brumes sonores à merveille et les chaos électro viennent nous secouer d’une torpeur épaisse, le coma n’est pas irréversible "Gin over sour milk". De cette douceur opiacée vient suer une angoisse soulagée, une bienséance perturbée par une vision légèrement étourdissante dont on ne sort qu’à la dernière note. De tendance « Xiu Xiuienne » donc, l’ambiance reste saumâtre malgré le flot bouillant d’une eau qui ne déborde jamais.
Le CV artistique des membres du groupe emmené par Dean Roberts n’enlève rien au pesant de l’atmosphère générale : Brandlmayr, Dafeldecker, Valerio Tricoli ( qui a lancé chez kranky le groupe Be mine tonight), Chris Abraham (membre des THE NECKS chez Rer records) et Martin Siewert (électroniquement hébergé chez Mosz records). Une alchimie en ébullition qui joue sans cesse avec le silence. Ce contraste sonore coincé entre pop minimale et disséquée, jazz anesthésié et expérimentation chantée a déjà été jouée du côté de Samadhisound de David Sylvian, ainsi que Bed période « the newton plum » ou encore Mark Hollis lors de sa seule escapade solo, et finalement lors des expérimentations jazz des sombres Crescent.
Sur "Rehana’s theme", des nappes organiques clairs viennent longuement ponctuer une intro folk de 2 minutes que Michael Gira aurait pu exécuter. De Gira à Bed l’ambiance nous perd sur un seul morceau. Comme il est bon de ne pas savoir où l’on est. Une électronica syncopée suit timidement avec "liquid and starch". La plénitude et la contemplation du jazz squelettique peuvent rappeler Trappist par moment. "Richest woman" in the world est tiraillée entre un piano qui peine à temporiser tandis que les guitares allergisantes viennent irriter la surface plane du morceau, on est alors dans les nimbes de Constellation. La pochette est une vitrine fidèle au contenu, une lumière arrière pâle qui pousse vers un chemin timide, une invitation à la pénombre.
L’album précédent de même accointance est sorti chez Kranky, Uneasy Flowers chez Kranky et Staubgold…Autistic Daughters est un groupe complet que beaucoup de collectifs auraient put héberger… des labels mystérieux et mythiques où l’on ne rigole pas des masses, mais chez lesquels la gaudriole n'est pas de mise.

Quand on aime : Constellation, Xiu Xiu, Gira, trappist, Bed (the newton plum ) , Crescent.

mercredi 23 avril 2008

Kim


Puisque nous flottons à la surface et respirons à plein poumon l’air frais et gai de la musique pop, voici, à peine déposé dans les bacs, « Don Lee Doo » de Kim . Dès la deuxième écoute la séduction s’installe et communique une humeur légère et enjouée. Les chansons défilent sans aucun interlude silencieux, elles s’enchaînent à la façon d’un album concept comme on en fait plus. Le son est rétro, les mélodies imparables et les idées sonores lumineuses. A la croisée de plusieurs influences et de genres, l’organique joue avec l’électrique et tout se mélange dans une alchimie parfaite, une recette idéale. « When the river turns around » commence par une intro façon Muse, mais fort heureusement, part sur une base de « running up that hill » de Kate Bush avec un esprit sonore à la Kim Wilde. « Don lee doo on belly bay » annonce d’emblée la couleur, nappes synthétique asiatiques, couplet chanté par Beck et refrain repris par un Mika parodié. « Because of Sylvie » est un sommet rock au tempo bien roulé, bouclé en deux minutes, juste ce qu’il faut pour aller à l’essentiel. D’ailleurs tout le disque est ainsi prompt, efficace et pertinent et s’inscrit dans son ensemble à travailler ce retour obsessionnel des années 80.
La pochette est à l’image du disque et de sa vocation initiale de dessinateur de bd, colorée flash fluo explosive, l’arrière décoré comme un drapeau et l’intérieur montrant un Kim omniprésent dans son appartement totalement occupé par la musique. Les instruments sont aussi totalement assurés par cet artiste complet et précoce à la formation jazz.
Les chansons allègent la démarche et hante à force de fredonner « radio grady ». Le disque se termine, après une course effrénée de 8 chansons non-stop avec deux morceaux qui s’étirent sur un peu plus de 6 minutes. « girl » avec son jam guitare joué comme un live. Puis la touche mélancolique finale sous les décors gothiques de Cure nappée de petites mélodies asiatiques « requiem for Don Lee Doo ».
Kim Stanislas Giani artiste méconnu malgré une discographie de 17 albums, est bordelais, le label aussi, c’est une belle surprise comme ont pu l’être les albums de Barth, ou de Rob, des confrères pop hexagonaux.

KIM 2008 "Don Lee Doo" label = vicious circle

Quand on aime : Barth; Rob (cure et kim wilde)

dimanche 20 avril 2008

Kelley Stoltz


Comme transition idéale à Benjy Ferree, on peut s’interroger sur l’empreinte laissée par les disques joyeux dans l’histoire de la musique. Evidemment nous connaissons tous plusieurs chansons de Mac Cartney, mais a-t-il laissé la même force mémorielle que Lennon ? Le charisme de ce dernier a toujours attiré les regards avec plus de ferveur.L’enfant éternel des belles ballades ludiques et sympathiques qu’était Paul fut assez secondaire. La légèreté des chansons a moins marqué l’histoire que les revendications politiques ou philosophiques de Lennon. Plus récemment, des groupes comme The Magic Numbers , Hal sont passés dans les tabloïds journalistiques et dans les bacs de disquaires comme un éclair. Ces disques respirent pourtant le bien être, la rondeur musicale, la générosité. Badly Drawn Boy ne résiste pas plus d’une saison aux ferveurs unanimes des mensuels musicaux.
Kelley Stolz sort son deuxième album dans le même esprit pop que cette famille d’artistes fous qui distillent un esprit léger de chansons parfaites. Benjy Feree chez Domino, Stoltz chez Sub Pop, un autre label indépendant renommé. C’est toujours du côté des Beatles qu’il faut aller gratter, les racines sont légèrement plus « lennoniennes », mais aussi non loin des vastes plaines des frères Nourralh « Tintinnabulation » et « something more », les deux sommets songwriting de l’album.
Les chansons blues défilent en fanfare cuivrée légèrement psychédéliques façon Velvet « everything begins », « the Birningham eccenter » puis « mother nature » avec son xylophone et sa sitar. Il faut mentionner que c’est l’œuvre d’un seul homme, omniprésent aux manettes mais aussi devant la quasi totalité des instruments.
Accueilli à bras ouvert par les critiques, on peut parier malgré la qualité et l’enthousiasme de cet opus, que « Circuloir Sounds » , déjà assez invisible des bacs ne restera injustement que très peu de temps dans les esprits. A garder donc personnellement au chaud, disponible pour écouter à n’importe quel moment quand on est à la recherche d’un peu d’énergie, de rêve et de flottement.


KELLEY STOLTZ 2008 "circuloir sounds" label = Sub Pop
http://www.kelleystoltz.com/
www.myspace.com/kelleystoltz

Quand on aime The Beatles ; Elvis Costello, Nourralh brother; Richard Hawley.

Benjy Ferree


« La peinture à l’huile c’est plus difficile que la peinture à l’eau », est-il plus facile d’écrire des chansons gaies que des morceaux tristes ? Le génie d’un Mac Cartney, Andy Partridge ou d’un Brian Wilson fait-il le poids face aux ténèbres de Tom Yorke ou de Jason Molina ? Au terme triste, je préfère beau, somptueux, il laisse libre court à des impressions, des états d’âmes, des interrogations, des introspections plus ou moins profondes et il suffit de laisser aller son vague à l’âme pour traduire concrètement et naturellement les pensées du moment, comme un exorcisme.
Dans cette optique là, il parait évident qu’une chanson joyeuse doit enclencher inversement une démarche de construction musicale et de texte adéquat, une architecture, une recette idéale et énergique afin que la magie opère. "Leaving the nest" de Benjy Feree est un disque gai, une collection de chansons pop dans sa définition la plus fidèle, assimilable par le plus grand nombre d’entre nous. Ça trottine et gambade joyeusement, l’ambiance générale est lumineuse, de la même lumière qui éclairait le génie de Mac Cartney quand il a sorti Ram en 1971, son deuxième album solo, à une époque où la planète entière lui affublait la lourde responsabilité d’avoir tué les Beatles. Un amusement sans retenue, une décontraction qui respire la liberté, des compositions sans contrainte aucune, sans but que d’engager un art ludique pour qu’il soit contagieux et bu avec légèreté. Ça siffle, ça violone, ça ballade équestre, c’est gratuit et libre. Ecouter « the dessert » et se laisser dériver par l’insouciance des harmonies, partir aussi loin que possible. Certes le danger du ressac plane, le retour à la réalité peut heurter violemment et c’est un peu ce que l’on peut reprocher à la gaîté : maquiller la réalité. Mais « they were here » guette juste derrière, pour en mettre une deuxième couche et l’on repart au galop, caressé dans le sens du poil. « Leaving the nest » sonne très Beatles, et « Hollywood sign » est piquée d’un zeste de Dylan.
Comment un autodidacte comme Mac Cartney a pu restituer de son cerveau illuminé des chansons comme « listen what the man said », ou « heart of the country », qui se souvient de « San Ferry Anne » figurant sur "Wings at the speed of sound" ? Des chansons parfaites, des remèdes à l’oppression, trois ou quatre minutes, des couplets, un refrain et une mélodie imparable.
On sait peu de choses de Benjy Feree, sinon qu’il a rebondi de la volonté d’être acteur à barman pour arriver dans un studio poussé par le batteur de Fugazi. C’est le grand label Domino qui assure la production du disque. En attendant d’en savoir plus sur cette fraîcheur artistique, dégustons « Leaving the nest », premier album de Benjy Feree, comme un doux moment sucré et heureux.

BENJY FERREE 2007 "Leaving Nest" label = domino

Quand on aime Paul MacCartney; Elvis Perkins

vendredi 18 avril 2008

Patrick Watson


« Close to paradise » de Patrick Watson est un objet volant non identifié, une œuvre rare venue des abords d’une cité magique, posée là dans les étagères de disquaires comme par magie, dévoilée et à la merci d’un regard curieux et ahuri. Une étrangeté enchanteresse, une utopie musicale bien réelle, le fantasme d’un pianiste fou qui laisse libre court à son imagination folle et enfantine.
Une telle épopée musicale mériterais une attention maximum, mais encore une fois s’offrir le luxe de capter un tel disque se mérite, prendre la peine d’être happé par la pochette féerique d’une cité perdue coincée au fond d’une bouteille, un témoignage imaginaire enfermé que l’on ramasse sur une plage, un monde échoué dans les bacs au plus grand étonnement du responsable de rayon qui doit se demander comment un tel disque à pu arriver jusqu’ici. Un mystère précieux offert au plus petit nombre d’entre nous.
Une fois le cap de la trouvaille passé, il suffit juste de se laisser transporter par le flot d’images, par la beauté conceptuelle panoramique et contemplative. Intemporels, dans un monde inconnu, les cuivres dansent avec les cordes, les notes de piano défilent comme dans un film de Tim Burton. Watson semble prendre la voix de Jeff Buckley, les mains de Satie pour dévoiler « Mr Tom », des paysages des Floyd période Atom Heart Mother « close to paradise » et le ludisme de Badly Drawn Boy « daydreamer » et « giver ». La présence étonnante d’Amon Tobin vient par moment peaufiner le son de quelques ondes électroniques très discrètes. C’est étourdissant, magnifiquement pop avec une multitude d’instruments.
Il est urgent de se ruer sur cette œuvre lourde de talent afin qu’il résiste le plus longtemps possible à l’indifférence, et qu’il ne soit pas comme semble se dessiner déjà son avenir, un projet éphémère dont plus personne ne parle. Je pense à d’autres projets comme Flotation Toy Warning par exemple qui possède le même panorama miraculeusement étendu et vaste, majestueux et lyrique de la même façon, gracieusement décalé du monde adulte, et qui est aussi déjà tombé dans l’oubli.
PATRICK WATSON 2007 "close to paradise" label = V2 / secret city records
Quand on aime Jeff Buckley; Pink Floyd; Badly Grown Boy; Flotation Toy Waring.

jeudi 17 avril 2008

Ilya.E Monosov


Alors que le printemps tarde à venir et qu’il étire interminablement son frimas gelé en venant pâlir le jaune du colza fleurissant, alors que devrait bouillir une nature féconde et juter un sol fertile, Ilya.E Monosov sort une œuvre dépouillée, décortiquée au maximum, coincée entre un folk clair et des textes psalmodiés. Le timbre vocal grave, placé au beau milieu d’un léonard Cohen jeune et un Buck65 anesthésié, alourdit l’ambiance lumineuse comme un clair-obscur.
On est sans cesse en équilibre entre un soleil timide qui essaye de percer et ce champ de colza brillamment saupoudré de givre. Le jeu de guitare est aussi placé du côté de Cohen, la production fine très acoustique est assurée par Greg Weeks qui n’en finit pas de collaborer. Monosov est de San Diego et ajoute une pierre à cette grande famille boisée. Aussi est-il hébergé par « language of stone », le tout nouveau label de G. Weeks qui abrite déjà Orion Rigel Dommisse, Ex Reverie et Mountain Home au sein duquel Monosov œuvre. Une pochette peu attirante offre un photomaton mal cadré, un gros plan instantané de l’artiste plombé par une apathie neurasthénique. Son arborescence artistique touche d’une branche le collectif eclipse-records où il vient exprimer un peu plus d’énergie en compagnie de Preston Swirnoff, lui-même fraîchement installé chez Last visible dog. D’artistes en collaborations, de labels en albums on aime se promener interminablement sur les sentiers désormais balisés du folk ressuscité.
Les chansons défilent comme une matinée fraîche et interminable, Ilya revendique clairement qu’il n’écrira jamais de chanson joyeuse, à quoi bon, les aurores ne sont que de pâles lueurs grandissantes, de douces naissances calmes et lentes. Toutes les cordes pleurent, le chant filtre à travers des brumes alcoolisées et la mélancolie par quelques percées morriconiennes épouse une beauté printanière malgré le froid nocturne qui mord encore la peau.

Ilya E. Monosov "seven lucky days, or how to fix songs for a broken heart" 2008 label = language of stone


Quand on aime Léonard Cohen; Matt Eliott; Greg Weeks; Buck 65.

dimanche 30 mars 2008

Anthony Reynolds


Dénigrer toute son œuvre et ses productions passées, faire table rase de tout artifice et toute collaboration, prévoir sa disparition quelques années après la parution de cet album qui deviendrait ainsi son dernier… voilà ce qui pourrait être une « chronique d’une mort annoncée ». Comment peut on habiller un tel désarroi, un compte à rebours létal par de si belles chansons pop, sirupeuses, habillées avec classe, à la production élégante ? En tout cas le sentiment de sa fin annoncée déclenche chez Anthony Reynolds ce qui devra être son plus bel album, comme une renaissance.
Cette collection de pépites pop apaisantes culmine magnifiquement entre Elton John calme au piano et Robbie William dans ses ballades amoureuses. Certes « country girls » et « the disappointed » plongent l’âme dans une mélancolie légère comme savent le faire les crooners quand les violons s’allongent en nappes romantiques. « The hill » est au plus bas des abysses et on se dit que ça y est, la fin est proche. Mais le point final à ce testament musical "song of leaving" comme un bouquet final détonne et pulse comme un morceau de Joe Jackson.
Cet album respire tout sauf cette dérive alcoolique violente et morbide dans laquelle baigne l’artiste depuis quelques années. "British ballads" en apothéose musicale pourrait faire office de conclusion parfaite, comme d’une renaissance artistique. D’ailleurs Reynolds n’avait-il pas annoncé de stopper net sa carrière si l’excellent dernier album des Jack , en collaboration avec son binôme M.Scott, ne marchait pas ? « The end of the way it’s always been » est paru en 2002 comme annonciateur d’un éternel recommencement. Même si le succès commercial ne fut pas au rendez-vous malgré la haute tenue du disque, Anthony est toujours là et reviendra sûrement, réincarné en un autre projet artistique, à nouveau sur un autre label (déjà too pure ; acuarela ; les disques du crépuscule..), sous un autre nom, une autre forme, fantomatique ou pas.
Anthony REYNOLDS 2007 "british ballads" label:spinney

Jakob Olausson


J’ai écouté ce disque pour la première fois lors d’un trajet ferroviaire, au casque, à l’instant même où une pluie battante laissait derrière elle une atmosphère chargée d’humidité. Un soleil de mars radieux jetait ses derniers éclats avant le coucher et jouait avec les gouttelettes de rosée humaine accumulées sur le carreau embué.
Le son idéal pour ce paysage kaléidoscopique et trouble. Les rayons saccadés et découpés par le passage des arbres à grande vitesse jouaient avec cette condensation lourde. Le jeu délicat de cette lumière stroboscopique frappait la rétine dans une transe éblouissante.
Comment résister encore une fois à cette coïncidence de l’image et du son ? Le jeu de guitare de Jakob Olausson sur « silhouette v » flirte avec le psychédélisme d’un Pink Floyd de bord de rivière « Grantchester Meadows ». Des bruitages naturels, des voix doublées et hallucinées, une musicalité de paysage comme sortie du studio d’Ummaguma. Une harmonie artistique instantanée, un raccord unique qu’il est impossible de programmer ou de reproduire tant chaque moment intense où un album touche l’affect à son point le plus sensible tombe miraculeusement de manière opportune. La jubilation d’une combinaison entre l’élément naturel et sa bande son reste un moment unique.
Il est vrai que l’album pris au hasard d’un moment anodin ou d'un instant géographique quelconque peut rebuter voire irriter quand les conditions de la communion ne sont pas réunies. "Moonlight farm" fait parti des disques qu’il faut aller chercher, attendre le moment, la situation rare qui rend l’émotion perméable et le plaisir à son comble.
Dans la lignée très à la mode des disques folk barré « Moonlight Farm », tiré à 800 exemplaires, signe un drone léger qui garde un pied dans le réel. Olausson est un bidouilleur de bande son enregistrée sur 4 pistes et disponible sur CD-R uniquement. C’est le fondateur du label DE STIJL qui offrait, sur l’écoute d’une démo, la possibilité d’enregistrer officiellement son premier album. A l’origine, « Moonlight Farm » est sorti en vinyl en février 2006.
Puisqu’il est mentionné ici comme référence, je voudrais juste avouer un instant l’influence foudroyante, le déclic irréversible de la découverte du double album "Ummaguma" qui devait à jamais ouvrir toutes les portes d’une musique débridée, libre et féconde d’imagination picturale. La musicalité des paysages transposée concrètement en son impressionniste, animalier, fauve, visionnaire, voilé par quelques artifices brumeux ou acides. Précurseur fondamental de musique ambiante psychédélique, je serai sûrement venu à reparler de cette influence floydienne tant elle a ouvert toutes mes portes artistiques.

Jakob OLAUSSON , 2007 "moonlight farm" label : DE STIJL

http://www.destijlrecs.com/




mercredi 19 mars 2008

Tau Emerald


Nous avions laissé Nancy Elizabeth sur les sentes d’un folk boisé, exacerbé par une sensibilité nomade aux traditions celtiques sans pour autant sombrer totalement dans l’irréel. C’est en quittant ces longs chemins dans lesquels viennent s’engouffrer toute la horde de troubadours en vogue que mystérieusement les sous-bois nous happèrent vers des endroits magiques. Deux nymphettes habillées de clochettes (« Stoikite ») nous hypnotisent de leurs chants éthérés. Les cordes sont lancinantes (« Full moon » ; « water divining ») et les flûtes spirituelles (« travellers two » ; « Barrowlands »), la sensibilité musicale distille une poésie d’une extrême fragilité. Envoûtés par les accords acides et le chant animal nous nous enfonçons dans la fougère et la profondeur moite d’une forêt sans age. L’esprit nous guide et nous endort dans une fascination mystique. Un somnambulisme achève d’attirer nos esprits quand les instruments s’effacent devant des voix à capella (« Hebane ») et l’on est plus sûr de retrouver son chemin, avalé par ce monde fantastique où le végétal dessine des visages.
Tara Burke et Sharron Kraus sont les auteurs de ce bivouac artistique fantomatique. A nouveau issu d’une collaboration ponctuelle, ce groupe Tau Emerald endort pour des songes humides, végétaux, chlorophylliens, suaves et acides. Du bois, du vent et des cordes, des voix comme des esprits malandrins pour des âmes dérobées. Et l’on regagne les grands chemins comme par miracle et dépouillé de tout sens commun.
Les deux ménestrels ont un cv artistique assez conséquent, côtoyant les cordes les plus psychédéliques de la musique folk : Jack Rose ; Alexandre Tucker ; Kristian Kieffer ; Christina Carter pour l’ anglaise Sharron Kraus qui œuvre habituellement pour le collectif Australien « Camera obscura ». Quant à la pennsylvanienne Tara Burke, elle n’est autre que Fursaxa, hébergée par ATP records mais aussi sous les ailes merveilleuses de eclipse records, autre label mythique folk dans son côté le plus délirant. L’album est mixer par Jeffrey Alexander, membre des groupes Iditarod et Black forest/black sea.
Toute cette grande famille est là cachée sous les bois à attendre le passage d’une âme curieuse pour venir déguster la moelle des arbres, attiré comme un chant de sirène par deux anges de flûtes et de guitares.
TAU EMERALD 2007 "travellers two" label : important records

lundi 17 mars 2008

Maarten


Normandie, Californie, Rouen ou Modesto, des pôles géographiques opposés pour une réunion musicale au sommet qui convoque une multitude de références. La principale, Grandaddy fermement affichée par la présence de Jason Lytle aux manettes, balayant ainsi la torpeur que nous avions de devoir rester orphelin d’un groupe devenu une référence en peu de temps et que nous savions perdu depuis « Sumday ». La présence fantomatique de Grandaddy chez les Normands est une collaboration inespérée de deux cultures musicales proches, d'une pop terreuse et rurale que l’on sent accablée par une canicule inhabituelle sous nos cieux tempérés, mais tellement en adéquation avec la nonchalance aérée des barbus de Modesto.
Le premier album des Maarten, passé totalement inaperçu « pictures of a danish girl », distillait déjà une pop fraîche et sensible, beaucoup plus chlorophyllienne comme pouvait le laisser deviner la pochette. Une jolie collection de ballades comme savait le faire Eliott Smith ou Nick Drake.
Puis les 4x4 sont arrivés, le soleil plombé est venu balayer l’innocence et alcooliser les ambiances. Même la voix de Wilfried Scheaffer s’est légèrement voilée et les mâchoires se sont épaissies de l’apathie de Lytle. L’esprit rode et la musique est habitée, les instruments et la torpeur sont fournis avec, les idées sonores aussi, l’influence est de taille. On est fou de cette musique qui colle aux tiags, l’ombre des Radar Bros (qui en passant sortent leur disque le plus sombre) et de Sparklehorse nous plombent la silhouette. Jason Lytle aurait t-il pris possession du corps des Maarten pour continuer à exister ?…. Leur premier opus n’était t-il pas déjà sous influence et proposait un terrain favorable à ce jeu d’art croisé s’exprimant de la même façon ? Jason Lytle n’est pas à l’écriture, et pourtant « so lonely » valse aussi mollement qu’une chanson de Sumday ; « sad songs » roule des hanches langoureusement comme dans the sophtware slump ; « a new year » introduit comme « now it’s on » et « your mother should know » fait aussi office de standard Grandaddyien. Les fans de Maarten ou de Grandaddy devraient trouver leur bonheur, l’esprit californien plane chez eux comme l’Arizona des Calexico hante les granges de la Maison Tellier. Métissage divin d'un cow-boy scrutant l'azur des plages normandes, assis sur sa chaise pliante.

En attendant d’essayer de comprendre qui est où et pourquoi, prenons cette réunion artistique au sommet très naturellement, sans encombre car quelque soit l’influence le disque est de haute qualité et la présence miraculeuse du Grandaddy ne pourra qu’apporter à « my favorite sheriff » plus de visibilité chez nos piètres disquaires hexagonaux et être ainsi ranger au plus haut des étagères discographiques, normandes ou pas.

MAARTEN 2007 my favorite sheriff label : boxson
Quand on aime : Maarten; Grandaddy, Sparklehorse, Radar Bros.

vendredi 22 février 2008

Worrytrain



De la réflexion des arts qui s’entrecroisent autour d’une même inspiration (cf chroniques "vice et versa), j’ai eu, le temps d’une mélodie, la vision éclaire d’un tableau mis en musique. Un classicisme déformé par la vision nocturne des choses. Regarder des portraits d’Arcimboldo avec dans les oreilles la musique fantomatique de WORRY TRAIN semble couler de source. Les morceaux voguent entre plages symphoniques tourmentées, Rachel’s marécageux, Yann Tiersen mystique, bref un néoclassique vaporeux et mystérieusement vampirisé par une mélancolie ténébreuse qui métisse donc une musique classique avec des nuées gothiques qui glacent.
Le principal objectif des compositions lyriques est de rendre léger, happé, sérieux et méditatif, un peu comme devant des tableaux de maîtres des siècles précédents. Des nébuleuses sonores sournoises viennent habiller les instrumentaux de « fog dance, my moth kingdom » de sorcellerie imaginaire, le costume d’orchestre est en lambeau, un homme de paille tient la baguette, épouvante musicale qui étourdit dans une danse de violon répétitif et lancinant. Les cymbales cambodgiennes grondent, tout parait lointain et noyé dans des brumes opaques et mordorées comme dans les nappes filmographiques de Brian Eno. Le voyage cérébral est cinématographique à souhait et les instantanés fleurissent en poésie gore et mortifère. Des joues de pèches et le nez cornichon ; des lèvres cerise et un menton William; le chef d’orchestre a le melon, la décoration artichaut et l’esgourde maïs ; la dentition attend d’être écossée et la gorge épluchée. Quelle autre musique mieux que celle-là pourrait hanter de telles allégories estivales. Nos oreilles épousent nos yeux, les deux inspirations se touchent du doigt, les fruits sont autant d’instruments philharmoniques et les couleurs de sonorités fantastiques. Coincées entre le fleuri et le putride, les fantasmagories intrinsèques des deux œuvres semblent s’épanouir au milieu d’un hiver révolu et d’un automne que la cueillette tardive de l’iris burlat foncé annonce inéluctablement. Les saisons, les éléments, le végétal et l’animal, le clair-obscur au service de la métamorphose, celle des visages qui de tout temps ont intrigué les regards jusqu’à la stupeur, celle de la musique devenue cauchemardesque a force de la regarder. Le morphisme pour plus de fantastique nous éloigne du monde réel, change de perspective pour un bluffe qui trouble le classicisme et frise la caricature, la dénaturation monstrueuse. Ces pièces pour les yeux et les oreilles sont en équilibre constant entre maniérisme et innovation….
Dans la liste de titres de Joshua Neil Geissler, Il est question de Malaria, de cataclysme, de police céleste, de camp de concentration, de brouillard, d’ange phosphorescent, les fantômes pullulent jusque sur la pochette, la métamorphose de l’homme-papillon semble nous fixer du regard qu’il n’a plus, la musique nous nargue et nous attire dans ce paysage fantastique. Mais quelque chose semble nous maintenir dans la contemplation et la raison, la beauté universelle de l’art.

WORRYTRAIN 2007 « fog dance, my moth kingdom » label : own records
www.ownrecords.com www.myspace.com/worrytrain

Quand on aime: YANN TIERSEN; RACHEL’S; BRIAN ENO; BOXHEAD ENSEMBLE ; ANDREW LILES .

vendredi 15 février 2008

Guilhem Granier




Autre transition musicale pour une autre chronique, celle du fond sonore des « martin pécheurs » qui a allégé par hasard la nappe organique de Machinefabriek sur zeeg. En effet, c’est en lançant un moteur de recherche sur Madrid que je tombe inévitablement sur le fondateur de ce groupe Guilhem Granier. Le temps d’approfondir ces informations sur un album en écoute chez mon disquaire habituel, je devais laisser passer l’opportunité d’acquérir « night clubber », le premier des deux album de Madrid. Absolument fan du deuxième et dernier opus hébergé chez ici d’ailleurs, je me contentais alors du souvenir de cette musique libre. Le souvenir d’un son architecturé, de guitares éthérées, d’une liberté improvisée entre jazz et rock me plongea dans l’angoisse de ne pas revoir cette pochette de si tôt. Difficile de lancer un moteur de recherche avec Madrid, et pourtant ici d’ailleurs est tombé rapidement et de fil en aiguille, en suivant le chemin arborescent des liens proposés, Guilhem Granier et ses travaux ont jailli logiquement.
L’arborescence donc, avec ce cv artistique de collaborations, Hugues Pluviôse donc (présentation sur le site des marins pécheurs), mais aussi Jull, un morceau sur la compilation Cadavre exquis, et son deuxième groupe Thousand & Bramier. Aussitôt ressorti mes étagères, je me suis confortablement installé dans le rocking-chair country/folk fraîchement restauré depuis quelques années par Bonnie Prince Billy. « Etonnant » parait-il (d’après quelques critiques) de retrouver Guilhem s’adonner à cette pause boisée. Je pense plutôt que c’est l’acte récréatif d’un génie du son et de la musique. De Madrid à Thousand & Bramier en passant par JULL, l’artiste marque une polyvalence étourdissante, un talent immense enfoui dans les oubliettes de l’anonymat underground. La faculté d’adaptation est un don que Guilhem cultive en se fondant musicalement dans un moyen d’expression qui n’est pas exclusivement le sien. Se mettre à la hauteur de Johnny Cash le temps d’un album. « Empty bar » est un sommet qui pourrait rendre Will Oldham ou David Pajo (version Papa M) insomniaque.
En passant, ce disque lumineux est hébergé par Arbouse recordings qui excelle dans la musique lyrique et bucolique, de l’électro, au néo-classique, en passant par le post-rock et le country-folk ici. Arbouse reste un label très éclectique, ouvert, disponible, avec une politique culturelle revendicative et proposant un catalogue d’une qualité injustement méconnue. Comment supplier les amoureux de musiques qu’on entend pas partout (et même nulle part) d’aller visiter ce coin d’hexagone (Montrozier (12)), d’écouter et d’acheter les quelques trésors distribués au compte gouttes. Alors que la plupart des disquaires baissent les bras, Cyril Caucat, initiateur de ce collectif, ne plie pas et continuent lentement à distiller une optique aérée et spacieuse quelque soit le style de musique. Il est question de prise de risque alors qu’Astrïd fleurte avec Rachel’s et Boxhead ensemble, que la folie d’Hopen taquine le label anticon, que acétate zéro rivalise sans complexe avec mono ou God speed you black emperor ! et qu’il est proposé en avant première sur une compilation en deux volumes, l’ébauche d’un succès avec une démo de Girls in Hawai, un des plus grand disque de rock de ces dernières années.
Jull de son côté propose un word spoken autour de la nature, extrêmement poétique, délicat et nu. Guilhem Granier est à la batterie et à l’orgue, mais aussi participe à l’écriture. Autre architecture musicale somptueuse autour de ces paroles monocordes psalmodier à la façon de Serge Teyssot-Gay (avec le terrible « on croit qu’on en ai sorti »). A des années lumières du très visible Grand corps malade … que se passe t-il dans les coulisse d’une fnac pour qu’autant de déséquilibre opère constamment, pour qu’ils préfèrent « la prochaine fois aller prendre le bus » que de « prendre le parti des sanglier ». Des montagnes de slam sur les étagères et un Jull disponible chez Ground zéro (très bon disquaire indépendant parisien). Succès engendré par cette sur exposition marketing de l’hyperdistribution culturelle, l’absence de Jull dans les bacs est une dramatique lacune, « _de la neige et des océans » de Jull est entre parenthèse téléchargeable gratuitement sur le site de « l’amicale underground ».
Enfin, pour revenir à Madrid, groupe éphémère, je ne pourrais pas m’étendre sur « night clubber » puisque je suis maintenant intensivement à sa recherche. L’appel est lancé, et je retourne me réfugier dans l’album éponyme de Madrid (sold out chez ici d’ailleurs), un disque vaporeux, proche des atmosphères délétère de Migala de la même époque.
THOUSAND & BRAMIER 2006 : "the sway of beasts" label: arbouse recordings
JULL : "_de la neige et des océans" label: l'amical underground

Machinefabriek


Autre ambiance, autre tableau, création nocturne aléatoire aux inspirations diverses, chaque couleur posée sur la toile et nuancée avec la précédente encore fraîche est une délicate surprise quant à la lumière du jour,le lendemain, la touche apparaît différente et l’ensemble de la composition transformée. Il suffit d’ajouter un élément pour orienter le voyage sur un autre chemin. « Zeeg », la dernière production de Machinefabriek est une douce nappe synthétique étalée sur 36 minutes. Quelques notes aérées de guitare en papier peint dessinent une épopée sonore délicieusement décorée de quelques effets de bruitages bricolés très féeriques à travers laquelle l’esprit peut se poser là où les images naissent. Un village de montagne en l’occurrence, des bruits de fond qui semblent provenir d’un alpage dans lequel un troupeau erre.
La touche en plus, le bricolage superposé qui transforme le tableau fut, quand par inadvertance j’ajoutais à ce paysage des chants d’oiseaux qu’un site sur lequel je surfais à la recherche d’information sur un artiste, proposait en bruit de fond. Bruits de fond ajoutés, je pensais ces sifflements de martin pécheur comme partie intégrante au disque. C’est en coupant le lien Internet que les oiseaux se turent à ma grande surprise. Presque déçu que ce paysage se dénude des sérénades animalières, je redécouvrais un autre paysage pourtant peint avec les mêmes couleurs, mais privé d’un élément. C’est au moment où les oiseaux disparurent, qu’à la vingtième minute l’atmosphère devint inquiétante, beaucoup plus proche des réalisations habituelles de Machinefabriek. Le bruitage cesse, et le noisy urbain proche de la manufacture, comme une introduction à « welcome to the machine » lâche un son monocorde et régulier.
Coïncidence sonore, en tout cas, la transition avec la chronique précédente prouve que chaque atmosphère est un minutieux dosage sonore qui débouche à la moindre variante à un paysage différent. A la deuxième écoute de Zeeg sans aucun bruitage ajouté, mes semelles collaient un peu plus à la terre grasse. Ceci dit, les albums des Hollandais sont infaillibles, ils tranchent net avec l’inspiration, celle qui fait des voyages fantastiques d’une profondeur telle que l’on a du mal à remonter….ou redescendre…oiseaux ou pas ….au choix.

MACHINEFABRIEK (Mariska Barrs/Wouter Van Veldhoven/Rutger Zuydervelt) 2008 "zeeg" label : digitalis/arts & crafts ed
http://www.soccercommittee.com/ . http://www.machinefabriek.nu/ (du son est proposé en téléchargement libre)

les p'tites écoutes du dimanche







Une quantité impressionnante de disques « ambiants » inonde les bacs électro des disquaires. Un tri sérieux est obligatoire afin de ne pas se perdre dans cette profusion electronica. Déshumanisé à des degrés différents le son étiré sur des grandes longueurs offrent une liberté d’imagination. Quand un certain vague à l’âme réclame l’évasion et rejette toute présence humaine, une lente dérive de la pensée vient épouser l’ambiance musicale. Telle une douce macération, l’esprit s’imprègne du son cosmique jusqu’au décollage, à l’évaporation dans des nappes synthétiques, quelles soient urbaines, maritimes voire intersidérales. Aérienne par définition la musique plane à outrance et offre des altitudes (ou des profondeurs) différentes suivant la vitesse des tempos ou même l’absence de rythme. Certaines turbulences électroniques ou acoustiques colorisent, habillent cette nappe dans des contrastes nuancés, le voyage cinématographique en dépend.
Sans pouvoir défendre tel ou tel album sinon par l’intensité du voyage déclenché, par la cohérence des teintes, par la justesse des sons, par la beauté d’une construction architecturale d’ambiance, par le choix des idées sonores et l’émotion des images qu’elles procurent, mes préférences vont naturellement vers « remembranza » de Murcof ; « O, little stars » de Keiron Phelan & David Sheppard ; « Quiet city » de Pan American….
A des degrés différents de minimalisme jusqu’aux rythmes syncopés de quelques beats electro, chaque disque est un tableau avec sa lumière, ses contrastes et ses couleurs. D’ailleurs c’est avec ces « disques de chevalet » que je m’évertue à essayer de retransmettre sur la toile le plus fidèlement possible les images qui me viennent à l’écoute de ces effluves musicales. L’inspiration naît de ces grandes libertés sonores qui offrent à l’esprit un espace considérable. Laisser la musique titiller les pensées et l’ocre jaillit, des cobalts, de l’alizarine. « A jeun » le croquis se pose mais c’est en musique que la pâleur du lin rosit. Le degré de mélancolie distillé par les arpèges dose la quantité de blanc et décide de la lumière du paysage, tel un diaphragme auto-focus. Le tempo guide la pente des pluies obliques et le minimalisme définit la place du ciel.
Cette trilogie ambiante pendant laquelle s’esquisse un paysage canalise les vagues à l’âme pour quelques heures. Parler d’un de ces albums reviendrait à décrire scrupuleusement comme les impressionnistes, nos images pensives qui en découlent. Tant de disques peuvent postuler à rendre de tels effets, ces trois là sont parmi mes préférés.
MURCOF 2005 "Remembranza" label : leaf
PAN AMERICAN 2004 "quiet city" label : kranky
Keiron Phelan & David Sheppard 2002 " o,little stars" label : rocket girl

dimanche 10 février 2008

Michael Gira / Dan Matz


La rencontre ponctuelle de Dan Matz et Michael Gira pour l’occasion d’un disque unique restera un évènement astronomique comme ceux qui n’ont lieu que plusieurs décennies après. A notre échelle terrestre, une éclipse pourrait résumer dans une contemplation silencieuse ce moment rare, non pas dans le fait qu’un astre en cache un autre, mais dans l’observation de leur alignement parfait.
Une union ponctuelle, deux astres artistiques se rencontrent le temps de quelques chansons. Deux institutions qui fusionnent pour un instant magique avant de se séparer à nouveau vers leurs carrières respectives. Les carrières justement, quelle autre rencontre divine pouvions nous mieux rêver que celle-ci ? Percevoir une synthèse de quatre groupes quasiment cultes pour deux cerveaux aux orientations similaires et se prendre de face la symbiose qui en découle.
La rencontre s’est amorcée lorsque le premier album de Windsor for the Derby « difference and repetition » fut hébergé par le label de Michael Gira, « young god records » en 1999. Tout naturellement, cet opportunisme devait aboutir à ce phénomène tellurique. Oeuvrant tous les deux dans un moyen d’expression basé sur la répétition, le songwriting lancinant sonne comme un compte à rebours implacable. Quelques notes jouées en boucle, manège glacial de chansons sans refrain. Comment avouer un attachement à de telles monotonies atmosphériques portées par des voix et des guitares ténébreuses sans passer pour un lugubre, car en prenant un peu de recul, ce disque est d’une désinvolture ensoleillée. Le même entêtement habite les deux hommes, comme des boucles entrelacées dans une osmose presque parfaite. Les voix s’entremêlent et se succèdent presque sans aucune distinction. Les visages de la pochette ont la même posture et peints sans ménagement. Une telle communion artistique avec autant d’harmonie et de perfection alignée s’écoute comme on regarde une éclipse totale. Quand les deux astres se confondent dans des nimbes de surdités, toutes les tensions tombent, le tumulte animalier cesse le temps d’une douce pénombre, d’un tamisage lumineux proche de l’intimité universelle. Tout devient contemplation, pause, accalmie éphémère.
Leur rupture respective semble se neutraliser, eux qui séparément offrent des tensions froides proches de la cassure. Débarrassée de toute oppression, cette pause régénératrice est un instant unique qu’il faut capter et observer avec les protections rétiniennes recommandées sans lesquelles le cerveau subirait des brûlures irréversibles. Il faut auparavant avoir pris de face et digéré la discographie des Windsor for the Derby ; Swans ; Birdwatcher ; et d’Angel of Light afin de comprendre de quelle manière la mise à nue conduit à l’essentiel et relativise toute émotion définitive. Comme après l’éclipse, la puissance phénoménale diffusée dans une atmosphère acouphène et inhibée n’est plus qu’une rumeur d’un fait miraculeux que nous ne revivrons peut être pas.
Les chansons défilent ainsi avec un effet de poison qui se diffuse, on se sent partir, happé par la mélancolie anesthésiante terriblement contagieuse.
Il est des osmoses qui se justifient par l’accumulation de talents et on se demande pourquoi finalement des groupes comme Architecture in Helsinki ou I’am from Barcelona ont besoin d’autant de superpositions d’artistes mono-tache pour accoucher de musique aussi inaudibles malgré la réputation de chacun. Elaguer, faire le tri, ne garder que l’essentiel, balayer le brouhaha qui alourdit gratuitement pour ne laisser que la fusion ponctuelle de deux évidences artistiques, deux longueurs d’onde similaires. Ne pas noyer l’émotion dans de bruyantes tromperies dans le simple but d’amuser, ne pas cacher la réalité dans de ludique chorale à la gaîté déguisée. Ne pas superposer trop de couleur qui tendent inévitablement à des gris, seul deux d’entre elles suffisent à faire des nuances. Deux cerveaux artistiques associés peuvent mettre en branle un univers musical.
Sans jamais hausser la voix, les deux hommes s’affirment dans un minimalisme austère. Chacun doit apporter sa nuance, il est inutile de décortiquer ces légères influences tellement on semble n’entendre qu’un seul homme. En dehors de deux participations éclaires (James Plotkin et Anna Neighbor), Dan Matz et Michael Gira assument la totalité des instruments, voix et écritures. L’intimité est telle qu’on semble voir la chair écarlate de chacun au travers d’une plaie ouverte sur les deux carrières respectives. Un moment rare et unique, une opportunité divine dans les souterrains musicaux de l’indépendance.






M.GIRA / D.MATZ 2001 "What we did " label: young god records